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pour vendre le fameux album contenant les signatures des célébrités contemporaines, collectionnées malgré l'avis de Déranger. Flaubert, par complaisance, s'était chargé de cette négociation, moins facile que ne l'imaginait M"' Colet, qui fondait l'espoir d'une fortune sur ce « grand et bel album oii tous les génies contemporains ont déposé un hommage: Chateaubriand ouvre le cortège, suivi de Victor Hugo, de Rossini, de Meyerbeer, de Manzoni... » Le jeune homme, trop peu pénétré de l'importance de la mission à lui confiée, se borne à écrire de temps à autre à son amie : « A propos, l'album n'est pas vendu. » Et M"' Colet de s'indigner qu'il ne l'achetât pas lui-même, manière délicate et toute indiquée, d'après elle, de lui venir en aide sans en avoir l'air. Mais cette idée si simple ne s'était pas présentée à l'esprit de Flaubert. Il écrit :
« Autre question, à savoir la financière. Je
ne cache nullement mes gros sous (quand j'en ai) ; et il est peu de gens aussi maigrement rentes que moi et qui aient l'air si riches. Tu semblés me considérer comme un ladre parce que je n'offre pas, quand on ne me demande pas. Mais quand est-ce que j'ai refusé ^ ? »
L'album, du reste, finit par se vendre au prix de huit cents francs. Flaubert conserva le reçu de cette somme, et put ainsi, preuve en mains, réfuter le récit fantaisiste que M"' Colet fit plus tard de cet incident fâcheux dans son roman intitulé Lui.
« Quant à moi — écrit-il à ce propos en 1859 à Ernest Feydau — j'en ressors blanc comme neige, mais comme un homme insensible, avare, en somme comme un sombre imbécile. Voilà ce que c'est que d'avoir aimé les Muses! J'ai ri à m'en rompre les côtes. Quelles drôles de choses que de mettre ainsi la littérature au service de ses passions, et quelles