CLAMART, TEINTURIER
L(! inaKiisin était tiés jirofoiid. Inr ((tiir était allmantr, où se trouvait un puits qui avait autrefois fouiiù de l'eau afiondamnienl. mais qui (hqtuis s'était desséché.
(y- puit>, lui-méuie, ne cniili'iiiuail [)as peu à d-miier a la maison luie mauvaise réputation.
Un soir, un voisin avait entendu de sa fenêtre des voix qui en sortaient.
If, LA UELLF. MlKTTi:
Il a\aU pii'-v.Miii ri-nclf »1.' h Mi.lli'. mais ci'liii-n iiaN.iil l.iii .iiic rire de ces aveilis.soiiuMils.
I.o Voisin s't't.iil mis ib' iioummu I.- I.'ml.'iiiain »'ii («lisrivali.ui avec (iiirli|iirs amis. Colle fois, lo puits so lui.
Les «uriiMiv ni' S(» iliV.aiiM;,-t'rfiil \k\< cl (•nilimitMi'iil loiir Mirvcillanct'.
IVii lanl »|iit«l<jiic toiiips. leurs stiiiis fuiriil iiifiiichiciix. mais les V(.i\ iccoiiiincncèrenl Itioulùt à se laiiv onlomirc. On virA ajificcvuir dans Idliscin ilr des ombres qui sa^'ilaifiil autour de la niar^eile avant de disparailiv. Il n'en lalliil pas moins poir .pie le lir.nl nnirilt (pic (W> reve:ianls lianlaienl la Mi'ille dcmcire.
L*s anciens du (purlier rappelèreni cummciil il se faisait .|Uillc était nommi'e logis des Sept Cercueils.
Otait réellement une triste cl lu,i:idu-c hi-toii-e (pie celle (pfds raconlaienl.
Elle datait de l'an I7t):{.
A cette époipie. la malsuij du teinturier éiail habitée [)ar u,ie famille de bourgeois 1res riches et très consiiérès.
Avant de venir s'établir dius les quartiers neufs, Georges Léotard, qui avait soixante-cinq ans, avait fait fo! tii:ie da is le commerce des salaisons.
II a\ail cinq enfants : trois jj.-irçi'ns et de.ix lilles, dont l'une était mariée avec un jeune commerçant.
Honor«^, respecté, l'ancien néi'o.iant eût été pafaitenicnt heureux, sans la mauvaise conduite de Jules, son (ils aine.
Ce jeune homme, en elTet, n'avait cessé depuis son enfance de faire parade de tous les vices.
Joueur et déb.m-hé, il était le désespoir de ses parents, qui avaient usé de tous les moyens po ir le corriger, sans pouvoir y parvenir.
A peine âgé de vingt-quatre ans, il n'avait qu'un désir : voir mourir son père pour recueillir son héritage. Les usuriers avaient bien dévoré d'avance une partie de la succession, mais il coniptait sur le reste pour mener joyeuse vie.
Jules était dans ces dispositions, quand on lui parla d'un sorcier habitant près de la Fontaine du Diable, dans une rue qui n'exi<te plus et qui portait le nom de rue de Siam.
Il lui prit lafantii-ie d'aller consulter ce devin et de lui demander combien de temps il anrait encore à attendre la mort de son père.
Le sorcier ne voulut pas d'abord répondre. Pour le décider, Jules sortit une pièce d'or, et les yeux du sorcier s'allumèrent.
— Ta main, jeune homme, si tu veux que je te dise l'avenir.
— Quand pourrai-je recueillir mon patrimoine?
— Lorsque lu voudras...
'— Comment?
lA i;i:LLE MIETTE
Meurtrier. iiirnrtri'T ! cri.iit le \>àre. (P
— Oui, il y a une ligne <.le t.i niaiti i|iii ni ap[)i'eiid quo li lueras ton p.>re.
— Que dis -tu?
— La venté !
~- Ne lis-tu riftu autre, sorcier de maliieur?
— Oh! je vois plusieurs raies sernlilablcs.
Jules tressaillit. Il s'efforça cependant de prendre un ton railleur.
IIV. ;t. - mhOD«KF, HrNMV. - I.A BRULE MIKTIK. — KO. J. ROI. H Kf C'". UV. 3
18 I. \ i;i I II Mil I 1 1
• — Lsl-ce ijiu' jo titiis plusioir» lois Uior inoii pt'Ti'.'
