Les derniers abbés, p
qu'il me boude, car il fait à peine jour ici ; midi est un crépuscule. Ajoutez que j'ai les yeux souffrants et vous excuserez la brièveté de ma lettre. N'attendez rien de Lacroix pour votre publication vaillante, il a grand'peur en ce moment : il s'est fait prendre l'an passé pour Maral^ et cette année il se fait empoigner pour Proudhon. De là une forte panique chez lui, et dans toute la librairie. Il faut réserver votre œuvre militante pour un temps plus brave. M. Louis Bonaparte a organisé sa littérature comme une armée. La critique bien pensante fait l'exercice de la louange et de l'injure à volonté. On acclame les vers de M. de Massa, et l'on hue les Chansons des Rues et des Bois, Une parodie est intitulée les Chansons des grues et des boas. Ces chansons-là en effet se sont fait entendre autour de mon livre. Vous, vous avez vu la populace d'Ischia. 11 y a parallélisme et analogie. Les prêtres me menacent, et ils vous dénoncent. As-tu déjeuné^ Jacob ? est un blasphème. Il y a cent ans, on nous eût mis, vous et moi, dos à dos sur le même fagot. L'ex-vieux bon goût
a fait un progrès : de voltairien il s'est fait orthodoxe. A présent, manquer à la Bible, c'est manquer de goût. Voilà où en est ce petit tapage littéraire, bonapartiste et catholique. Restez là-bas, faites de grands et nobles vers, tournez vos beaux yeux vers l'idéal, aimez-moi toujours un peu, et là où fut la république romaine, pensez à la république française.
« Permettez, Madame, que je vous baise les mains.
« Victor Hugo. .
« Il va sans dire que je vous garderai de votre livre et de son titre le plus absolu secret V »
Ce livre composé au milieu de tant d'agitations, devait subir encore d'autres péripéties fâcheuses. Pour son voyage de retour, M™® Golet était seule dans un compartiment que l'ingénieur en chef des chemins de fer