‹ La belle madame ColetChapitre 108 sur 120 · Les Pays lumineux, p. 15(Dentu · texte numérisé non relu

Les Pays lumineux, p. 15(Dentu

Gautier, rencontré sur le bateau, feignit de ne pas la reconnaître, jusqu'au moment où M""® Colet le força à capituler. Et pourtant, aux jours où il briguait un fauteuil à l'Académie, il avait été un des hôtes empressés du salon de la rue de Sèvres. Camille Pelletan, Gérôme, Fromentin, Berthelot, Quatrefages, ne se montraient guère moins froids. M""^ Colet s'explique cette attitude désobligeante par des raisons politiques :

« J'avais publié récemment ma satire Pam- Matière qui flagellait les vices de la cour impériale. La majorité des invités à l'inauguration du Canal de Suez appartenait au monde impérialiste. On s'étonnait de me voir comprise dans le petit nombre des écrivains libéraux conviés à cette fête des intelli2:ences... j'étais un témoin gênant qu'il fallait tenir à distance. Les premiers signes de cette hostilité secrète se manifestèrent bientôt envers moi tandis que je causais avec Théophile Gautier. Les fauteuils et les pliants manquaient...

Pas un de ces Français que je nommerai les officiels ne m'offrit un siège. Je m'assis en riant sur les planches et m'accoudai à mon sac de voyage plein de sels et de cordiaux. » « Dès mon arrivée à bord du Giseh, ditelle encore, j'avais compris les agressions tacites qui m'y attendaient. Quelle franche cordialité, et à l'occasion quels soins secourables espérer de ces hommes officiels, confinés par métier, et s'y tenant par tempérament, dans l'ornière des convenances et le respect des positions acquises ?

1^; « Déjà, à la table d'hôte de VHôîel rotjal^ j'avais pu prendre la mesure de ces esprits du milieu qui sont aux esprits supérieurs ce que la servitude est à la liberté. Des esprits qui communient avec l'humanité tout entière et s'inspirent de vérités éternelles leur étaient odieux...

«... Je me mis à réfléchir que, n'ayant à espérer ni soins efficaces ni cordialité sincère de la part de mes compagnons du Giseh^ les uns malades et les autres hostiles, je ne pourrais trouver qu'en moi-même l'énergie morale qui

soutient la force du corps. Je résolus de ne plus m'épuiser en protestations vaines contre ce qui choquait mon esprit ou blessait mon âme, et de donner les courts instants de lucidité que me laissaient mes souffrances à écrire mes impressions de voyage *. »

La littérature, une fois de plus, sera donc pour M°^^ Colet la suprême consolatrice.

Nous ne suivrons pas la voyageuse dans le long itinéraire dont elle narre avec abondance les plus insignifiantes péripéties. Ayant juré de ne nous faire grâce d'aucun détail, elle nous informe, par exemple, qu'à un moment donné, <( une atroce démangeaison au visage l'obligea à poser sa plume ». Ailleurs, ce sont des confidences encore plus intimes :

<( Je me dépouillai de mes vêtements et fis des ablutions à l'eau froide, ou, pour parler plus juste, k l'eau naturellement tiédie par la

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