— Non, mais ce moiiiirL» ne sera jm» le seul (|iie lu ctunmcllias. Le jeune hoinmu se retira, l'air poiisif.
Durant qiieliiues jours, il resta sombre ri tuoitiiriie. Il se dn ul.i iiiliii a relo,.rnor chez le sorcier.
— Kcouto, lui dil-il, jo suis franc avec loi, pa rco qu'il n'y a moyen de rien le aiclicr. Tu as devinî' juste : jo veu\ liier mon pt>rc el je compl(5 sur loi pour m 'aider.
Lo sorcier eiil un sourire railleur.
— T'aidcr! Ue quelle manière?
— En me fournissant un moyen silr...
— Oh! oh! lu |tiends vile une résolution!...
— Ne comprends-tu pas que je suis pressé...?
— Voilà une réponse qui est belle.
— Trêve de jdaisanteries.
— Mais (jui l'a dit que j'avais du poison?
— I.«s nérroinans comnie loi n'en fonl-ils pas coininerco?
— Pas toujours I
Le magicien se leva el revint avec une petite liole.
— Gejiendant, en celle occasion, tu ne l'es pas lroni|)é. Il y a là déduis lin lo.vique violent qui cause presque imiiiédiateinenl la morl.
— Donne!
-- Comme tu y vas... Et le paiement?
- Mon père ayant cessé de vivre, je te récompenserai généreusement.
— Qui me dit ((ue tu tiendras ta promesse?
— N'es-tu pas mon comj)lice? Ne pouiras-tu me livrer à la justice si..»?
— Je n'entends pas cela. En te perdant, je me perdrais. On serait capable de me brûler... Tu dois comprendre que cela ne m'irail pas!
— Je n'ai pas darcent en ce moment, mais après...
— Ton père est donc bien riche?
— Sa fortune est considérable.
— Eh bien, tu vas l'engager à me payer le quart... Jules recula stupéfait.
— Tu trouves que c'est iru}) récompenser celui qui te donne la jouissance immédiate de ces richesses.
— Je puis trouver d'autre poison.
— Jamais d'aussi infaillible que le mien et qui ait au même degré l'avantage d'assurer l'impunité...
— L'impunité!
LA RiaLE MIETTE
— Oui, j'en suis persuadé. Ne sais-tu pas que bien habile serait le itiimIccin qui pourrait découvrir ses traces?...
— Est-ce possible ?
— La mort donnée par lui est très rapide... Dans ce flacon, il y aurait, si lu voulais, le trépas de plus de dix personnes. S'il en est un autre que ton père dont tu sois pressé encore d'hériter ou dont tu veuilles te venger...
— Oh! tu es un monstre!
— Seulement, je te préviens. Chaque fois que quelqu'un sera tué par toi, ce qu'il me sera facile de savoir et ce que je saurai, j'entends toujours participer ponr un quart dans les bénéfices. Consens-tu ?
— Soit!
— C'est convenu alors?
— C'est convenu !
Jules signa un écrit et se retira emportant la précieuse tlole. Le misérable, au lieu d'éprouver la moindre répugnance en pensant à l'action qu'il allait commettre, était presque joyeux. Il se voyait riche, ayant de l'or à pleines mains, envié de tout le monde. Quelle satisfaction d'être affranchi de la tutelle d'un père morose!...
Il résolut d'agir le jour même, et, dans cette intention, il se dirigea, aussitôt rentré à la maison de la rue Maucouinat, vers la salle où sa famille prenait les repas. Il était à peu près midi, heure où l'on dîne dans toutes les maisons de Marseille, après avoir déjeuné légèrement le matin. La table était mise; il y avait huit couverts.
Jules savait que son père buvait d'un vin particulier qui était toujours placé à côté de lui dans une carafe de cristal.
Le misérable se trouvait seul dans l'appartement.
Il jeta un regard rapide; la carafe y était.
Il déboucha la fiole et, tremblant au moindre bruit, il s'approcha...
Personne ne vint le déranger, personne ne l'em.pêcha de vider une partie du poison dans le vin en lui criant : — Arrière, empoisonneur!
Jules accomplit son œuvre froidement, n'ayant peur que d'être surpris ou de ne pas atteindre son but. Il se retira ensuite dans son appartement et ne reparut qu'un moment après.
Lorsqu'il revint, tout le monde était à table. Il alla s'asseoir comme d'habitude à côté de sa mère.
