‹ La belle MietteChapitre 2 sur 200 · L AMI DK LA MIETTE · texte numérisé non relu

L AMI DK LA MIETTE

La mendiante suivait toujours le cours du Jarret. Elle arriva enlu\ devant une espèce de passerelle sur laquelle elle s'engagea sans hésitation.

Une fois sur l'autre rive, elle s'approcha d'une maison neuve assez grande. Une porte était ouverte. Sans prendre garde aux aboiements furieux d'un

i.A liii.i.K Mir nr

rliuii «M.liaîiKS elle p^nt'-tiM daiis un-- lo ir v(i irlonssait nnr ponlo ontoiirt'O de SCS poussin<.

— l'ionv! PuMiv! oiia-l-i'Ilc.

Pcrsoiino i.p it''Htiii(lil.

— l'iiMiv! til-(>ll«' tMiidi-i' imt> \\ù<.

Elle fivssaillil ; un lutminc vniail do la sai-ir pir la tailii". La jiMiDo lillo s»^ nMourna vi\(Mii<Mil.

— 11>'I la Miollo, lu ne l'allciiilais pa> à me V(tii' à la |ilac(' de ce mauvais i^ujil de IMtrrel

— Laisse-moi. Josrpli. Ii( lapa'.viv m'aturc tuuli^ Irciiilil.iiili'.

— Si jo prrv«Miais le patron, il [c iloiuierail bien ijurliiuos coups d: fourclio avant de le reuvoyor.

— Aie pilii" de moi !

— Oui, à roiulitioii que lu in't'inhrasseras.

— Jamais !

— Tout de suite, au contraire.

Li Miette regarda avec haine el dégoùl l'individu ipii lui faisait violence. Il tendait la joue.

— Allons, dépèclie-toi.

La jeune tille approcha sa bouche du misérable, mais, au lieu de l'embrasser, elle cracha au visage de son ennemi.

Cehii-ci eut comme un hiirlemenl de rage.

— Ahl tu vas me le payer!

La Miette se reprit à trembl.^r.

— Grâce, Joseph, grâce I supplia-t-elle eu tombant à genoux. Joseph lui saisit les deux, mains; elle eut un cri de détresse.

— Si Pierre était là, tu n'agirais pas ainsi.

— Pourquoi pas? Tu l'imagines que j'en ai peur?

— Oui, car il est courageux, et toi tu es un lâche.

— Tais-toi, Miette, ou sinon...

Une voix se fit entendre.

— Eh bien! que lui ferais-tu?

C'était au tour de Joseph d'éprouver de TelTroi. Il lâ'ba la mendiante, qui se jeta dans les bras du jeune homme qui venait d'apparaîtic.

Pierre, car c'était lui, avait di\-neurans. C'était un beau gars, bicndécouplé. Son teint brun, ses traits accentués^, donnaient à sa figure uike expression de mâle énergie.

Joseph, au contraire, était laid; ses cheveux étaient roux, et la méchanceté se lisait sur son vi-age qu envahissaient les taches de roussear. Autant Pierre savait le regard franc et assuré^ autant le sien était faux et fuyant.

L\ 15ELLE MIKTTE 7

Le défenseur de la Mietle quitta doucement la jeune fille.

— Joseph, il y a longtemps que je t'en voulais. Tu me foai nis Toccasion de me venger, merci !

Pierre s.isit le valet et lui administra plusieurs coups de pied.

— Une aulre fois, bêle venimeuse, je t'écraserai ! Joseph était verdàtre ; il essayait en vain de résister.

Pierre le tenait solidement. Miette, triomphante, excitait son vengeur.

— Sais-tu qu il t'appelle mauvais sujet?

— C'est lui qui en est un !

• — • Oui, il est méchant.

Le dernier coup de pied envoya rouler Joseph à qrielques pas. Il se releva aussitôt.

— Je me vengerai! fit-il.

— Veux-tu que je recommence? dit Pierre. Mais déjà le misérable s'était éloigné.

L'ami de la Miette entraîna celle-ci hors de la maison.

— Viens, nous allons nous reposer sar le bord de leau. Tu as chaud et ton front est baigné de sueur.

Pierre et Miette marchèrent un moment, puis s'installèrent au pied d'un arbre, dans un endroit où personne ne pouvait les voir. Pierre pressa la fillette contre son cœur et l'embrassa.

— Mais d'où vient qu3 tu as encore les pieds nus? Je te l'avais bien déiendu cependant. Qu'as-tu fait de l'argent que je t'avais donné pour acheter des soutiers?

— C'est mon vieux filou d'oncle qui me l'a volé.

