‹ La belle MietteChapitre 195 sur 200 · I. MKLl.i; MIKTTI · texte numérisé non relu

I. MKLl.i; MIKTTI

— Dans votre tribu, dit-il "i l'accn^ît'', l'hoîniin^ (pii lue, l'homme qui vclc. que lui fait-on ?. ..

— On le lue, répondit franchement Djiniho. 11 prononçait là sa propre condamnation.

ElTeclivenient. le Rongou fut condamné à mort. Son pourvoi fut rejeté, et le conseil privé du gouvernement de la Guyane ayant déclaré qu'il n'y avait pas lieu de recourir ù la clémence de l'Empereur, le coupable dut se jireparer à mourir.

L'aumônier qui le visita dans sa prison pivicndit qu'un rayon d^ repentir illumina ce cœur farouche, qu'ayant été interrogé s'il n'avait >mais aimé, le monstre prononça un nom de femme.

Sa dernière pensée fut pour Clémentine lorsque s'abattit le. glaive de a loi.

Par une coïncidence étrange, ce fut au moment même de re\écution di' Djimbo que se passa à Kourou un drame sanglant.

Depuis deux jours, Gérard éprouvait une sorte de malaise qui se tradiusaii par de l'agitation, de l'oppression avec une toux sèche. Il avait des chaleurs subites et passagères, son œil était larmoyant.

Nous savons qu'il était sujet aux lièvres paludéennes. Il altriliuait ce malaise à l'approche d'un accès.

L'idée qu'il allait être obligé de s'aliter pendant quelque temps l'iriitait profondément.

— Pendant ce temps-là, disait-il. elle sera libre, elle 1...

Le matin du troisième jour, Gérard avait la peau rouge et chaude. Clémentine l'engagea à ne pas sortir et lui présenta une infusion de plantes f/hrifuges.

Il regarda avec méfiance le bol qu'elle lui tendait, mais il le vida néanmoins. Un moment après la Miette arrivait.

— Oh ! lui dit-il, vous me raconterez tout ce qu'ils feront pendant que je resterai couché.

— Soyez tranquille 1...

Précisément il ressentit alors une douleur à l'épiLrastre suivie de nausées.

— Comment cela fc fait-il?... Je n'.ii pas d'habitude cria...

— N'avez-vous rien pris depuis hier ?...

— Oui... précisément cette tisane... que Clémentine... .\hl...

— Clémentine vous a préparé de la ti>anc et vous l'avez bie?... Miette se mil à rire aux éclat-^.

— Et quoi !... Vous croyez I...

— Allons doîi: I... Malgré tout ce que je vous ai dit, vous 6{c< l 'iiibé dans le piège... 11 va vous arriver ce qui est arrivé au bonhomme Harb • !...

Gérard eut un hurlement dont la s.i^'c-f.'mmt' fut .'lle-mé n luaiiié."

— TMalheur à elle en ce cas 1... Mallirur 1...

— Calinoz-votis !...

— Appclez-la !...

Le mari do Clèmoiiliiie fut \n-i< ilc voiiiissfiHL'iils dans lesijiiels se trouvaienl des flocons n liràlio;... Dos j^Iaqncs d'une couleur encore indécise so dessinaient s'.ir son cou.

— Klle m'a euipni^oniié, riiilàuio !...

Il retint la Miette (jui appelait sa lille.

— Non, no;i, je vais aller la Iroavcr !... Il descendit l'escalier en trébuchant.

Maillone él.iit là, Maillone qui, ne sachant pas que Gér.inl ii'éliit p i-^ allé à l'abalis, s'était risqué à venir chez sa maîtresse.

Gérard apparut aux dcu\ amants l'écume au\ lèvres.

A leur vue, il bondit. Il avait son couteau à la main et ce fui Clémonliae qu'il frappa dabord en pleine poitrine.

Maillone s'élança sur lui pour le désarmer, mais il fut allciiU au bras.

