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C D'AMEZEUIL

(voir * PAHTIR DO N" 13

LE DUEL [suite).

Louise était tellement boulevei-sée, que, sans avoir conscience de ce qu'elle faisait, elle s'empressa d'obéir.

« Moucher Joannic, » dicta M. Potel.

« Au nom du ciel, accourez sur-le-cbamp, il y va du bonheur de M. de Kergall et du vôtre peutêtre aussi ; veuez doue, je dois vous parler sans retard.

« A vous de cœur et de pensée,

« Louise. »

Après que l'adresse eut été mise sur ce liillet, M. de La Burgotièn; le mit dans sa poche. — J'en fais mon alfaire, dit-il.

Puis, prenant son chapeau, il se dirigea vers la porte ; mais au moment de sortir il sembla se raviser et revint sur ses pas.

— Louise, dit-il, restons amis, ton intérêt du reste l'y engage, et comme je veu.x te prouver que je ne suis pas aussi noir que tu veux 'uien le dire, accepte ce cadeau en souvenir de notre \-ieille amitié.

tt il ajouta, à ceux qu'il lui avait déjà donnés, quelques billets de mille francs.

-Au contact du papier soyeux la jeune femme éprouva comme une commotion électrique, ses yeux lancèrent un éclair de honte et de fureur, el d'un geste brusque elle jeta loin d'elle les billets.

— L infâme! murmura-t-elle , en tombant anéantie dans un fauteuil.

M. Potel ne vit rien, n'entendit rien; il s'éloignait d'un pas tranquille en murmurant son éter- -nel refrain :

J'ai longtemps parcouru le monde Courtisant la brune et la blonde.

Le bruit de la porte, violemment fermée, tira Louise de sa stupeur.

— Quoi qu'il fasse, je les sauverai tous, dit-elle. Prenant alors à la hâte un chapeau, el jetant un

manteau sur ses épaules, elle sortit à son tour.

i. Voir les Amours de contrebande.

— Si mon.sieur, dit-elle "au concierge, venait pendant mon absence, priez-le de m'altendie, j'ai absolument besoin de le voir et de lui parler.

En sortant de chez Louise, M. de La Burgotière s'était dirigé vers son appartement de la rue Louis-le-Grand, et tout aussitôt Isidore BybeyboUus avait emboîté le pas derrière lui.

11 venait de prendre position dans l'enfoncement d'une porte cochère située en face du n° 17, quand il aperçut Yvon, qui, lui aussi, semblait monter la garde; il se dirigea de son côté.

— Que fais-tu donc-là, dit-il en lui frappant sur l'épaule.

Yvon se retourna vivement.

— C'est toi, Isidore?

— En chair et en os.

— Mais, toi-même, que fais-tu à pareille heure dans le quartier?

— Dame, fit BybeyboUes en montrant du regard le n" 17.

Yvon suivit la direction de ce regard.

— Est-ce que par hasard... monsieur le marquis?

Isidore fit signe que oui.

— C'est singulier.

— Il me vient une idée.

— Ah !... et peut-on sans indiscrétion?

— As-tu quelque chose à faire ?

— Rien autre chose en ce moment qu'à voir et à suivre.

— Moi de même ; or donc, comme nous ne pouvims pas rester toute la journée à nous promener dans la rue, entrons chez le marchand de vin et nous causerons.

— C'est dit.

Presque eu lace de la maison habitée par M. de La Burgotière s'ouvre un marchand de vin restaurateur; les deux hommes pénétrèrent dans la boutique et vinrent s'attabler auprès de la fenêtre, ce qui leur permettait de voir ceux qui entraient ou sortaient du ri° 17.

Ils y restèrent jusqu'à huit heures sans rien apercevoir qui méritât d'attirer leur attention, car, à l'exception d'un petit nègre, personne n'était encore sorti ; mais M. de La Burgotière s'étant alors permis de descendre, ils s'empressèrent de payer la dépense et de se mettre à sa poursuite.

Le malheur voulut que M. Potel prit la direction du chemin de fer du Nord ; la rue Lafayette n'était pas encore à cette époque ce qu'elle est aujourd'hui ; à partir de dix heures on n'y rencontrait plus que de rares passants; aussi les gens prudents ne s'y lançaient-ils qu'en tremblant.

Que se passa-t-il, c'est ce qu'on ne sut jamais précisément ; mais un cocher attardé aperçut, du côté de la rue de Belzunce^ un homme gisant sur le sol, baigné dans son sang.

11 se hâta de descendre, et en fouillant dans les poches il trouva des cartes portant ce nom :

M. le baron de La Burgotière,

17, 7me Louis-le-Grand.

LES DÉLASSEMENTS ILLUSTRÉS

Le brave homme, voyant que le blessé respirait encore, se hâta de le déposer dans sa voituieet de le transporter dans la pharmacie la plus voisine où les premiers secours lui furent donnés, puis des sergents de ville le firent transporter sur un brancard à son domicile. . ;

Après le gloria, Yvon et Isidore firent venir un nombre raisonnable de bocks ; rassasiés enfin, ils se décidèrent à payer et à partir.

