Victor Cousin, Jacqueline Pascal
Ceci, toutefois, n'empêchait pas Cousin, dans les intervalles des reproches et des accès de mauvaise humeur, de renseigner minutieusement Penserosa sur l'état de sa santé, de lui donner des conseils littéraires, ou de lui faire des confidences sur les travaux que lui-même entreprend :
« Ce temps est affreux. Je ne puis aller vous voir, ni même envoyer Jacques vous donner de mes nouvelles et vous demander des vôtres, car Jacques est bien occupé chez moi, et ma maladie augmente son travail.
« M. Andral vient de me faire mettre au cou un troisième emplâtre qui doit y rester huit jours. Je soupire après la fin de ce mal et celle de l'hiver. Aux premiers jours du printemps, je m'envole à la campagne. Déjà mon imagination est comme embarrassée entre Montmorency, Chatou et Meudon. Voilà l'unique délassement que je prends. Là je me livrerai à un travail important, dont je vous ai plusieurs fois parlé, et devant lequel je recule
depuis un an, une nouvelle et définitive édition de tous mes cours, en un corps d'ouvrages composé de six volumes. Ce sera l'humble monument de ma carrière de professeur. « Pendant que je rêve ainsi, vous écrivez un long article sur les lettres inédites de M""^ Duchâtelet ^ Mettez-y tout le soin dont vous êtes capable. Il y a un art de préparer et d'encadrer des fragments inédits, tout en s'efforçant de semer ces citations de pensées et de réflexions qui nous appartiennent. Il faut être simple et intéressant, n'avoir d'autre prétention que d'être un éditeur exact et donner un peu plus, s'il est possible. Mes flatteurs prétendent que j'y ai assez réussi pour les lettres de S. Rosa. Le véritable maître en ce genre est M. Sainte-Beuve \ »
D'autre part, il faut continuer les démarches auprès des académiciens, car M™® Colet,
1. Cet article, revu par Sainte-Beuve (cf. Annales romantiques, I, 53), parut dans la Revue des Deux Mondes du 15 septembre 1846.