‹ La belle madame ColetChapitre 114 sur 120 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Depuis longtemps M™^ Golet se plaignait du mauvais état de sa santé que ruinait une toux opiniâtre. A en croire les malveillants, entre autres Barbey d'Aurevilly, cette toux, dernier prétexte à littérature, n'aurait été qu'un suprême moyen d'occuper le monde de sa personne. Elle était malade, cependant, la pauvre Muse, malade et cruellement délaissée, le vide s'était fait autour d'elle. Ce n'était plus le temps glorieux de Déranger, de Cousin, de Flaubert, ni même celui de Manzoni, de Cavour et de Garibaldi. Envoyée au Midi pendant l'hiver de 1875, elle habitail, à San- Remo, une maison contiguë à celle où se

fabriquaient les cercueils et où s'abritaient les voitures mortuaires. Pour toute distraction,quelques lettres,et les journaux de France et d'Italie. Si peu de sympathie que l'on ait pour M""^ Colet, on ne peut s'empêcher de la plaindre, elle que rien n'avait préparée à la solitude, d'achever ses jours dans un si triste abandon ; et tout en la plaignant, on admire presque le courage qui lui fit tremper sa plume dans l'encre jusqu'à la dernière heure, pour envoyer à son éditeur des phrases comme celles-ci :

« Depuis longtemps je m'étais résignée, dans la solitude, à l'oubli des affairés de la gloire; je n'étais plus pour eux qu'une chose morte, pire encore, une chose inutile, une voix muette qui ne pouvait plus faire écho aux clameurs qui les enivraient. Je n'avais opposé à leur bruyant orgueil, si frivolement dédaigneux, que la fierté du silence et la farouche pudeur des esprits méconnus \ »

Page 1