L.v i;j;ij.i'; miktim
— Kst-ce possililc, mon bon. lui ili>.iil-il, (juo vous vous soyez fait pinctT poiif un crime aii^si viiliiaiio.'..,
— Vous voîis tMcs lii(Mi laissé prendre, vous...
— Oh! moi... c'olail auUv chose... Je faisais fabriquer des liiUcls de li.inque el je les émellais... Il esl nécessain* d'avoir lioimc mine, d'inspirei- une certaine confiance... Viuis n'auriez pas ]iu faire cclaî...
— Qui sait?...
— En vous voyant tirer de votre portefeuille le Itillct, on se fût dit : Comment diable un semMable balourd csl-il possesseur d'une aussi forte somme?,..
— Raloiird, moi!...
— Mais oui, mon cher... Vous n'avez jamais eu comme moi la prétention d'i^tre un modèle de grâce et de distinction...
— On ne s'en aperçoit guère sous ce costume.
— Il y a cependant une manière de porter la casaque de forçat qui révèle riioiume du monde... Vous ne savez pas arranger votre chaîne avec élégance...
Lcbuleux eut un grognement, mais il dut avouer qu'il n'avait jamais songé à résoudre ce problème.
Le fore il fashionable et l'ancien boucher avaient cependant une même pensée, lis se firent un jour des confidences et reconnurent qu'ils étaient, l'un et l'autre, résolus à tout risquer pour recouvrer leur liberté.
— J'assommerais au besoin plusieurs gardcs-chiourme, dit Lebulcux.
— Qui vous parle d'assommer?...
— Si cela est nécessaire...
— On tue, mais proprement, d'un joli petit coup do stylet.
— Où prendre un stylet?...
— On le remplace par un instrument quelconque, mais on n'assomme pas, c'est bon pour les bouchers ou les équarrisseurs... Fi donc! Vous vous imaginez toujours exercer votre ancienne profession.
— Mon métier me plaisait...
— Chacun son goût... Moi, je ne peux pas voir un morceau de viande crue et l'odeur de sang me répugne...
— Quelle femmelette ! . . .
— Cette femmelette vous en remontrerait cependant... Mais ne nous disputons pas... c'est inutile et ce n'est pas distingué... Regardez plutôt ceci...
— Qu'est-ce donc?...
— Un étui...
— Qu'y a-t-il dedans?...
— Une foule de choses qui nous sont indispensables... C'est comme qui dirait notre nécessaire de voyage...
— Vovons...
LA in-LLt; MIKTIE 931
— Assurez-vous bien qu'on ne nous regarde pas...
— Le surveillant tourne le dos...
Pierre ïil ouvrit son olui et e\liiba ii Lebuteux émerveillé les instruments suivants qui y étaient enfermés :
1° Un cadet monseigneur;
2° Des coins en bois ;
3° Une scie ù main ;
4„ Une vrille pour bculiner (percer) ;
îi° Un bastringue monté pour couper le fer ;
6° Une petite pince ;
7° Une vis de pression pour écarter les barreaux de fer.
Tout cela était enveloppé de postiches pour se fabriquer des moustaches barbe et cheveux.
— Mais, demanda Lebuteux, où se procure-t-on ces instruments?...
— On ne les vend pas couramment au bazar du bagne, mais lorsqu'on est avisé, on se les procure tout de même...
— Moi aussi je veux... il me faut...
— A quoi bon?... Puisque nous devons fder ensemble... En coupant ma chaîne, je couperai votre chaîne, puisque nous sommes accouplé,-...
— C'est vrai...
— Ma destinée est liée à la vôtre... Ce qui est assez étrange, car nous nous ressemblons peu... Mais ce n'est pas moi qui ai choisi...
— Ni moi...
— Oh I vous, vous n'avez pas assez de goût...
Lebuteux commençait à être habitué à ces compliments. Il ne répliqua pas...
Et puis que lui importait ce que Pierre Til pouvait dire si, grâce à lui, il quittait le bagne?...
Les deux forçats choisirent un moment opportun.
Un jour où ils travaillaient à la fabrique, ils se débarrassèrent de leur chaîne, ne conservant que leur anneau, prirent sur leurs épaules une pièce de bois, de manière à masquer leur figure, traversèrent ainsi tout le port et anivèrent à la corderie.
ils forcér('nt un des barreaux de la première fenêtre et se cachéri'nt jus(ju'au soir.
Après le coup de canon qui précède la retraite, se trouvant seuls dans le vaste atelier, ils s'emparèrent de divers vêtements pendus près du Ijureau du contre-maître. Pierre Til endossa une redingote, Lebuteux une blouse. 11 y avait deux pantalons, dont l'un était en bon état, dont raiilrc était troué. Ce
o:;-2 LA m;Li.r, mikiit.
Son compagnon s'adjngoa aussi nn oliaiuMii presiiuo neuf, en lui laissant une oasiiuelle orassousc.
— CVo.sl dans votre tompéranuMil (rtirc mal liabilli', lui dil-il, moi ciMa me stMMit imj>ossilile !... Je serais irauclic, riiiirule, j'inspirerais des soupçons el on nous arrêterait lnU'^ les deux... Vous ne le voudriez pas?...
— Non cerlts...
— laissez-moi toujours choisir alors...
Lcbuteux ti Pierre Til s'occupèrent de scier \i'nv înonii/c. Il ne Itiii- fallut jias moins de trois heures pour cela. L'n soupir do soulau-emenl ^'échappa de leur poitrine quand leur pied fut lilire.
Leur tàc!,e n'était pas néanmoins terminée. Ils durent forcer plusieurs serrures, escalader quali-e murs, pour être enfin hors de l'endroit où ils étaient condamnés à subir leur peine.
l'ne fois dans la ville, l'ierrc Til conduisit Lebutcux à une auberge sur le propriétaire de laquelle on pouvait compter jusqu'à un certain point. Il ne trahissait jamais les évadés auxquels il accordait un asile, à condition (pi'ils lui payassent la prime de cent francs, accordée à tout individu ayant iami*né un forçat.
Or, aucun des deux camarades n'avait d'argent, mais cela n'embarrassait pas Pierre Til.
— Je sortirai demain malin vers midi, lil-il à laubergiste, et à mon retour, je m'acquitterai envers vous...
— Comment t'y prendras-tu?
— C'est mon secret.
— Mais si tu ne revenais pas... Quelle garantie aurais-je ?...
— Mon compagnon restera.
L'aubergiste eut une grimace et Lebuteux aussi... 11 fallait cependant accepter là proposition du forçat fashionable.
Le plan de celui-ci était d'ailleurs fort simple. Il avait appris qu'il existait dans les magasins des vivres du bagne une caisse destinée à payer les forçats travailleurs.
Sur l'heure de midi, il savait que ce corps de bâtiment était désert. Il voulait s'y introduire et faire sauter la caisse.
Pierre Til fut en partie trompé dans ses prévisions. Il faillit être surpris et eut il peine le temps de se cacher sous un escalier où il resta quarante-huit heures.
L'aubergiste et Lebuteux désespéraient de le voir reparaître, quand enfin il se montra. Il avait finalement réussi à voler une somme de quatre ou cinq cents francs, mais il était exténué. La faim l'avait fait cruellement soufTrir.
De sa cachette, il avait entendu quelques laml)eaux de conversation.