Cité dans l'Italie des Italiens, p. 16 (Dcntu, éd
1830, si la beauté ne laissait point insensible, on y savait aussi compter, et, par malheur, la dot de M"^ Révoil était beaucoup moins brillante que ses yeux bleus. Barbey d'Aurevilly prétend que « M™^ Colet parle de sa mère et du château de sa mère comme le mulet de la fable parlerait de sa mère, la jument, et de la splendeur de son écurie ^ ». Elle parle également du château de son père ; mais, malgré tant de châteaux, les ressources matérielles de la famille étaient minces : ainsi s'explique, peut-être, le célibat assez prolongé de ]\pie Révoil, et son séjour de plus de vingt-cinq ans dans un milieu qui convenait si mal à son génie :
Gomme au tronc desséché s^étiole la branche, Près d'eux se consumait mon âme ardente et franche ; Libre par la pensée, esclave dans leurs fers, Que de tourments cette âme en secret a soufferts !
1. Barbey d'Aurevilly. Les Bas-Bleus, p. 237-252. Paris, Victor Palmé, 1878.
Seule, au désert, livrée à ma douleur muette, Oh! j^'aurais succombé I Mais Dieu me fît poète ! Alors, comme une coupe épandant sa liqueur, Je versai dans mes chants le trop plein de mon cœur * .
Mais la poésie, elle l'avoue, n'était pour elle qu'un pis-aller en attendant mieux :
Vois-tu la jeune vierge à l'âme véhémente.
Qui se meurt chaque jour du mal qui la tourmente?
La voit-tu mendiant, comme un trésor divin,
Un cœur qui la comprenne, et qui le cherche en vain ?
Si je leur demandais naïvement pourquoi Les biens que je rêvais s'enfuyaient loin de moi. Pourquoi les voluptés que Dieu leur fît connaître, Et dont il a gravé Timage dans mon être, Fantômes séduisants qui venaient me ravir. Enflammaient mon espoir sans jamais Tassouvir; Barbares ! ils traitaient mon tourment de délire I Dans mon âme si pure ils ne savaient pas lire !