‹ La belle madame ColetChapitre 98 sur 120 · Italie des Italiens, vol. I, p · texte numérisé non relu

Italie des Italiens, vol. I, p

tent au sein des noires phalanges menacées ceux qui, sans souci de leurs intérêts ni du repos de leur vie, poussent contre elles le cri de réprobation. Ce cri, je l'avais poussé, net et hardi, dans mon livre sur Rome, publié au commencement de l'année 1864. Il fut lu et commenté à Rome ; les journaux religieux me dénoncèrent aux foudres de l'Eglise : d'autre part, les journaux de la libre Italie acclamèrent mon livre et traduisirent la conversation que j'avais eue avec le cardinal Antonelli ^ »

Et ailleurs :

« Malgré les prévisions d'un homme d'Etat italien, qui m'avait dit que je ne retournerais pas impunément à Rome, je m'y rendis en 1861... »

Des amis pleins de sollicitude, assure M'"^ Colet, l'avertirent qu'on ne l'y tolérerait tout au plus que trois jours, le temps de déli-

1, Les derniers abbés,

bérer sur son cas : mais les trois jours passèrent, et les autorités pontificales ne rendaient point leur arrêt d'expulsion. On ne semblait même pas se douter d'une présence si dangereuse sur cette terre papale conspuée tant de fois dans de virulents écrits. Pour quelqu'un qui s'attend à être persécuté, et qui tient à l'être, tant de longanimité est désobligeante. M"'"" Colet toutefois s'explique bientôt cet étrange phénomène. Pour plus de vraisemblance, elle met cette explication dans la bouche du prince de Santa-Croce, que le hasard lui fit rencontrer dans un bal :

<( Il a tenu à peu de chose que vous ne soyez plus aujourd'hui à Rome, lui aurait dit le prince. Sans l'esprit d'un des opinants, nous n'aurions pas le plaisir de vous voir ce soir. Il a résidé à Paris, il sait que l'indifférence en matière littéraire est plus préjudiciable à un auteur que les critiques les plus acerbes et les interdits les plus fulminants... »

(( Ce n'est que partie remise, dit un Anglais qui nous écoutait ; soyez sûre, Madame, que tôt ou tard, ils vous frapperont dans l'ombre *. »

Ainsi, la mansuétude des autorités romaines s'expliquait de la même manière que le silence obstiné de Sainte-Beuve : critiques littéraires et hommes politiques se donnaient le mot pour étouffer la réputation d'écrivain d'une femme détestée.

Bien que les louanges dont ses admirateurs étaient jadis si prodigues se fissent de jour en jour plus rares, quelques consolations, cependant, venaient encore de temps à autre à M™^ Coletde la part des amis qui lui restaient fidèles. Victor Hugo était à la tête de cette petite troupe maintenant bien réduite. 11 écrit de Hauteville House, le 30 mai 1861 :

1, Les derniers abbés.

« Vous ne me donnez pas votre adresse à Turin. Je vous écris en Europe, au hasard. Votre lettre m'a charmé et attristé; vous m'aimez toujours un peu, mais vous souffrez... Hélas î que vous dire? La force d'âme est en vous, comme toutes les forces. Puisez dans ce grand cœur que vous avez.

c( Vous y trouverez l'inspiration, vous y trouverez la consolation. Les grandes pensées viennent de la conscience ; les grands apaisements aussi.

« ... J'attends vos deux volumes avec impatience, et j'écris à Paris pour qu'on me les envoie. J'ai la fièvre des belles et éloquentes choses que vous dites. L'Italie et la France sont en vous... Je vais probablement voyager bientôt. . . Quel bonheur si je vous rencontrais ! Je vous baise les mains et les ailes, Madame i. »

M™^ Colet ne voulait pas être en reste d'amabilité avec son illustre ami, et, comme la strophe lui était toujours aussi facile que par

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