— 11 en est bien capable! Dis-moi, est-ce qu'il te maltraite toujours?

— Oh ! il s'en garderait bien maintenant, il aurait trop peur que... Je ne suis plus une enfant.

Pierre eut un sourire.

— Tu raisonnes comme si tu étais une grande personne. Les deux jeunes gens gardèrent un instant le silence.

Tandis qu'ils sont l'un près de l'autre, les bras doucement enfacés, il n'est peut-être pas inopportun de raconter brièvement leur histoire et l'origine de leur amitié.

Pierre était le fils d'un forgeron du quartier Saint-Jean, à Marseille.

A l'âge de huit ans il avait perdu son père.

11 était resté seul avec sa mère, qui était entrée dansim atelier pour gagner le pain de chajuejour. Hélas! la pauvre femme n'avait pas survécu de beaucoup à son mari. Elle était morte laissant Pierre orphelin.

Le petit garçon n'avait que dix ans quand il fut privé de sununiipie soutien.

^ i.A i:i:i i.i: Mii;rTK

I II jM-oiuifiairc a\ait' ;i (jiii il rlail dû jiliisiiMirs loyors lit vciitlrc los mouilles de ses parents el le chassa de la maison où il était né.

Les voisins indii,'nés recueillirent riiifoitinié, mais ils étaient si peu licluvs eux-mêmes qu'ils iw tardèrent pas à rcu;:aL;i'r à cliorclier un i;ile ailleurs.

Que peut l'aire un enr.in! de iii\ ans?... Qinl iiuiyru ) a-l-il pdur lui dr gagner sa vie?

Pierre se présenta dans plusieurs maiiufacluics ; im le refusa. H liiiit [laiêtre acce|ilé chez, un maréclial-ferraiil.

MallieureiistMiUMit. le maîlre était cruel el luécliaiil : il était iiiipns.Nihle de reslei- chez lui. Il !e (piilta et, à parlir de ce jiuir, il cdiimieiiça une existence errante et vagahcnde.

II tendit la main aux passants, il demanda l'aumùne.

Dans sa vie de mendiant, il y eut cependant une chose qu'il n'oiildia jamais : les sages précejites de son père et de sa mère. Chose étonnante! il resta lionnôtc et eut une horreur instinctive pour la maraude el le vol auxquels sont falalemcnt poussés les enfant^ sans famille.

II cul faim souvent, mais jamais l'idée ne lui vint de loucher à la propriété d'autriii. i*lus tard, des camjir.ides le traitèienl de naïf et d'imbécile. Il I ré éra paraître tel qi:e d'étie i.n vaurien.

II avait onze ans lorsqu'il connu l la Miette. Celle-ci n'avait pas .sept ans IK'S pimiu' allaient la maltraiter quand il la protégea contie leurs coups, comiiuî il l'avait protégée contre ceux de Joseph.

Us devinrent bientôt compagnons.

Si Pierre était seul au monde, la petite lille n'était guère mieux partagée que lui. Elle logeait chez un individu qu'elle appelait son oncle et qui était teinturier dans la rue Maucouinat, à Marseille.

Cet homme, qui avait dans son quartier une fort mauvaise réputation, lui fournissait le gîte. Tous les matins, il lui donnait un morceau de pain, et Miette partait, son cabas au bras, pour ne rentrer qu'à la nuit tombante.

— Il me faut de l'argent! disait chaque jour le méchant homme. Arrangetoi pour m'en rapporter.

Quand la pauvre petite arrivait les mains vides, il ne manquait jamais tfe la frapper, prétendant qa'elle gardait pour elle ou qu'elle avait dépensé le pru duit de la charité des passants.

Miette ne tarda pas h faire part à Pierre de tous S(3s chagiins, et celui-ci maudit plus d'une fois le teinturier de sa brutalité.

Plus d'une fois aussi, il partagea avec la fdietle le produit des aumônes pour l'empêcher de recevoir des coups.

Ils grandirent ainsi. L'un avait seize ans lorsque l'autre avait près do douze ans.

Qu'est-ce que tu as là? deiuauda-t-il. (P. 9.)

Miette, il faut le dire, n'avait pas les mômes qualités que son ami. Kilo ■était emportée, colère. Elle ne craignait pas. de s'approprier ce qui ne lui appartenait pas. ' :x- ■ ■"" ' r; .■•^' ' \

Un jour, Pierre la vit venir avec une jolie tourterelle blanche. '**' ' "" ']

— Qu'est-ce que lu as là? deinanda-l-il.

