Corresp., 2» série, p
Et il ajoute :
(( Chère sœur, vous serez reniée, insultée, découragée par les imbéciles et par les pédants, ces deux plaies de l'art. Mais, voyez, il est bon de se dire quelquefois, même dans les heures désespérées : Je n'ai qu'à mourir pour avoir ma couronne et ma gloire incontestée. »
Puis ce sont des conseils comme on n'en donne qu'à ceux dont on a le droit d'attendre beaucoup :
« Soigne bien tes vers, lui recommande Flaubert; au point oii tu en es maintenant tu ne dois plus te permettre un seul vers faible. Je ne sais ce qu'il en sera de mai Bovarfj^ mais il me semble qu'il n'y a pas une phrase molle. C'est déjà beaucoup. Le génie, c'est Dieu qui le donne, mais le talent nous regarde ; avec un esprit droit, l'amour de la chose et une patience soutenue, on arrive à en avoir, La correction (je l'entends dans le plus haut sens du mot) fait à la pensée ce que l'eau du Styx
faisait au corps d'Achille: elle la rend invulnérable et indestructible \ »
Cependant l'éblouissement de Flaubert ne pouvait être assez complet pour l'empêcher toujours d'apercevoir les défaillances ou plutôt le néant d'une littérature qui était l'exacte antithèse de ses plus chères idées. Quel effet ne devaient pas lui produire des vers comme ceux-ci, cueillis au hasard dans les œuvres poétiques de la Muse :
Elle court, elle court comme un corps privé d'âme, Et bientôt elle arrive au seuil de cette femme '...
Ou bien :
Les femmes en bouquets se groupent aux lambris ; Les hommes,noirs faisceaux, à leur beauté font ombre Gomme de bruns massifs d'arbres, aux fleurs mêlés ^.