es trois pièces s'ouvrent sur un couloir commun
Un des armuriers maréchaux-ferrants est placé au parquet, et l'on introduit Sabrieux dans la pièce de séparation, si je puis dire.
On lui parle, il répond.
— Ce n'est pas lui, s'écrie l'armurier, ce n'est pas sa voix.
Cette expérience est répétée séparément pour le second maréchal-ferrant et pour chacune des deux femmes, et ces derniers témoins émettent sans hésiter la même opinion.
Le juge d'instruction procède alors à une nouvelle é^>reuve.
Les témoins sont introduits l'un après l'autre dans le cabinet, et, placés derrière l'armoire, le voientetalfii ment que ce n'est pas cet homme qui leur a apporté le pistolet.
Sabrieux est renvoyé en prison, fort étonné, comme on le pense.
Mathieu Jalo le remplace et les mêmes expériences sont renouvelées.
Dès qu'il parle, chacun des témoins dit: Le voilà, c'est bien sa voix. Ils affirment encoreq ^and ils le voient, mais ils ajoutent : Il n'a plus de barbe et cela le change, mais pas assez pour que nous ne le reconnaissions pas. Ces yeux gris, enfoncés, sont bien ceux de l'étranger; ce ^e^aI•d mobde, hypocrite, est bien le sien ; puis sa tournure...
Cependant une méprise était encore possible.
LES DÉLASSEMENTS ILLUSTRES
Plusieurs témoins n'ont-ils pas affirmé qu'ils reconnaissaient Lesurques pour un des banJifs qui avaient attaqué le courrier de Lyon?
. En entrant, Jalo blêmit à la vue des frères Ber- . nard, et dans son trouble :
— Tiens, c'est vous, dit-il à Pierre, comment ça va-t-il ?
— Vous vous connaissez donc ? fait M. X... Mais soudain, dominant son trouble, reprenant
toute son assurance, cet homme, qui se reculait et pâlissait à la vue des témoins, répond flegmallquenient :
— Moi, monsieur ? mais non, pas du tout. Lecture lui est donnée des dépositions des témoins, il oppose à tout des dénégations faroucbes,
— Où étiez-vous de quatre à cinq heures du soir, le 10 novembre?
— J'étais chez mon cousin Jalo, menuisier à Bouneuil ; il pourra vous le dire.
— ÎN'avtz-vous pas d'autres témoins à citer?
— Si ; j'ai mon voisin, qui m'a vu chez mon cousin et s'est entretenu assez longtemps avec nous.
Ces réponses étaient faites sinon avec le ton de la sincérité — car tonte la nature de cet homme répugne à la franchise — du moins avec un aplomb imperturbable.
L'interrogatoire à peine terminé, arrive le docteur Legendre, appelé par le magistrat.
Celui-ci n'a pas oubhé l'observation faite par l'armurier expert et selon laquelle le recul de Tarme peut avoir blessé l'assassin et laissé des stigmates en forme d'Y.
— Monsieur le docteur, dit le magistrat, vous savez pourquoi je vous ai fait venir ; veuillez, je vous prie, remplir votre mission auprès du prévenu Jalo.
Le docteur s'avance vers Jalo, qui le regarde d'un air méfiant.
— Voyons, mon ami, dit lé docteur, cherchant un prétexte, je vois à votre mine que vous vous portez à merveille ; cependant, pour remplir une formalité d'u!-age, je dois m'assurer de* l'état de ■votre santé. Le physique a une si grande influence sur le moral, et ce que vous dites ou laissez dire peut avoir des conséquences si graves. Etes- vous de sang- froid?
— Parfaitement, monsieur.
— Un peu de fièrre peut-être ?
— Non, monsieur, je ne crois pas, bien que tout ce que je vois et entends soit capable de donner la fièvre au plus pacifique.
Le docteur se place à la droite de Jalo.
— Voyons votre pouls.
Jalo lui tend la main gauche. Le médecin la repousse doucement.
Jalo frémit de colère, ses lèvres se pincent, les
j muscles de son visage s'étirent, mais il ne dit mot.
11 présente la main droite, seulement il tient son
pouce appuyé à la partie inférieure de l'indicateur.
Le médecin prend d'une main le poignet du prévenu et de l'autre écarte le pouce...
La cicatrice d'une blessure apparaît sur la partie qu'il tenait cachée.
Mais cette cicatrice n'a pas la forme d'un Y, et la blessure ne remonte qu'à peu de jours.
— Vous vous êtes blessé? fait le docteur.
— Où cela? réplique Jalo de l'air le plus indifférent.
— A l'index.
— Une égratignure.»
— Oui a clù être assez profonde.
— Ce n'est rien.
— Comment vous êtes-vous blessée ?
— C'est, il y a quelques jours, en remettant des fagots chez mon père, je suis tombé avec ma charge et je me suis écorché.
— Quand cela? demandele juge d'instruction. Pouvez-vous préciser le jour?
— Pour le moment... je ne me le rappelle pas;'
— C'est fâcheux. Faites appel à vos souvenirs, repartit le magistrat d'un ton sec, qui Indiquait sulfisamment au prévenu l'importance que l'on attachait à cette « égratignure. »
— Je vous dis, il me sera facile de me rappeler le jour dû l'on a remis des fagots chez nous, mais pour le moment je ne saurais vous donner la date. Je suis tout étonné ; de la plus petite chose vous faites un monde ; c'est à ne plus oser dire un mot.
— Vous sentez très-bien la gravité des charges qui pèsent contre vous,
— Desgensque je n'ai jamais vus, qui ne oi'ont jamais vu et qui se trompent, voilà tout.
— Et cette blessure?
— 11 n'y a que ceux qui ne font rien qui ne s'égratignent pas les mains.
— Mais vous êtes du nombre. 11 est notoire que vous ne prenez part à aucun travail de la maison paternelle. Vos jours se passent dans la plus complète oisiveté, et tous les renseignements pris sur votre compte nous portent à croire que si, comme vous le dites, on a remis des fagots chez votre père, il y a quelques jours, vous êtes le seul qui n'ayez pas pris part à ce travail.
Mathieu Jalo garde le silence.
Le j uge d'instruction s'adressant alors au médecin :
— A combien de temps remonte la blessure ?
— Je ne puis préciser une date, mais il est probable qu'elle remonte à environ cinq ou six jours.
La blessure était donc postérieure à la date du crime... Mais cette appréciation n'était point donnée comme positivement exacte et les présomptions qui s'élevaient contre Jalo étaient trop graves pour que l'instruction ne s'y arrêtât point.
— rsous vous gardons, dit le magistrat à Jalo. '
JULES BEAUJOINT.
{La suite au prochain numéro.)
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LES DÉLASSEMENTS ILLUSTRÉS
L'AMOUR EN PARTIE DOUBLE'
RÉGINE ET GENOFSA