— Je vous maudis, misérables ! hurlait le mari... Mourez 1... Il tomba lui-même de toute sa tiauleur.

L'amant de Clémentine était couvert de sang, mais il ne faisait attention qu'à la jeune femme; étendue sur la terre.

Miette s'élança dehors en a])pelant du secours.

L'ex sage-femme ne rentra qu'une heure après, ramenant le médecin de l'établissement.

Maillone avait transporté Clémentine sur son lit. Eile allait mourir et le docteur ne pouvait que constater son état...

— Il n'y a plus aucun soin à iui donner I...

— Est-ce possible?...

— Voyez I . . .

Clémentine, qui n'avait plus recouvré la parole, ouvrit des yeux déjà vitrifiés... Elle eut une plainte rauque, puis un profond soupir...

L'empoisonneuse de Marseille, la détenue de Monlpcllicr, la transportée de la Guyane, la fille de la Miette était mortel...

— Ne vous hâtez pas de laplainlre, dit la Miette... Ce n'est qu'une vengeance... Venez secourir celui qu'elle a empoisonné.

Le médecin se laissa conduire auprès de Gérard qui, prl s d'une soif ardente, s'était traîné auprès d'une source voisine de la case.

A peine le praticien eut-il jeté un coup d'œil sur le malade, qu'un grand cri s'échappa de sa poitrine :

— La fièvre jaune 1...

I A l'i'i ! i: Mii:rTK

C'Ot;iit lii'Ti la li.vf laiim-. I'. lis:) uv. 149 — TiiÉODonE nENnv. — L\ uti.i.E mikhe. — éd. j. holkk et c'».

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C'était bien la fièvre jaune, le terrible voinito iicfjro qui avait fait croire a Gùrard qu'il était empoisonné.

Et de fait, celte terrible maladie est un véritable emiioisonnement, mais cette fois Clémentine n'était pas coupable.

La fièvre jaune arrive portée par des miasmes délétères, par deseflluvcs qui causent presque toujours la mort.

Il n'y avait aucune probabilité de sauver Gérard dont la peau était maintenant livide, dont les traits étaient décomposés et qui faisait entendre un lugubre hoquet.

Avant de tomber dans l'assoupissement profond qui précède le trépas, il sut de quel mal il était atteint, on lui dit que Clémentine n'était pas coupable. Il parut d'abord vivement impressionné, puis son visage eut une expression de triomphe infernal.

— Du moins, Maillons ne l'aura plus !...

Il rendit le dernier soupir pendant la nuit qui suivit.

Cependant la plus vive alarme régnait dans tout l'établissement

La fièvre jaune était à Kourou!... On n'eut qu'un instant l'espérance que ce pouvait être un cas isolé.

Le jour même, trois ou quatre cas se produisirent parmi les soldats et ks transportés.

Le commandant demanda immédiatement du secours aux îles du Salut. On lui répondit en lui envoyant des infir-miers et un médecin qui avait acquis une certaine réputation dans le traitement du vomiio.

Ce médecin prescrivit, dès son arrivée, des mesures d'assainisseii^'ul. Il visita les cases où la maladie s'était d'abord déclarée.

De ce nombre fut celle de Gérard et de Clémentine qui n'avaient pas été encore ensevelis. Le corps de l'ancien guichetier avait été laissé au rez-dechaussée tandis que celui de sa victime reposait sur le lit, au premier étage.

En entrant dans la case, le médecin, jeune encore, eut un tre^'^aillenii'nl en se trouvant en présence de Miette. II était très ému lorsqu'il entra dans la chambre de Clémentine.

Soudain M. Méhert, car cétait lui, recula avoi- un cii étoiilTé.

C'était bien cilel...

1188 I.\ HKIIK MIKTTK

Un cierge éclairait de sa lue :r jaiino le visage de rclli^ (iiron avait arrachôa à son amour ot qu'il rclrniivail iiiorlo!...