— Tu vois bien.

l.IV. 2. — TIlÉODiiHE IIC.MtY. — LA BELLE MlETTt. — EU. J. ROLKF ET c'^. UV. ^

10 i.A lu 1.1. 1 Mii;r ii:

IM' toiirlorolli'!

Jiisleinenl.

<>otuiiit^nl le l'es-tu j)n)('ijir'«'?

- i/d Ut' io fail ricij. l*it(ir(|ii(ii iii'adresscs-lii fcih; (jucsliun? Ia' patron pril la piMitc lillc par un l»ras.

— MJtMl(\ j'ai p'';ir qui' lu n'aios tliTolx'! ri»A oiseau.

— Quaiiil je le dis que cela m'csI pas! Tu uo nw crois pas.'

— Je If ciuiti, au t'oiiliaiiv. Tu \\o vtmdiMis pas lioniptir Ion aiui. lli(MI«> irarda le ïIIciun'. cl son air lui (Mnlrainl p<,'n<lanl loule la journ(''(;. ÏAi {(Midoiiiaii), Pierre la \il arriver jommi-;.'. Kllr munira une pièce d'or.

— Canimeiit as-lu vêla?

l/eiifanl raconta qu'elle était all(^e rendre la luinlerfillc.

— Klle appartenait à la dernoist?lle de ce lieau ciiàleau qui se trouve près de Sailli -l.oup. (yélait par là tjue je l'avais... trouvée.

- Dans sa caiie?...

— Oui, mais me pardonnes-tu.'

— Continue, Miette...

— Quand je me suis montrée avec la tourterelle, la demoiselle m'a embrassée. Elle a voulu à toaie lorce me donner cette récompense. Partageons.

— Noi ,

— Pourquoi?.,. Tu partages bien avec moi, toi!

— Moi, c'est dilïérent! D'ailleurs, je venx te laisser enliéni la lécompensc de loii honnête action. Cette pièce d'or qui t'appartient ne t'esl-ellc pas plus agréable «pie la colombe qii ne t'appartenait pas?

— Tu as raison.

M illieureiiseiaenl les conseils de Pierre ne tardèrent pas à manquer à Miette.

Le jeune homme trouva une place che/i un cordier qui habitait les bords du Jairet.

Un peu de temps, il eut acquis l'estime et l'amitié de son patron, dont le If-ère. qui était horticulteur, avait pour domestique Joseph, le mauvais sujet dont nous avon§ déjà pailé.

Pierre, habitant chez le maître cordier, ne pouvait voir que fort rarement son amie. Encore élait-ce Miel te qui venait le trouver au risque d'être mal accueillie par le patron, qui n'éiait pas content que l'on dérangeât son meilleur ouvrier.

Lorsque Pierre et Miette eurent causé un moment sur le bord de l'eau, il vint une idée à celle-ci.

-- As-tu faim?

— Pourquoi me demandes-tu cela?

LA RKLLE MIETTî:

— Pai'cc que. si tu te sens appétit, nous allons goûter... Regarde! Miette montra le pain cl les (rtiits qu'elle avait dans le cabas. Pierre regarda lixcment la jeinn fille,

— Où as-tu acheté...?

— Que tu es drôle! Au premier marchand venu.

— Mais encore... Miette, je crains que tune me trompes. La mendiante haiss i la tête pour cacher sa rougeur.

— Tuas encore pris ce pain et ces fruits à quelqu'un. Mais quelle f;itale manie as-tu donc? Réponds-moi! Il faut me répondre!

]\liette n'avait garde d'avouer. Elle eût volontiers menti, mais elle avait peur de rencontrer le regard sévère de son ami.

Pierre s'adoucit un peu en voyant l'embarras de la coupable. Sa main s'empara de celle de la jeune fille.

— Écoute-moi, Miette, je vais peiit-ètre le paraître sévère, je ne le suis pas cependant. S'il est une race qui soit méprisée sur la terre, c'est assurément celle des voleurs, et on a raison. Serait-il juste que le premier venu pût s'emparer du fruit de vos travaux? Serait-il juste que, parce que quelque chose plaît à un malhonnête homme,- celui-ci eût le droit de vous dépouiller? Corrige-toi de ta funeste passion. La justice des homm.es, sinon celle de Dieu, pourrait t'en punir... Alors tu serais déshonorée et flétrie. Tu es pauvre, moi aussi, restons honnêtes... Pour cela, il suffit de ne pas avoir envie de ce que l'on ne peut se procurer, et de respecter la propriété d'autrui.

La jeune fille resta silencieuse.

— Tu as peut-être raison, dit-elle tout à coup d'un ton brusque. Et, prenant le pain et les fruits, elle les jeta à l'eau.