La famille Léotard avait des coutumes patriarcales. Avant de commencer, le père se leva et récita le Benedicite. Il n'y eut pas une bouche qui ne répondit: Amen! L'assassin fit lui-même comme les autres.
Un moment de silence suivit l'acte de piété. (îe fut encore (ieoi'ges Léotard qui prit la parole. Il était L'iavp et solennel.
20 1. A m I I I. MU ni:
— Il y a aujourd'hui Yiiii;t-(|u;itr«' ans, dil-il. qu'iMit lion nn ('vt''n(Mn(>iil qui me coinlila de joie. Je devins pire pi>nr la promiùre fois.
iu\c?. senlil la rougeur lui mouler an front. Goorpes Lt''Olard se tourna vers lui.
— Oui. mon lih. il y a vinirl-qualre ans que vous iMe-; u>', et, qMoiijUc vous ayez «Mt^ pour moi un sujet de noniltrenv dia'Jirins. je non ai pas moins ronserv/' pnnr vous nni' crandf alTi>rlioii
— Je vous ijois eepend mt <pi«'l<pies éloges, nepnis quelque temps, vous semble/, vouloir vous corriger. Vous )M<'s uiéiam'oliqne, pr(Mive (pie vous re|;rotte7. les errements de \ntre vie pas>»'e, on. du moins, ai-je inleipirié iin<i votre tristesse. Me suis-jc trompé.'
Le ehef de la famille se le\a et oumiI le-> hr.is. romnn' jionr recevoir <nv <on eieur l'enfant prodiîjue.
Jules <e leva aussi, mais, au lieu d'aller enilirasser le mallieinviix donl il .avad décidé la mort, il resta debout, la lé|c baissée.
I,«' pauvre père prit jKiur de ladouleui-ee qui n'était ijnr delà lionle.
— .MIons, mou lils. dit-il, venez dans mes bras!
Toutes les passions mauvaises de Jules se réveillèrent avec nno loree nouvelle. Il sentit >a répunnance s'envoler et ce fut avec nn élan bvpoi'rite qu'il répuiidil à létnMnte de sa viriinie. On .s'assit et le re[)as continua.
iNous avons dit qu il y avait huit personnes à table. C'était d'abord, après (leorses Léolard, Jule< et sa mère, les deux autres fils, dont l'un avait vinet et un ans et l'autre seize. Venaient ensuite l'aînée des deux filles avec son mari et la cadette. r,ivi-«<.iiit.^ eriOint aux c|i.npii\ blonds comme l'or et qui n'avait que huit an<=.
Gho<e sini.'nliere : Jules ne vit pa^ son père boire du vin de la carafe. Il observa même que plusieurs fois, comme poussé par l'habitude, le vieillard y avait porté la main, mais qu'il l'avait retirée aussitôt pour se servir du vin commun.
Le meurtrier commençait à être en proie à une horrible angoisse. Est-ce que par hasard il aurait été vu. ou bien Georges Léotard anrail-il des soupçons?
(hi ne s'aperçut pas de sesyeux hagard-. Du reste, la gaieté la plus fianclie et la plus douce ne cessait de ré?ner parmi les membres de la famille.
Au dessert, Jules eut l'explication de tout le mystère.
— J'ai gardé exprès, dit Georges Léotard, mon carafon de vin pour que vous puissiez tous le goûter. C'est un échantillon que m'a envoyé un ami, en m'assurant que ce serait une bonne affaire pour moi d'en prendre plusieurs futailles. Vou- allez ju?er s'il a raison.
LA I{i:i.I.I" MIKTTK
L'empoisonneur ont un l'clat dt> rire nerveux. Tous les assistants le regar lièrent avec surpii<e.
— A vous, Jules ! dit le père.
Sans savoir presque ce qu'il faisait, le miséralile temlit son verre.
Il était couime fou. Il porta le verre usa bouche, puis le déposa... Mais ce n'était pas seulement à son péie qu'il allait donner la mori, r'élaif à sa familli' entière, c'était à lui-même!
11 était encore temps. D'un mot il pouvait sauver la vie à tout le moii(lt\ || n'avait qu'à crier : Ne buvez pas! Et personne n'aurait l)ii.
Il n'osait avouer son crime.
Tout à coup une idée insensée, une idée infernale jiassa dans son cerveau eu délire.
Si ceux qui étaient là mouraient, leur foitune lui appartiendrait. Il était leur héritier légitime.