1,0 jeune docleur, n'ayant |)as réussi à se former une cliiMilélo en l'raiice, é;.iit parti jiour les oolonirs. A Cayenno, son savoir, ^ou dévonomcnt liiiavaiiMit \ahi dé à une réputation fort lionoiablc.

lîien e:ito;i(lu. il garda pour lui la [v\^[q inipros<ioii (]Uf' lui causail la vue de ee cadavre. Miette, d'ailleurs, ne le roi-onnut pas.

Quand l'ex sage-femme, après l'enlerreinent de sa lille, voulut rentrer dans la c .se qu'elle jiirtageail avec Maillone, celui-ci refusa de la recevoir.

— Je vais me plaindre I lui dit-elle.

■ — Kssaye. miséralde, et je raconterai que c'est toi qui es la cause de la n.ort di' Ch'mentine, que c'est loi qui as persuadé à son mari (ju'clle l'avait empoisonné... Oh! lu me fais horreur... Va-r(Mi...

C'était le soir. Miette, cherchant un asile, alla passer la nuit dans la case aliandonnée par la Métisse.

Elle dormit sur un tas de paille, niai<, le leadcinain. elle fut prise au^si du vonu'fo. Le cas était foudroyant.

En peu de temps, elle passa par les diiïérenles phases de la maladie : lièvre ardenlc accompagnée de douleurs aiguës et lancinantes, vomissements, hémorragies, refroidissement, délire...

Elle avait essayé de se lever pour demander des secours, mais elle n'avait pas pu, tant le fléau avait agi avec promptitude.

Sa mort fui une mort horrible, épouvantable... Quand le hasard fit découvrir ses restes dans la case où elle avait fini sa vie criminelle, un cadavre verdâtre, décomposé, rongé par les vers, était lout ce qui restait de celle qui avait été la Belle Miette!

Le pénitencier de Kourou ne prospéra pas... Après les ravages de la fièvre jaune qui furent considérables, un incendie éclata et dévora l'établissement...

L'évacuation des cases restées habit 'es fut ordonnée... Los ménages de concessionnaires furent diriges sur Saint-Laurent du Maroni dont on espéra un instant faire le chef-lieu de la Guyane de la transporlation.

Le Roulottier et Louisette, Meriem et son mari, Pierre Til et Céleste se rendirent donc à cette nouvelle résidence. Ils y réussirent autant que Ton peut réussir dans cette contrée si peu favorable aux Européens.

Pierre Til et Céleste eurent la satisfaction d'être débairassés de Lcbuteux qui, ayant essayé d'attenter à leur vie, fut pris, jugé et guillotiné, lui qui en avait guillotiné tant d'autres!...

L'Amirale rentra en France après Texpiratioa de sa peine, mais elle eut

auparavant la satisfaction de voir Maivina abandonnée par roflicier d'alministration qui avait du a cette liaison une mise en non activité par retrait d'emploi

L'ancienne liile paltiiquc rentra au pénitencier des femmes.

Maillone s'était évadé avant l'évacuation. Après avoir erré loni^lemps dafi< le grand bois, il arriva dans ie pays des (ialibis dont le souverain, on se ]<• rappelle, s'était embarqué à Kourou.

La couronne royale étant restée sans possesseur, il la mit sur sa tôle avec le consentement de la tribu indienne ([ui lui (it auparavant jurer qu'il ne s'en irait pas en cas de fièvre jaune comme l'avait fait son prédécesseur.

Maillone jura tout ce que l'on voulut et adojita tellement les babitudes de ses sujets, se tatoua si complètement, |que, quelques années après, ayant fait un voyage d'agrément à Cayenne, personne ne se douta qu'il était d'origine française, qu'il avait été marin et forçat.

Marie-Louise passa le reste de son existence à faire le bien, à soigner ceux qui soulTrent, à consoler ceux qui pleurent. Quelle chose sublime que la charité. Même à ceux qui n'ont plus la foi, elle donne l'espérance!

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