LA RUE MAUCOUINAT

M était à peu près cinq heures du soir, quand Miette et Pierre song-èrentà !»e séparer.

— Penx-tu m'accompagne r?

— Non. Le patron doit m'attemire. Il y a trop longtemps déjà. ,

— C'est que j'aurais voulu que tu fusses témoin...

— De quoi?

— De la rcstitulion...

— Je ne comprend-^ pas.

!.. i.A nKi.i.F Mir.nr.

- J.' ne l'ai pas Um\ avdiii'. K.ii iii.'mr I(Miiiis .|iio co «lurj'ai j»'lr h l'eau, ja. j.n^...

- Fil i.i.-M :

- tnr jioursi" KMiftrmaiil viiii-M sons.

- AI

- Mainloiinnt j'ai honte de un ii aolidn.

- Tii rrroiiniis donr... Co<[ Iticii. cola!

- MallitMirrusiMiii'iil. je tifsnis \k\< sùi.'dc rclroiivnlr paiiviv L'arron (ii'O j'ai tlèpouillt^ pcul-tMiv <](* loiii s(Mi avnjr,

— Où êlail-il?

— Il (lorinail .;ii pied d'iiii saul-'... SU no s'olail pas onoorc rôvoillô, «pud Itonliour! Vions av.c moi.

— Miollo. jo lo siii>. Oh ! <|!ir jo voudrai^ ipio lu aliaiidoniiass"? Ion c\is- Icnco errante et vapalxmdo jioiir iiiio vio ti-atiipiiil(\ Si jo pouvais...

— Si lu pouvais? Quoi?

— >"as-tn jamais essayé do ch.'ivh'T coiiiino moi du tiavail? Nt; vomlraislu pas te placer dans nn alolior?

— Ne me parle pas de cela! Il me somldo (pio je mourrais s'd fallait rcstt-r enfermée dans un appartement. Je tiens à être lihro.

— Cependant tu no peux toujours ainsi courir les chemins. Tu commences à être une jeune liilo, ot ton oncle est un infâme...

— Dis tout le mal que tu voudras de ce vieux grigou... tu me feras plai- Mr... Mais c'était par ici que le jeune homme... Nous arrivons trop tard... H est parti !

Miette ot Piorre firent encore quelques pas pour s'assurer que l'inconnu s'était réellement éloigné, puis il songorenl à se quitter.

— .\die!). Miette.

— .\dieu, Pierre.

— Surtout, n'ouldic pas mes conseils!

— Je le le promets...

— An rovoir alors!

Une dernière poignée de main fut échangée. Pierre se dirigea du côlc de Tatelier de son patron. Miette revint sur ses pas pour gagner le chemin do Saint-Pierre et continuer sa route vers Marseille.

La jeumî fille était maintenant rêveuse. Élait-cc le chagrin de se séparer de son ami et protecteur, ou l'appréhension de rentrera la demeure de son oncle qui la rendait ainsi?

Quand elle arriva dans la ville, elle avait de grosses larmes dans les yeux.

La rue Maucouinat avait alors à peu près le même aspect qu'elle présente

LA fiKLLt: MIKTTi: 13

(le nos jours sous le nom singulier de rue de l'Arc, nom qui lui a été donné dit-on, à cause de sa forme.

Elle allait de la rue Sainl-Ferréol-!c-Vieux à la preiuiére Calade, toul comme elle va aujourd'hui de la rue Rouvière à la rue Mousticr.

Ce mot de Maucouinat a une origine toute provençale.

Nous avons entendu gravement soutenir qu'une ancienne famille s'appelait ainsi. La personne qui disait cela commettait une erreur capitale.

Maou couinât ne signilie-t-il pas mal cuisiné, mal ciit?

Autrefois on voyait à Mirseille do nombreux fours. Peut-élre dans la nie Maucouinat y avait-il un de ces fours où le pain se cuisait mal? Peut-être aussi se trouvait -il dans ce quartier une gargote peu renommée?

Toujours est-il que l'ancienne appellation de la rue de l'Arc plaisait mieux au peuple marseillais que la nouvelle. On se demande dès lors quelle nécessité il y avait de la changer? L'édilité a voulu peut-être satisfaire un caprice, car l'édilité a toujours été capricieuse.

La rue de l'Arc n'est pas, du reste, la seule à Marseille qui ait porté le nom de Maucouinat. Il y avait autrefois la rue dite Maucouinat-du-Lauret, qui a gardé ne nos jours le nom de Petit-Maucouinat. Dans le quartier Saint-Jean, il existait encore, à la fin du seizième siècle, une rue Mal-Ciu/nat.