— C'est égal, fit Yvon, en tendant la main à son ami, il y a une chose qui me chiffonne, c'est de savoir ce qu'en pensera M. le marquis.

Isidore haussa les épaules.

— Nous vanterons-nous d'avoir assommé le jeune homme?

— Dame! ce nest pas certes mon intention, mais...

— Ni à moi non plus, je te le jure ; rassure-toi donc, et dès que tu auras des nouvelles accours m'en donner.

Presque à la même heure un coupé suivait l'avenue de Vincennes.

Deux personnes occupaient l'intérieur de la voiture.

— Voyons, te décideras-tu à m'expliquer pourquoi, à peine arrivé à Paris, tu m'obliges à te servir de témoin.

— Yann, je t'en prie, ne m'interroge pas.

— Je tiens, au contraire, à tout savoir ; pourquoi ce duel dont tu ne m'avais pas encore parlé?

— Pour un rien, une misère.

— Joannic, tu veux me cacher quelque chose ; je connais trop ton caractère loyal pour supposer un seul instant que tu acceptes une rencontre avec un homme comme ce La Burgotière, sans que tu n'y aies été poussé par un motif des plus graves.

— H ne s'agit tout au plus, cependant, que d'un enfantillage, d'une mauvaise plaisanterie.

— Pourquoi m'avoir alors empêché d'arranger l'affaire?

— C'était impossible, riposta sèchement Joannic.

— Sois donc plus franc avec moi, cher, et permets-moi un peu de morale. Hier, j'arrive à cinq heures, lorsque tu ne m'attendais que ce matin ; j'avais tout bonnement pensé que tu éprouverais^, à me revoir, un plaisir au moins égal à celui que je ressentais moi-même ; au lieu de cela, j'aperçois une figure étrangement bouleversée ; je ren-

\ sontre un visage qui répond à peine à ma cor- ' iiale étreinte ; au lieu d'un ami, je retrouve un ! indifférent. Sais-tu que je pourrais me blesser de f cette façon d'agir à mon égard.

— Yann ! mon cher Yann !

— Ce n'est pas tout encore, au lieu de s'inquiéter des nouvelles de ma santé, monsieur me jette brusquement ces paroles à la face : Je suis doublement heureux de ton retour, car j'ai besoin de toi. Et l'on me fait alors un conte absurde; et bref, me voilà obligé de i)asser ma soirée tout entière à courir m'aboucher avec des gens que je ne con-

nais pas le moins ^u monde, et cela, sous peine de passer pour un faux ami; pendant ce temps, je n4ghge des visites bien autrement chères. Saistu bien que cette conduite est iufàme!

— M'en veux-tu donc, Yann ?

— Pas précisément, mais enfin, je te le répèle, je serais bien aise de connaître...

— Plus tard tu sauras tout, mais en ce moment occupons-nous uniquement du motif qui nous a conduits en ces lieux.

— Mais, entêté que tu es, depuis une heure je ne demande pas autre chose.

Joannic se mordit les lèvres.

— Et puis, continua Yann, pourquoi cette insistance singulière à changer sans cesse de conversation? lorsque je veux t'interroger , tu dér tournes la tète ; exphque-toi franchement, que s'est-il passé ? ne vois-tu pas le doute horrible qui me torture... Genofsa?

— Genofsa t'aime toujours.

— Le jurerais-tu?

— Sur ce que j'ai de plus sacré au monde. Yann poussa un soupir de soulagement.

— J'avais besoin, je te l'avoue, d'entendre cette bonne parole sortir de tes lèvres, car, malgré moi, je suis inquiet ; comment, en effet, exphquer le silence obstiné de Genofsa ?...

— Je te l'ai dit, ce silence n'est que le résultat d'une erreur, dont seul je suis responsable; Genofsa t'aime toujours.

— Merci ! oh ! merci !

• La voiture arrivait en ce moment près de la cascade ; elle tourna brusquement à droite, et après avoir roulé quelque temps encore sous une allée couverte, elle s'arrêta non loin d'un carrefour parfaitement abrité par une épaisse futaie.

— Nous sommes arrivés, fit Joannic en ouvrant la portière et en se précipitant hors de la voiture.

Yann le suivit, mais avant de descendre il eut soin de prendre des épées et une boite de pistolets.

En arrivant sur le terrain, les deux jeunes gens aperçurent M. Bodic, le second témoin de Joannic, et M. de Grémond, avec lequel nous avons fait connaissance dans la première partie de cet ouvrage. Un chirurgien les accompagnait.

Ces messieurs s'empressèrent de venir audevant de Joannic et de son ami, et après un mu- . tuel échange de poignées de main, M. d-e Grémond fit, en s'adressantàM. de Kernevelan :

— Croyez bien, monsieur le marquis, que c'est presque à mon corps défendant qu'en ce moment je me trouve en face de vous, mais, et vous le comprendrez, je n'ai pas osé décliner l'honneur, si toutefois... c'en est un...

— Avez-vous donc besoin de vous excuser... vous avez agi comme doit le faire tout galanl homme, et sur l'honneur je vous tiens pour tel.

