‹ La belle MietteChapitre 125 sur 200 · CAPABLES DE TOUT · texte numérisé non relu

CAPABLES DE TOUT

Mahinaet la fille Jacquet étaient devenues de plus en plus amies Placée ; à côté Tune de l'aulre dans l'ate'ier des tricoteuses, elles échangeaient de t -mps en temps à la dérobée des signes, des paroles.

L'une d'elles s'était procuré du papier. La nuit, au dortoir, elles réussissaient à se faire passer des billets en dépit de la surveillance de la prévote.

Le> autres détenues ne tardèrent pas à s'apercevoir de cette liaison et Erne^tine fut dénoncée comme étant l'objet d'une redicrdiC de la part de Malvina. On éloigna les lits des deu^c alliées, mais on n'ajouta pas foi, heureusement pour elles, à cette dénonciation.

Nous savons, nous, que le seul sentimenl qui avait rapproché ces deux femmes était la haine.

Malvina, ayant compris que laJacquel nourrissait un projet de vengeance, lui avait proposé de l'aider à frapper la sœur Marie-Louise, si, de son côté, la lille de l'oflicier de marine s'engageait à se joindre à elle conlre Glénie.iline. Le pacte avait été conclu.

La prostituée avait d'ailleurs maintenant la certitude que M. .Mciieit ci.i.i l'amant de la femme lîarbc.

Malvina ne né^:;ligeait aucune oci-asian de voir le docteur. Elle se présentait à son cabinet sous n'importe quel préte.\.te et était fort consternée que ces '^ntievues eussent toujours pour témoin soi: le médecin en diL'f, soit une ou

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jt!ii»ioiirs siviirs iiilirmiiTis, mais ollo pri'lV'i-.iit ciicort' voir sim idoli* de cclie nianirro pIuliM (|iio de no pas la voir du tout.

l (1 jour oo|){Mid;int lt> lia<;ird l'avait sorvic.

Se liituvanl la dortiicre dclouut' inscrite sur la lislo dc-^ malades, elle était filtrée la dernière ohex le jeune docteur. ('.Ini-ci étail >imi1, sœur Saint-Pierre ayant dû se rendre à la pharmacie.

Malvina cul nn tressaillement de joie.

Klle s'approcha.

M. Mèl)erl la reçut fort mal. A peitie eut-il levé les yeu\ sur elle, il manifesta la plus vive im|)alience.

— Vousl encore vous! dit-il.

— Oui, c'(^st moil répondit-elle, léijèremcnt inlerdile.

— .le vous ai dit une bonne fois pour toutes que vous n'aviez plus rien, que vous étiez entièrement rétablie. ..

— Vous croyez...

— Cessez de m'importuner de vos visites, autrement je me plaindiai à (jui de droit...

— \ ous êtes sévère pour moi!

— C'est (ju'à la fin je me révolte!...

— Que vous ai-je fait?

— Rien, rien, laissez-moi tranquille..

Déconcertée par cet accueil, Malvina ne put retenir ses larmes.

Le médecin, qui ne savait pas ce que voulait la détenue, se repentit de sa cruauté. C'était, on le sait, un cœur sensible et bon que M. Mébert. Il ne pouvait voir pleurer une femme, si dégradée qu'elle fût.

— Voyons, dit-il, calmez-vous... Vous souffrez de quoi? Que désirez-vous que je fasse?...

Malvina, qui comprenait que les larmes lui réussissaient, eut comme un sanglot.

M. Mébert reprit :

— Qu'éprouvez-vous ?. . .

L'amie d'Ernesline sentit qu'elle n'avait pas de temps à perdre. Sœur Saint- Pierre pouvait rentrer d'un instant à l'autre.

— Vous me demandez ce que j'ai?

Elle s'approcha cl fit avec passion :

— Je vous aime!...

Le jeune docteur se leva, en proie à l'étonnement le plus grand. Il n'en croyait pas ses oreilles, s'imaginait être l'objet d'une mystification.

— Que signifie?...

LA niîLLE mii:tte

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Ce puils fixa ses regards. (P. 82 i.)

Malviiia répéta :

— Oui, je vous aime depuis que je suis entrée dans la maison centrale, depuis la première fois que je vous ai vu...

— Ah!

— C'est pour ce motif que j'ai été si désolée lorsque vous m'avez fait quitter l'infirmerie, c'est pour ce molif que j'ai recherché tous les prétextes,

LIS. 103. — TlItOLUUt; Ut.MiV. — LA BhULE MIEI TE. — tU. J. IlOLKK ET U». LIV. 103

sib I..V lii.i.i.i: Ml! riK

tons les moy*»ns do lue rnpprocher de vous... L'alTcclion que j'éprouve o^t urileiUe. Si elle vous louche, je serai bien heureu-^iv M. Mc'borl nVlail pas revenu de sa slii[)ôf.iction.

— Qu'onlends-je?. .

— Jo 110 suis p :s aussi à dédai'jrR'r qui^ vous iiourrioz le penser... Quani.1 jo ne porte pas le roslunie de dêloniu!, ]o suis beaucoup uuoux, elles liomuics savent m'appriïcier. Us me prùfôreul. uu^uic à d'aulros, car jo passe pour a;^n''ablc, i)as bi-gueuic, par exoraple, non, pas Iiô,l,mu'u1o. J'ai ûlé condamaée à doux aus de prison pour une alTairc bote, nu Itif/lis/t ipii a. ail mal pris une plaisanterie; mais j'ai subi presque les trois quarls de ma peine... Quand je sortirai, nous pourrons nous voir à noire aise... Je resterai à MonlptlJicr si cela vous fait plaisir. Qu'en pensez-vous?

1 /embarras avail chez le jeune homme succédé à la surprise. Il ne savait que dire.

Il baissait les yc ix devant ceux de MalvJna. Elle essaya de lui saisir la miun.

— Mademoiselle, balbalia-l-il, vous oubliez que j'occupe dans celle maison un emploi de conliance.

— Parce qud vous êtes docteur,, ne pouvez-vous avûir comme les autres des orei.les pour entendre une femme qui est folle de vous?...

— J'oublierais mes devoirs...

Malvina songea en ce moment à Clémentine.

— Vos devoirs ! Est-ce que vous ne les auriez pas déjà oublié.^, par hasard?...

Elle le regardait avec atienlion.

Il se leva en paissant.

— La femme Barbe, fit-elle, l'empoisonneuse I Ah! j'en ciais sûre!...

— Malheureuse!

— Celle-là ne s'en ira jamais d'ici... Aussi est-ce dans celte prison que vous êtes devenu son amant I

— Taisez-vous 1

— Je ne vous félicite pas... Vous avez succédé au balayeur... Pour un mcdecin...

— Je vous défends...

— Allons donc! je me vengerai... Vous tremblez. Vous avez raison, car vous verrez...

Malvina s'exprimait d'une voix saccadée.

— 01) I que je la hais, cette femme!

En ce moment, sœur Saint-Pierre entrait dans le cabinet. Elle remarqua

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