Il lit entendre un second éclat de rire.
— Qu'avez-vous, mon fils dit le père.?
— Rien... rien...
Ce lut le beau-frère de Jules qui absorba le premier le poison. 11 (it claquer ses lèvres.
— Drôle de goût.
Tout le monde but, excepté le meurtrier.
— Décidément, dit Georges Léotard, ce vin fie vaut jiasgraiid'cbose!
— 11 est vrai.
— Mais chacun de nous l'a goûté, excepté Jules.
— En effet...
— E-^t-ce que tu as peur de l'empoisonner, mon frère? dit une sœur en riant.
L'assassin devint verdâtre.
— Allons, bois!...
Jules porta une seconde fois le verre à ses lèvres, mais il le rctii-a vivcuifiit comme s'il avait peur de tomber foudroyé au .simple contact.
Depuis un instant, le père regardait If jeune homme avec une singulière allt'Uliuu.
Il se dressa.
, — Jules, je vous ordonne de vider ce vtM-re!
— Et ordonnez-moi donc filutôt de me Iihm!
— Buvez!
— Du poison, jamais !
Le meurtrier saisit b- verre et le jeta si violemment (ju'il le Uv\>:i fn mille morceaux.
L l\ lU. I I 1 MIKTTK
l.a slnptMir dos viciimos i'i;ui pKrmulo. -- I>ii noisim ! Ksl-oo possible?
Soudain des cri>; hnrrili't*< so liicMit (Mii.Mulre. C'tMail la hu'mv, ipii los poussait.
— Jo l.rûlo. jo linllo! j"ai scif. j'ai soif: Kll.' s't'laiira voix la i»i>rlo. L'cnipoisitnnour so vit ponlu. Il fom|tiil (pio lo< voisins allaient savdir co.
(pli s'«Mait pa^st\
V\\\< prompt qno l'ôrlair. il barra lo passa^'o à la inallionrouso foninii; cl forma la porte, dont il prit la do.
— Inf;\mo! tu ne vois donc pas qno jo vais mourir! Kilo so coucha ^puisiV.
Copondanl les autres convives ressentaient, eux aussi, Icsmt^mcs douleurs. Deux d'entre eux hurlaient lillèralement. La sœur cadette et le dornii r des fils tombèrent expirants à côt6 de leur mère.
— Meurtrier, meurtrier! criait le père de toutes ses forces en se traînant stir le parqnot.
1,0 jeune commerçant, mari de ia sœur do Jules, oubliant ses propres douleurs, soutenait sa femme dans ses bras, tandis que l'empoisonneur était en proie à une (""pou vante indescriptiblo.
On frappa. C'étaient les domestiques que le bruit avait alarmés.
— Ouvrez, ouvrez I criaient-ils.
Jules, quoiqu'il eût la clè dans sa poche, s'était encore mis devant la porte, pour opposer un rempart de son corps.
Georges Léotard parvint à le saisir par les jambes. Malgré la résistance du jeune homme, il tint ferme et réussit à le renverser.
Une lutte corps à corps s'engagea.
Le vieillard mordait; le jeune homme essayait en vain d'échapper à son étreinte désespérée. Il était perdu, quand subitement il sentit les forces de son père faiblir.
La porte vola en éclats et les serviteurs apparurent.
— Voilà celui qui a versé le poison! fit l'ancien négociant avec efTorl. Jules essaya de nier, mais ?on père le foudroya une dernière fois du
regard.
— Meurtrier, meurtrier 1 répéta-t-il.
11 était mon.
Dans l'appartement où régnait un quart d'heure auparavant la gaieté la plus douce, se trouvaient sept cadavres!
L'assassin, éperdu, tenta de s'enfuir. Il s'élança vers l'escalier. On l'arrêta et ce fut en vain qu'il voulut résister. Bientôt lié, garrotté, il fut plongé dans un cachot.
LA in.ij.i; Mir/ni-: 2)
Le lendemain, les habitants de la rue Maiicoiiinat virent un sombre spectacle. Sur le seuil de la demeure où avait eu lieu la scène terrible que nous venons de raconter, sept cercueils étaient placés : ceux de la famille Léotard,
Quelque temps après, Jules fut jugé et condamné à mort, ainsi que le sorcier, son complice.
La sénécbaussée du lieutenant criminel décida par exception que les tôles des deux criminels seraient exposées pendant quarante jours ii un endroit apparent de la maison du crime.
