Lettre inédite
romains avait mis à sa disposition, car elle ne pouvait, on s'en doute, voyager comme les simples mortels : il lui fallait, sur terre, des compartiments, sinon des trains spéciaux, et sur mer, des navires de l'Etat. Mais de tels privilèges ne vont pas sans rançon. La police pontificale, à ce qu'elle racontait, fut informée qu'elle transportait dans ses malles des pages vengeresses, dans l'intention de les publier dès son retour à Paris. Soit qu'elle-même Tait égaré dans ses allées et venues, ou qu'un mauvais plaisant lui ait joué un tour, son manuscrit disparut. Pour le retrouver, l'auteur aux abois remua ciel et terre : préfets de police, ministres des Affaires Etrangères, ambassadeurs, durent se mettre en campagne. Garibaldi lui-même s'en mêla. Il écrit à M'^^Colet, le 1- juin 1867 :
« Ma très chère dame,
« Je suis bien fâché de vous savoir malade et malheureuse par la perte de vos manuscrits ; j'en ai fait part de suite à nos comités romains, et l'on fera le possible pour les arracher à ces gladiateurs du mensonge, vraie peste de notre malheureux pays.
(( Je suis toujours votre dévoué
« Garibaldi *. »
(( La forme donnée à nos pensées, gémit M°" Colet, à nos croyances, à nos douleurs, dans les veilles recueillies du travail, est une création aussi sacrée que laconception et l'enfantement des mères ; la perte subite, irrévocable, de ces enfants de notre esprit est aussi déchirante que celle des enfants de notre chair ; toute âme élevée, tout lecteur qu'émeut la poésie, sentira comme un écho de mon angoisse. Ma douleur crie, mon droit de propriété ina-