C'est du reste à peu près à cette époque que fut bâtie la rue Maucouinat proprement dite, et que tous les véritables Marseillais ont continué à désigner ainsi, malgré les arrêtés de monsieur le maire.

Plus Miette approchait du logis, plus elle ralentissait son allure. Si bien qu'il faisait déjà presque nuit quand elle se trouva au coin de la rue Saint-Ferréol-le-Vieux.

Elle lira deux ou trois sous qu'elle avait mis dans la bourse volée, et se glissa dans un magasin voisin de l'échoppe d'un écrivain public.

C'était celui d'un charcutier.

— Hé! voilà la Miette ; que veux-tu? fit un gros homme qui se promenait de long en large.

— Avez-vous des restes?

— J'en ai, mais pas pour loi.

— J'aide l'argent, fit timidement la jeune lille.

— Que m'importe ! Les restes, je les donne aux pauvres gens honnéles Toi et ton scélérat d'oncle, vous êtes méprisjs de tous!

— Alors, servez-moi autre chose... Je puis vous pa\er.

— Ah ça ! veux-tu me vider le plancher? .\iitroment... Lechanulicr accompagna ses paroles d'un geste menaçant. Miette devint paie.

E!le s'avança vers le gros homme.

IV i.v in.i.i.r MI Kir»

rrappoz-moi. mailrc Moiir. n. ilil i\U\ lV.ipi..z-mi>i laiit >\nt' voim voudrez. Je sais ce (|ue je sais... Ilira ItifH <] ù lira le (ieri)i<'r. - ^M>e veiix-tu (lire, roureiise ?

— - Oui. je suis une coureuse; m.-iis nu)i, au rnnins. 'y cours le jour, Uindh .pi.>...

Hein?

Il y a ili's gens qui rnur- iil la iiuil !

— Que siuMulw?...

— D.'s irens qiri vtvis toucji.'ul de près.

— K\pli(pif*-loi !..

-- Non, je ne in>x|tli(pit'rai pa<. Survinllez biftn siMilemijnl voiro premier uarpoii el ▼olr»* f'Miuue.

Miellé '.

— Pas pius tard ipiavaul-lii-T.. \lilah' Kh liir:.?

— Je ne vou.s dis que ra...

— Te laira.-i-tii, mi.sérahle créature?

— Ah! ah!

— Va-t-en, te dis-je.

— Jo pars, nuu.«<... Bonjour, maitrr Muurrn. Iionjonr! Fermez iiicn votre porte le soir. VoU'e crarçon di-mcur»' près de chez mon oncle... et je vois bien des choses.

Maître Monren, exaspéré, s'élança vers la Miette, mais celle-ci avait déjà pris la fuite.

Kllc entra chez un honlanjzer et se fit donner un morceau de pain que l'on ne voulut lui remettre que contre espèces.

Klle s'assit ensuite sur une borne et .se mit à mancer avec assez d'appétit.

Comme elle était ainsi occupée, des enfants qui jouaient ne tardèrent pas à l'apercevoir.

— Oh! la Miette!

— Que fais-t!i là, laide fille?

— Hue, la vilaine !

— C'est toi qui m'a pris mes bille-; la semaine passée.

Un projectile attei;init la pauvre créature à la fipire. Elle se leva, et, quoique les enfants fussent nombreux, ils prirent aussitôt la fuite.

Miette, furieuse, essaya de les atteindre, mais elle dut y renoncer.

— C'est égal, dit-elle avec nn sourire de satisfaction, ils ont eu peur de moi '.

A ce moment, un homme la secoua avec rudesse. Elle se reloarna et tressaillit.

LA BKLM: MIKTTl-:

— Mou oncle! dit-elle.

— Oui, c'est moi, iaiiiéaiitc. Pourquoi rcstcs-lu là? -Je... je...

— Tu l"aniusais avec de uiécliaiits polissons. M'a}»[ioi-(t\<-lM il.' ParL'ciit au moins?

— Non...

— Je m'y attendais... Depuis (luelquc temps il en est ainsi. Commei.t dépenses-tu celui <iue te donnent les passants?

— Ils ne m'en donnent pas !

— Tu mens !

— Je dis la vérité!

— Tu mens encore... Tu m'en remettais toujours lorsque tu étais petite, et plus une fille grandit, plus elle doit gagner sa vie!

— Pour ce que je vous coûte !

— Tu raisonnes?... Allons, rentre... Dépêche-toi!

Le misérable poussa devant lui la fillette jusqu'à une vieille maison noire et sombre qui était située à peu prés au milieu de la rue Maucouinat.

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