‹ La belle madame ColetChapitre 72 sur 120 · Lettre inédite · texte numérisé non relu

Lettre inédite

coins de la cheminée, elle se répandit en véhéments reproches ponctués de coups de pieds allongés dans les jambes de Flaubert. Celuici, à la fin, perdit patience. Une bûche brûlait dans l'àtre : « Je mesurai l'angle de cette bûche à la tempe de cette femme irascible, vraiment intolérable, racontait-il. Puis une vision passa devant mes yeux : les gendarmes, la cour d'assises... Brusquement, je me levai et je pris la porte. » Jamais dès lors, ils ne devaient se revoir.

Par tous les moyens, Louise Colet essaya de reprendre Flaubert ; mais la joie, le soulagement que celui-ci éprouvait de sa liberté reconquise étaient trop grands pour qu'il ne se dérobât pas avec énergie à toute tentative de rapprochement. Quand ses affaires l'obligeaient à venir à Paris, on prétend qu'il n€ circulait qu'en iiacre fermé pour éviter les assauts de la Muse embusquée au coin des rues. « Prenez garde à cette femme, — di-

sait-il, à Sainte-Beuve en rééditant le mot de Danton à propos de Marat, — elle est insociable. »

Du reste, nulle amertume chez Flaubert.

Il débarrasse son souvenir, aussi bien que sa vie, de cette femme à qui il n'a pas dû un jour de bonheur véritable. C'est tout au plus si, dans le reste de sa correspondance, il est encore une ou deux fois question d'elle. En 1859, il écrit à Ernest Feydeau :

« Veux-tu te distraire ? Fais-moi (ou plutôt fais-toi) le plaisir d'acheter Lui^ roman contemporain par M*"" Louise Colet. Tu y reconnaîtras ton ami arrangé d'une belle façon. Mais, pour comprendre entièrement l'histoire et surtout l'auteur, procure-toi d'abord : l"" La Servante, poème où le gars Musset est aussi éreinté qu'il est exalté dans Lui^ et 2'' Une histoire de soldat^ roman dont je suis le principal personnage. Tu n'imagines pas ce que c'est comme canaillerie\ »

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