‹ La belle madame ColetChapitre 50 sur 120 · Cerresp,, 2« série, p · texte numérisé non relu

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jeunes provinciaux éblouis par le prestige d'une femme plus âgée qu'eux, très belle, parisienne, et auréolée de notoriété.

« Vous avez une réputation établie et un avenir où je vois de nouveaux triomphes », lui écrit Louis Bouilhet ; et après une soirée organisée par M™^ Colet pour lire à ses amis un poème du jeune homme, Melaenis, il la remercie avec effusion :

« Votre voix s'est élevée, la première de toutes, pour me crier : courage ! J'ai peur que vous ne vous abusiez sur mon compte, et que votre imagination, si vive, me mette sur un piédestal, d'où, quelque jour, il me faudra descendre. Hélas ! c'est moi qui vous le dis, je ne suis pas un grand poète... »

Haubert, lui, renchérit encore. A lire les belles lettres qu'il adresse à Louise Colet, ses conseils, ses éloges enthousiastes, on pourrait croire que la Muse eut un très grand talent, et que si rien n'a survécu de ses cin-

quanle-deux ouvrages en prose ou en vers, il en faut accuser une mystérieuse injustice du sort. Le lecteur, il est vrai, se trouve un peu déconcerté quand Flaubert en vient à motiver son admiration. A propos d'un petit poème, La Paysanne^ que vient d'achever son amie, il lui écrit :

« Voici un vers :

Où les reines buvaient du lait

dont je fais un cas énorme ; il y a là plus de vraie poésie que dans toutes les tartines sur Dieu, l'âme, l'humanité ^.. »

Et Bouilhet de s'exclamer à son tour :

Où les reines buvaient du lait !

« Si je vous tenais,jevous sauterais au cou pour ce vers là ! C'est magnifique, simple, beau, franc ; en un mot, c'est cela. »

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