‹ La belle-mère et le gendreChapitre 38 sur 50 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Les Précédents, M"" DORFEUIL.

MADAME DORFEUIL

Eh quoi ! ma fille ici , près d'un mari trompeur !

ÉLISE

Non , Darcy ne l'est point.

MADAME IIORFEI'II..

Comment, que veux-tu direV A te désabuser rien n'a donc pu sufHre, Et ce fatal portrait, ici même donné.

Que j'ai vu...

ÉLISE

Ce portrait!... il m'était destiné; C'est celui de Darey qui pour moi le fit peindre. De son amour eonslani je n'avais rien h craindre.

Si

Sous vos yeux, de ma fête, ici même, aujourd'hui, Madame Mericour s'occupait avec lui.

MADAME nonFEL'IL.

Lr preuve de cela? dites.

ÉLISE

Le portrait même.

(Kllc le montre ù ttiuduiiie Dorfcuil.) MAPAME nOIiFEUII..

Je me serais trompée !... ah! ma joie est extrême. Mon. jjendre, embrassez-moi ; veuillez me pardoimer D'avoir injustement ose vous soupçonner.

De vous voir innocent, d'honneur, je suis ravie. Allons, faisons la paix, et pour toute la vie.

DARCY, bas à Gérard.

Dans le fond elle est bonne.

GÉRAP.r) , bas.

Excellente en effet.

Tout le mal cependant, c'est vous qui l'avez fait; Je vous connais ; je sais que vous êtes sincère ; Mais d'autres trouveraient fort extraordinaire Qu'une femme jolie et coquette , en secret, D'un homme jeune, aimable, entreprît leportiait. Cela suppose enfin plus d'un doux tête-à-tête. Et d'autres blâmeraient de tels apprêts de fête. V'otre femme aurait tort d'accuser votre cœur; Mais elle le pourrait peut-être à la rigueur.

DARCY

Non, je la connais trop pour l'en croire capable.

ÉI.TSE.

Je ne croirai jamais que Darcy soit coupable. Mais j'ose le trouver envers vous trop discret : N'eiÀt-il pas dû vous mettre aussi dans le secret?

MADAME DORFKCIL.

Ma fille, que veut dire une pareille plainte. Et pourquoi réveiller une querelle éteinte? Que faites-vous? ô ciel!... Elise, fjardez-vous De vous abandonner à des soujiçons jaloux. Ah! si la jalousie ici trouvait entrée, A des troubles sans fin votre maison livrée Deviendrait un séjour odieux à tous deux ; Et, pour me dérober à ce spectacle affreux. Je vous fuirais.

DARCY

Pourtant vous auriez tort peut-être De blâmer des soupçons que vous auriez fait naître.

MADAME DORFEDIL.

Je les aurais fait naître ! et de quelle façon ?

DARCY

l*ar des réflexions faites d'un certain ton. Plus perfides cent fois , s'il faut que je le dise, Qu'une accusation bien franche et bien précise.

MADAME DORFEriL.

Ah! mes réflexions vous blessent? c'est cruel. Vous vouliez m'imposer un silence éternel? Vous n'y parviendrez pas.

c.ÉnARD, à part.

Ce serait impossible.

MADAME DORFEUIL

Ma fille avait raison ; à mon affront sensible. D'un silence (îquivoffue elle a dû .s'indi{i;ner :

oi^

Et moi , mon cœur trop bon voulait vous épargner! Pourfjuoi ne pas m'admettre à votre confidence?

DARCY

Ce n'était de ma part qu'un excès de prudence. Je craignais...

MADAMK DOIiFECIL.

Vous craigniez mon indiscrétion?

Je dois vous savoir gré de la précaution. Pour moi , convenez-en .elle était obligeante : Ainsi vous méjugez bavarde, inconséquente.

DARCY

Madame , permettez que je parle.

MADAME DORFECIL.

A quoi bon?

Vous ne pouvez donner de meilleure raison. Trop heureu.\ qu'on vous croie, et que l'on vous

(pardonne!

DARCY, à part.

Une (juerelle encor!

GÉRARD , bas.

Dans le fond elle est bonne.

MADAME DORFECIL.

Loin de moi le dessein de rien envenimer ! Mais des esprits méchants auraient pu présumer Que ce don , qui nous cause une aimable surjjrise, N'était peut-être pas destiné pour Elise , Et qu'enfin ce portrait n'est pas celui qu'ici Madame Mericour remettait à Darcv.

GÉRARD , à part.

C'est encor mieux, ceci.

DARCY

Ciel ! quel nouvel outrage!

ÉLISE

Oh ! vous allez trop loin, ma mère....

MADAME llORFEVTL.

Quel langage !

Unissez-vous à lui pour oser me blâmer. Vous êtes des ingrats ; mais moi, je sais aimer. Et sans minquiéter de votre ingratitude , Du bonheur de tous deux faisant ma seule élude , Je saurai tout braver, plaintes, larmes, courroux : Je veux vous rendre heureux, même en dépitdevous.

MiifiMiMil^iiilSiiili^

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