‹ La belle-mère; comédie-vaudeville en 1 acteChapitre 4 sur 25 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

M. DUVERSIN , LE COLONEL.

LE COLONEL

Je vous demande bien pardon .. vous étiez occupé... il paraît que vous êtes au milieu des préparatifs d'une fête.

M. DUVERSIN.

Un bal de noces.

LE COLONEL

Ah !.. vous mariez un de vos enfans ?

M. DUVERSIN.

Non... vous ne devinez pas?

LE COLONEL

Vous vous remariez ?

M. DUVERSIN.

C'est fait... je suis arrivé de la campagne ce malin , et, comme vous voyez, j'attends ma femme ce soir... c'est pourquoi mes bureaux sont fermés anjourdhui.

LE COLONEL

Ma foi !.. mon cher M.. Duversin , je vous fais mon compliment... une jeune femme sans doute... (à part.) Ils épousent toujours de jeunes femmes.

M. DUVERSIN.

Vingt deux ans.

LE COLONEL

C'est charmant !.. mais vous disiez que vous ne vous remarieriez pas à cause de vos enfans.

M. DUVERSIN.

Oh ! cela tient a des circonstances !.. et cependant ils sont loin d'approuver mon mariage ; aumoins... ils ont cru pouvoir se dispenser d'assister a la cérémonie ; et en ee moment encore, ils sont chez une tante. le colonel.

De l'humeur ? du dépit... c'est assez l'usage.

M. DUVERSIN.

Il n'y a [sas jusqu'à ma vieille gouvernante, que vous venez de voir , qui ne me déclare la guerre.

LE COLONEL

Une gouvernante!., parbleu ! je crois bien... la voilà détrônée... elle a maintenant une maître se. m; duversin.

Et puis , ce que vous n'osez pas dire : c'est qu'à mors âge, j'ai fait, en nie mariant , une extravagance.

LE COLONEL

Moi !.. je ne dis pas cela...

M. DUVEUSIN.

Mais vous le pensez.

LE COLONEL

Du tout... chacun est libre... surtout quand c'esi à set. risques et périls.

M. DUVRS1N.

Vous avez raison... et pourtant je parie qu'à ma place , le danger ne vous eût pas arrêté.

Je crois bien... nous autres militaires, c'est notre état... mais vous... un négociant, qui n'y étiez pas obligé... Elle est donc bien jolie.

M. DtJVEKSIN.

xMieux que cela... c'est une ange à qui je dois la vie et l'honneur... fille d'un colon de Saint-Domingue , elle me fut autrefois confiée par un ami mourant ; et pendant le temps qu'elle fut ma pupille... j'eus le bonheur de lui rendre quelques services... de réaliser sa fortune qui, dans nos colonies , était fort exposée... depuis elle a habile Strasbourg avec son frère.

LE COLONEL

Strasbourg !...

M. DUVEUS1M.

Oui... qu'est-ce donc?

LE COLONEL

Bien , bien... c'est l'endroit où j'ai connu ma seconde... et des souvenirs... mais, pardon, coniinuez.

M. DUVERSIN.

11 y a six mois... des retards , des malheurs , des .spéculations hasardées avaient mis ma fortune en péril... j'étais près de manquer , e; , décidé à ne pas survivre a mon déshonneur , j'avais éloigné de moi ma famille.., j'avais envoyé ma fille en province , et mon fils aîné chez un de mes correspondans... encore quelques jours !.. et j'allais exécuter mon fatal dessein , quand je vois arriver ici... à Paris... ma |eune pupille qui venait d'atteindre sa majorité, et qui avait appris ma position... « Cette fortune que je 5> vous dois , me dit-elle , je viens vous l'offrir , pour » conserver la vôtre. »

LE COLONEt .

Il se pourrait !

M. DXJVEKSIN.

Je vous vois, comme moi, ému de tant de générosité... et quant à ma réponse vous la devinez sans peine... « Eh » bien ! comint;a-t-elle, si mon tuteur , si mon ami me » refuse , mon époux doit accepter. » Jugez de ma surprise... elle m'avoua qu'elle m'aimait... que depuis son enfance, mes soins , ma tendresse avaient louché son coeur; et qu'étrangère en France, elle serait heureuse de trouver en moi un guide... un ami... Que vous dirai-je?.. j'étais

<rop heureux moi-même de croire a son amour... je me laissai persuader... je l'épousai... et le bonheur est entré avec elle dans ma maison.. .Voilà, colonel, toute l'histoire de mon mariage... voilà cette femme que mes enfans refusent de voir... et contre laquelle vous-même peut-être aviez tout-à-l'heure des préventions.

LE COLONEL

Eh bien ! je n'en ai plus... sa conduite est admirable... et maintenant je suis pour vous, et surtout pour elle... j'çspère bien que vous me présenterez à madame.

M. DUVERSIN.

Comment donc'... mais dès aujourd'hui, si vousle voulez; car cette fête est pour célébrer son arrivée; je ne vous savais pas à Paris; d'ailleurs je vous vois rarement ; tenez, faites-moi le plaisir d'accepter mon invitation., restez.

LE COLONEL

Monsieur...

M. DUVERSIN.

J'aurai du plaisir à vous présenter à ma famille , et nous vous distrairons de vos ebagrins.

Ali! vousavez raison! quand on a des peines... et j aime la danse à-la folie!., j'accepte volontiers; mais permettez un quart -d'heure à ma toilette, et je suis à vous. Ah! mon cher monsieur Duversin, quand pourrai-je vous retenir au bal de ma noce!..

M. DUVERSIN.

Avec la brune?..

LE COLONEL

Oui, oui... avec la blonde. (// sort).

M. DUVERSIN.

Je compte sur vous. C'est bien l'homme le plus aimable et le plus fou!...

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