Suivant les usages juridiques du temps, le procureur du roi interjeta appel de la sentence. La requête en cassation fut admise, mais les accusés n'échappèrent ni l'un ni l'autre au trépas.
Le sorcier seulement fut exempt d'avoir la tête exposée, après avoir subi sa peine.
« Lorsque le fils coupable eut rendu l'âme, dit un écrivain, sa face maudite fut pendue à la hauteur du premier étage et on eut beaucoup de peine à empêcher les honnêtes gens du quartier de l'enlever pour la promener sur une pique et lui faire subir les derniers outrages. »
La demeure de la famille Léotard reçut le nom de : Logis des Sept Cercueils ({u'elie garda toujours. Confisquée par le roi, elle resta longtemps inhabitée.
Ce ne fut que quelques années avant l'époque où se passe notre récit que I<^ teinturier Clamart, l'oncle de la Miette, vint y établir son domicile après avoir lait subir quelques changements intérieurs.
ou MIETTE NE DORT PAS
Clamart avait depuis bien longtemps dépassé la soixantaine. Il était petit et trapu.
Sur sa figure, tous les vices semblaient peints. Quoiqu'il eût la voix doucereuse, l'air insinuant, il déplaisait à première vue. On sentait qu'on avait affaire à un animal dangereux, à un reptile, et, malgré soi, on se tenait sur ses gardes.
Miette seule connaissait peut-être le fond du caractère de cet homme. .\vec elle, il ne se .i:énait pas : il était emporté, brutal. Le corps de la hlletle en avait souvent gardé la preuve.
Le jour où il la rencontra dans la rue, il était particulièrement irrité.
— Voleuse, mendiante! lui dit-il aussitôt rentré, voyons, laisse-moi le fouiller. Je siiiscartain que tu as de l'argent que tu me caches.
La Miette se sentit prise.
2i 1. A i;i I I I Mil I I )'
— - L'iiiM'/.-iiii»i. je n'ai rien!
— Appioilii'. aiiIrt'iniMil ]«• ti' luiullc jii-|n .m .>,iiijj!
Li niiMMOi- lil iiiitiikT II' rim^irt' au MsaL'f df rainic de I'hmic. nondissaiil jii.M|ii\i mn" lal'lf ou M' iniuvail un (•()ul.'.iii-|n»iuiiaril. file ^"t'ii ciniiai.i.
— Vou> lie lue louclirrt'z pas. miioii. .
— Qu'csl-ci* (juc c"csl.'... Des ni('nar('> a luain armée... ("."est hoii... cesl \h)\i .. Si je ne le pine»' pas uujtiui»riiiii, ce ser.i une aiilie fois.
Je ne nie laisserai plu^ faire.
— ■ .Vlions, allons, je \eii\ ëlre palienl.. . \a le coiieliei-, ma lille. tu feras nneiiv!
Miellé ne repoiulil pas. Lille pril une inau\aiM; cliaiiilelle de résine (jui l'fùlail dans la tlieminée et approcha une (■clielle d'uni' S()U{)enlo (pii était dans rarrière-luiutiiiiie.
Klle ^M'inipa el se li'ousa Imnloi daii> une sorte de réduit uii elle ne pouvait I>a> tenir debout .
(Quelques haillons étaient déposés là. C'était le lit de la lilletle.
Klle ne se déshabilla pas. Elle se contenta d'éteindr.' la résine et do s'allon- »'»r >ur leschilTons. Un instant après, elle enleadit son oncle qui retirait réchclle et -éloiu'nait.
Miette se dressa aussitôt a moitié.
— Pourquoi mon oncle, dtjuis quelque temps, enlève-t-il l'échelle'? Il n'en a pas besoin, puisqu'il se contente de la déposer plus loin ; évidemment c'e>t alors pour que je ne descende pas sans sa permission, .\iirait-il quelque chose à m'empéclirr de voir?
E!!c prêta loreille. Il lui seinbliil entendre des pas qui se rapprochaient, l'ne lueur éclaira l'appartement.
Miette pencha la tête.
— Mon oncle et Misten flûte.
bi jeune lille retira la tête vivement.
Le personnage qu'elle venait de désigner sous le nom .-ini^ulier de Misleuflnte était un garçon de \ini:t-deux à vingt-trois ans, dont la mine pouvait être considérée à bon droit comme suspecte.