— Pendant que nous sommes seuls ici, permettez-moi une question, indiscrète peut-êlie, mais qui m'est dictée par la vive et profonde sympathie que j'éprouve pour vous.

— Monsieur, croyez que de mon côté..;

— Monsieur le marquis, répondez-moi fran-

LES DELASSEMENTS ILLUSTRES.

thcment, ne croyez-vous pas qu'il serait encore possible?...

— Ceci, monsieur, serait l'affaire de mes témoins, si je ne croyais, en mon âme et conscience, que je ne puis ni ne dois revenir sur ce qui a été iait.

— Je le regrette sincèrement, mais quoiqu'il ariive, veuillez je vous prie, en toute circonstance, ne voir en moi qu'un ami.

— Je n'en attendais pas moins de vous, M. de Grémond, et je vous en remercie.

Les deux hommes échangèrent une cordiale poignée de main.

Au même moment, un long personnage, orné d'une énorme moustache et le corps emprisonné dans une immense redingote boutonnée jusqu'au menton, fit son apparition dans la clairière, et se dirigea vivement vers M. de Grémond, qu'il prit à part et auquel il dit quelques mots à l'oreille.

— Etes-vous bien sûr de ce que vous avancez, monsieur Patru?

— Sur mon honneur, monsieur.

— II ne pouvait, en vérité, nous arriver une plus désagréable aventure.

— Que faire?

— Nous ne pouvons que nous excuser auprès de nos adversaires.

Faisant alors un pas vers le groupe formé par le marquis et ses amis, M. de Grémond s'inclina courtoisement et leur dit :

— .Notre rencontre, messieurs, n'a désormais plus sa raison d'être, car monsieur que vo'ci m'apprend que -M. de La Uurgotière ne pourra se rendre ici.

Uu sourire ironique se joua sur les lèvres de Joaunic.

C° d'AmezeiiIl.

(la suite au prochain numéro.)

(Reprodaction intardita.)

CAUSERIE DRAMATIQUE

La Haine a vécu;

Au moment où paraîtront ces lignes, réternel Orphée aux Enfers aura repris sa place surraffiche lie la Gaîté, avec mesdames Théo et Pesrhard pour principales interprètes.

Nous ne joindrons pas notre voix à l'immense chœur de désolation chanté par beaucoup de nos confrères, en déplorant le triomphe de la féerie et de l'opérette sur les œuvres de haute littérature.

(Juoi qu'on ail pu en dire, La Haine é.i<it une pièce ennuyeuse, admirablement montée il est vrai ; m;iis que pouvaient tontesles m a gni licences de la mise en scène devant cette action lugubre? Quelques scènes étaient faites avec un talent su- "périeilr, c'est vrai, mais ne pouvaient sauver une œuvre fafàlelneiU condamnée d'avance. 11 manque et il manquera toujours à M. Sardou le souffle des grandes choses. Qu'il fasse des comédies de genre comme les Pattes de mouche, une œuvre adorable, mais qu'il n'essaie pas de chausser les souliers de Corneille ou de Victor Hugo, les forces lui font complètement défaut; qu'il retourne vite aux comédinettes qui ont établi sa réputation, tout le monde y gagnera, et lui tout le premier.

Les nouveautés se font de plus en pins rares. Les Folies-Dramatiques (?) ont repris La Fille de madame Angot. Quant au Vaudeville, il a ressuscité Déjazet.

La vieille artiste a reparu dans la Douairière de Brionne. Que d'autres écrivent avec des cris et des points d'admiration qus Virginie Déjazet est toujours aussi pimpante et aussi jeune, nous n'y trouvons rien à redire, mais pour notre part, nous sommes loin de partager cette satisfaction de convention, qui s'efforce de soutenir debout toutes les gloires vieillies et tombées bien près de la décrépitude. Déjnzet a pu, giAce à la sympathie de ses amis, trouver il y a (juelquc.^ jours une de ces représentations à bénélice qui l'ont époque dans la vie d'une artiste , mais il fallait s'en tenir là, et il eiit été de bon goîlt de considérer ce magnifique résultat comme un tribut rayé à la représentation de retraite d'une des gloire du théâtre léger de notre siècle. Venir traîner sur les planches les restes de ce juvénile talent devenu caduc, c'est aller trop loin, et nous n'en voulons pour preuve que le repos forcé pris par la grande artiste après trois représentations. Triste ! *»iste !

Tiois premières représentations accompagnaient la rentrée de Mlle Virginie Déjazet. V Orage Qsi une petite comédie anodine de SI. Ad. Marx. Il y a là quelques mots heureux, mais la pièce est bien tristement jouée par Mme Neveux et M. Saint-Germain. Une fille dE've, de MM. Raymond Deslandes et H. Bocage, est un proverbe assez réussi, dans lequel un médecin se débarrasse des amoureux de sa femme en leur faisant croire qu'ils sont malades. Nous préférons Une Chance de coquin, amusante peinture de mœurs fort lestement enlevée par M. Deiaunay.

Georges Laviile.

Le Gérant : 3. ROUQUETTE.

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