‹ La belle MietteChapitre 129 sur 200 · I..V HKLLl-: MlKiri: 82J · texte numérisé non relu

I..V HKLLl-: MlKiri: 82J

malheur do soi) ainio, n'ayant pas relire les avantages qu'elle cspérail, elie avait conçu une liaine furieuse pour sa victime, haine que la rencontre dans lu maison centrale avait a^'crue dans des proportions considérables.

Elle avait conclu à tout hasard une alliance avec Malvina qui la recliercliaii I .mme auxiliaire et dont elle s'imaginait pouvoir tirer parti.

H est vrai que Malvina n'olTrail son concoarsquo parce qu'elle-niême avait hesoin d'Erncsiine, mais qu'importait à celle-ci?...

Elle était prête à accorder à la prostituée la salisfaclion qi'elle désh-ail... l'.l'e ne craignait pas de commettre deux ci-imes au lieu d'un. Si on la punissait pour l'un, on la punirait pour l'autre, mais elle rêvait au moyen d'érhapper aa châtiment tout en assurant la réussite de son projet.

Elle crut avoir trouvé en attendant, poar le mettre à exécution, la veille de son départ ou plulôl la nuit qui devait précéder sa mise en liberté.

Elle agirait de telle manière que l'on ne découvrirait ce qu'elle avait l'ait qu'après sa libéiation. Elle se serait arrangée alors pour avoir mis entre elle et la justice une frontière quelconque. Malvina resterait, il est vrai, pendant six à sept mois exposée aux soupçons... La fille Jacquet s'intéressait médiocrement au sort de son alliée.

Si la prostituée accusée, arrêtée, la dénonçait, qu'importait a l'enneu.iL' Je Simonne, pourvu qu'elle eût mis sa tête à l'abri?...

Une condamnation par contumace serait un déshonneur de plus pour son frère, pour le meurtrier de Georges Mersy.

L'infâme créature souriait d'aise à la pensée du chagrin que celui-ci éproi- \erait en apprenant que son nom avait sibi encore une souillure.

Dans le recaeillemenl de la maison centrale, pendant les journées et les nuits silencieuses, Ernesline n'avait songé qu'au but qu'elle poursuivait. Elle avait concentré ses pensées sur cette seule chose, prête à proliler de toutes les circonstances qui lui paraîtraient favorables...

Grâce à celte préoccupation constante, elle ne connut pas l'ennui qin ro.ige les détenues, imprime sur leur vidage cet air morne que l'on remariiac dans le> lieux de détention.

11 est des sentiments si violents qu'ils peuvent, au besoin, i-eiuplacer tous les autres comme la lièvre permet au corps de se passer d'aliments.

La soif de vengeance doit d'autant plus devenir un de ces senliments-la qu'à nos yeux elle ne peut torturer longtem[)s qu'une personnalité vulgaire, inférieure, incapable de grands mouvements. Le méchant, l'être nnuvais et vil, y est particulièicment enclin.

Ernestine Jacquet était bien digne d'être classée dans cette catégorie.

Tandis que ses doigts faisaient aller l'aiguille dans l'atelier des iri^ uieuses, son esprit cherchait.

824 i.\ iii;i.i.i: Mir rri':

— Oui, se disail-elle, je tuerai Simonne pendant la nuit. Ce serait trop (îilficile pendant le jour. C'est ensuite la seule manière d'agir avec certitude et séi-uritt^ Avec quoi la frajiperai-je ?... Où me jirocurerrii-je un instniniiMit (pirlconque, un couteau?

Ce même jour, Malvina montra à Kiiicstine la moitié d'une paire de gros ciseaux qu'elle s'était iMoruré^^ on ne sait comment. (Vélail précisément le côté le plus ai,i.Mi.

La lille .la ■tiuel se mil aussilOit ;i rélléchir à propos de celle ariiif impro- \isée.

KvidtMument elle pourra donner la murt, mais il faudra l'enfoncer avec violence et le sang jaillira... Le sang ta'-lie, laisse des traces dilïlcilc^ àfairedi>paraître... Ce n'est pas son afTaire...

Klle eut l'idée d'étrangler Simonne.

— Je me précipiterai sur elle, je lui passerai les mains au cou et le presserai. Je me sens la force de le serrer assez pour qu'elle expire bientôt. Celle manière de procéder oiïre aussi l'avanlage d'empêcher tout cri... Je l'adopte, à moins qu'une meilleure... Mais le corps, le corps qu'en ferai-je?... Si on le découvre avant mon départ, je serai perdue!... On connaît ma haine contre la sœur Marie-Louise que les autres détenues ont la sottise d'aimer...

Ernestine couchait dans le même dortoir que la Penaud. Il lui était aussi peu difficile qu'il l'avait été à ce!Ie-^i de se rendre à la cellule de Simonne.

La Jacquet se dit qu'une fois le crime commis elle descendrait le corps au préau le plus voisin avec l'aide de Malvina et qu'on pourrait creuser une tombe.

— Je gratterai au besoin la terre!

Elle finit par reconnaître elle-même que c'était impraticable.

Le lendemain matin, la première chose que l'on verrait, ce serait la terre fraîchement remuée. Le trou ne pourrait jamais avoir une grande profondeur... Puis il faudrait un temps considérable... Cette besogne serait longue et dangereuse.

Ernestine ne faisait pas attention aussi à une chose. Entre le dortoir el le préau auquel elle pensait, il y avait, durant la nuit, celle fameuse grille qui avait arrêté Miette et que celle-ci n'avait franchie que grâce aux rendez-vous de Gérard et d'une sœur.

Pendant une promenade dans ce préau^ la Jacquet fil une remarque qu'elle fût étonnée de ne pas avoir faite plus tôt.

Il existait à l'extrémilé de la cour, à un endroit près duquel, à la vérité, on n'allait guère, un puits dont la margelle était recouverte d'une planche cadenassée.

Ce puils fixa ses regards.

Page 1