Qu'on s'imagine un grand diable tout déguenillé et tout couvert de baillons sordides. Son visage était pâle et portait Tempreinte du vice précoce. Ses yeux rouges annonçaient des veilles passées dans l'orgie. Il y avait quelque chose de moqueur sur cette ligure ijui .-ouriait souvent comme pour montrer l'intérieur d'une bouche édentéo.
Mistenlliite avait été garçon de Clamart. In jour il disparut sans que la Miellé Mit d'abord ce qu'il était devenu.
Elle apprit plus tard par des voisines qu'il avait été arrêté pour vol et qu'il
Au prochain incendie, je te paiciai. ;l'. 2'i.)
avait été question de s'emparer également de Clamart, accasé par la rumeur publique de4rc son complice.
Depuis celle époque, Miette n'avait plus entendu parler du garçon teinturier. Elle savait néanmoins que son oncle était capable de l'avoir aidé à voler. Du reste, elle avait elle-même si peu d'horreur pour le bien d'aitrui qu'elle regardait presque la chose comme toute naturelle.
LIV. 4. — TnKODOIlK HKNI1Y. — I.A BELI E MIKITR. — El). J. IIOI'FF F.T C''. LIV. 4
LA li 1:1.1.1 Mil. 11 K
Mistonflùlo est un malatlr^il ; il s■o^l laissé itroiidir Climarl est, au contraire, un finot puisqu'il a pu riro au nez do niailamo la Uoi/ssr
I.a vue de Mistenflilte iHonna donc la jeune fille, l'^llc se préparai! écouler.
le jeune homme et son oncle parlaient à voix Nasse. Cependant, ç^r\c.c à la finesse de son ouïe, elle put à peu prés tout entendre.
— Pourquoi n'es-tu pas venu pln< t«M'.' di-^ait Clamart.
— Je rrai^'nais d'tMre vu.
— N'aurais-tu pu entrer pai...'^
— Non. la prillc était fermée...
— Tu n'as donc pas une clef.'
— Je l'avais oubliée!
— Tout e>t contre nous anjoiutriuii...
— El Jeannot, que fait-il?
— Ne m'en parle pas : il e>t amoiinMixl
— Kncorc?
— C'est une désolalion.
— Est-ce loujour.'^ de Claire, la fille du honnolier de la GrandTii'e?
— D'elle cl d'une autre, .
— C'est ennuyeux I... .Mai:-> parions d'autre clio^c... Pui-qne Jcannol c.-t négligent, nous pouvons bien nous passer de lui.
Mi^tcnflùte secoua la tôle :
— Non, fit-il avec conviction, son secour.s nous est indispcnsal)le II n'y a pas comme lui pour... .MIons voir les camarades... Pouvons-nous nous S'Tvir du puils?...
— Oui.
— Et les voisins?
— Us croient trop au.x revenants pour penser que des hommes .soient capables daller au fond d'un puits.
Clamart prit une énorme clé qui était pendue à un clou et que .Miette avait remarquée bien souvent en se demandant quelle porte elle ouvrait. Il alluma ensuite une lanterne et se prépara à sortir.
— Attends, dit Mistenflûte. J'ai avant tout une demande à te faire.
— Que veux-tu?
— J'aurais besoin d'argent...
— Tu sais bien que je n'en donne jamais que contre marchandises.
— Une fois n'est pas coutume.
— C'est inutile!
— Je t'en prie...
— Laisse-moi tranquille!
— Vieux pingre, va!... Tu me paieras cela...
LA HI-LLE Mir.TTK
— Oui, au procliain incendie, je te paierai. .
Mislcnllùte et Glamarl s'élaicût éloignés que Miette tendait encore avide ment rorcille.
— Qu'est-ce que cela veut dire? murnuira-l-elle. La dernière piirase l'avait surtout frappée
— Au prochain incendie I Elle resta un moment pensive.
— En quel endroit va-t-on en passant par le puits? Ohl je voudrais le savoir. . Quel dommage qu'il ait enlevé l'échelle !
La Miette s'était de nouveau étendue sur les haillons qui formaient sa couche, mais elle essayait en vain de s'endormir.
— Que peuvent faire ensemble Clamart et Mistenflùte? Celle question se posait sans cesse à son esprit.
La curiosité étant chez elle plus forte que la fatigue d'une journée passée à courir les chemins, elle Unit par ne plus y tenir et prendre la résolution do risquer au besoin sa vie pour tout savoir.
