‹ La belle madame ColetChapitre 19 sur 120 · Loc. cit., p · texte numérisé non relu

Loc. cit., p

ticle tomba entre les mains de la Penserosa. Laissons-lui la parole pour un récit dont nous ne saurions égaler ni la couleur, ni l'accent dramatique ;

(( La nuit s'écoula pour moi dans l'insomnie et dans une morne stupeur. Stupeur apparente : le sang de mon aïeul, le conventionnel, le sang de sa fille, ma fière et sainte mère, frémissait en moi ; j'entendais aussi l'enfant qui tressaillait dans son sein me crier : il faut que cette homme meure !

« J'attendis le jour, je comptais les heures; quand je fus seule, je me vêtis ; je pris pour arme un couteau de cuisine ; me procurer une arme plus élégante m'aurait paru théâtral : je ne songeais qu'à agir avec simplicité, comme il convient dans une grande douleur.

« La maison que j'habitais était voisine de celle de cet homme ; je m'y rendis résolue. Je le trouvai sur sa porte en manches de chemise. Je ne lui dis que ces mots : « J'ai à vous parler. » Il m'engagea à entrer chez lui, et comme il se penchait vers la loge de son portier, je

le frappai dans les reins. Quelques gouttes de sang jaillirent. Le couteau avait glissé. Inquiet de ses infamies, il portait, m'a-t-on dit, une sorte de cuirasse. 11 s'était retourné vivement et me désarma.

Après avoir échoué, je ne proférai pas une parole. Il prétend, dans son récit d'aujourd'hui, qu'il envoya chercher un fiacre, et qu'il me donna la main pour y monter. Invention stupide ! Est-ce que j'aurais touché la main de cet homme ? 11 dit encore : Elle était assez belle, mais d'une beauté trop massive. Atroce quolibet, digne de cette âme flétrie ! J'étais massive comme une mère prête à mettre son enfant au monde \ »

Quant à Alphonse Karr, il suspendit dans sa chambre, comme un trophée, le couteau arraché à sa belle ennemie, avec cette inscription : (( Donné par M'"^ Louise Colet, dans le dos. »

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