CHAPITRE XIV
M"* Colet était fière des événements glorieux dont l'Italie venait d'être le théâtre comme si elle-même les avait conduits. Elle se targuait d'ailleurs d'avoir écrit au commencement de mars 1859 un Dithyrambe sur la grande émotion du moment, qu'elle lut un jour au ministre de l'Intérieur : et celui-ci de s'écrier, à la grande satisfaction de l'auteur : « Mais Madame, ces vers sont un encouragement au soulèvement de l'Italie... je ne saurais en permettre la publication dans les journaux français. » M°" Colet se rendit alors chez Jules P'avre, son dithyrambe à la main. Après en avoir attentivement écouté la lecture, Jules
Favre se serait écrié, admiratif : « Votre prophétie s'accomplira ; l'Italie sera ^ »
M^'Colet croyait, ou du moins elle cherchait à se persuader, que son nouveau voyage était un des plus gros soucis des hommes d'Etat de France et d'Italie. Les quatre volumes compacts où elle mêlait, dans un beau désordre, ses impressions d'art, ses vues politiques et les souvenirs de ses succès de femme et de muse, venaient de paraître en librairie. 11 lui plaisait de se considérer comme vouée désormais à l'exécration des cléricaux et des réactionnaires italiens ; aussi, dès le début de l'année 1864, se prépara-t-elle vaillamment, et surtout bruyamment, à son rôle de victime. Sa « conscience militante » comme elle disait, lui conseille d'ailleurs d'aller bravement au-devant du danger :
« On imagine la rage et les haines qu'exci-