Elle s'occupa d'abord du moyen de descendre de la soupente, qui ét.iit assez élevée. Elle battit le briquet et ralluma la chandelle de résine.
Miette mesura du regard la distance qui la séparait du sol. Elle allait s'élancer quand elle aperçut fixé à la muraille un crochet de fer.
Elle eut un mouvement de joie. Il lui était facile, en attachant une loque quelconque, de se laisser glisser et de rendre ainsi la descente moins périlleuse.
11 ne lui fallut pas longtemps pour se décider. Elle mit à exécution son projet et toucha bientôt le parquet.
La fillette eut un soupir de satisfaction. Elle se dirigea aussitôt vers la cour et s'approcha du puits.
Le couvercle en était levé... Miette se pencha et regarda attentivement. II lui semblait apercevoir au fond une légère clarté. Elle tressaillit, car une sorte de gémissement lointain, une plainte lugubre, venait de frapper son oreille.
La jeune fille sentit redoubler sa curiosité. Ses yeux s'habituant aux ténèbres, elle crut apercevoir une échelle posée dans le puits.
Quand elle eut pu s'assurer qu'elle ne s'était pas trompée, elle n'eut aucune hésitation. Elle grimpa sur la margelle et se mit à descendre.
L'échelle, qui était fixée à l'aide de doux craYiipons, n'arrivait pas jusqu'au fond du puits. Elle s'arrêtait devant uneespèce d'ouverture. C'était de cet endroit que sortait la lumière que Miette avait distinguée vaguement.
La fillette s'engagea dans une sorte de galerie souterraine.
Elle reconnut la lanterne qui l'éclairait; c'était celle de Clamart.
Son oncle n'était donc pas loin; elle devait alors agir avec la plus extrême
28 LA ur.lJj; MIliilK.
circoiispeolioii. Tandis qu'ollo avaurail douocmcnt, elle tMiliMulit un liniit île pas produit par des gens (jui so diripoaitM)t vers ollt\
Miolle siMilit sa pn^sonce d'esprit l'abaiidouner. Elle fût voulu fuir, iii;iis «die eut peur de ne pouvoir se dt'-robcr assez tAt. Où se cacher? Aucun endroit. Elle eût désiré presijue voir la torie s'eiitr'onvrir snus ses pas, car elle savait son misérable parent, qui éliit l'-viilinnuitMit do retour de son excursion dans le souterrain, capable de la tuer.
Dans ce prril extrême, il lui vini une idée. Comme elle était justement tout prés de la lanterne qui était posée sur le sol, elle rétei;.;nit, puis, tremblante, se colla contre les parois de la galerie.
l'n juron ne tarda pas à si» faire entendre.
— Qu'est-ce que cest?...
— La lanterne vient de s'éleindrc !
Miette reconnut les voix et se félicita de sa précaution.
— Ne te fâche pas, dit Mistenflûte, il n'y a pas moyen de nous égarer. c'est tout droit. D^aiileurs, je suppose que lu as ton briquet dans la poche.
— Malheureusement, je l'ai oublié. Si nous manquions l'échelle et si nous tombions dans le puits, ce ne serait pas agréable.
— Bah I il n'y a plus d'eau !
— C'est égal.
— Eh bien! que pcnses-lu de l'entreprise de demain?
— Elle est magnifique!
— Je te prie de croire qu'on y verra à la tombée de la nuit!
— Oui. mieux qu'ici.
Mistenflûte et Clamart étaient arrivés près de la Miette. Celle-ci tremblait de tous ses membres.
— La lanterne n'est pas loin ! dit le teinturier juste en face de la jeune (ille. Mistenflûte trébucha.
— La voici !
— Prends-la.
— As-tu peur qu'on ne te la vole en la laissant ici?
— Non, mais elle m'est nécessaire.
— Oh ! oh ! on la connaît celle-là !
— Tais-toi, bavard; tu es ensuite étonné lorsqu'on vient te dire que les voisins ont entendu des voix dans le puits!
Les deux individus avaient dépassé la jeune fdle. Celle-ci se crut sauvée. A ce moment, les gémissements que Miette avait déjà faiblement perçus recommencèrent.
— Entends-tu? demanda Mistenflûte à son compagnon.
— Eh ! parbleu ! crois-tu que je sois sourd?
— Ces plainlcs ne le font donc aucune impression?
— Qiit'Ile impression veiix-tii qu'elles me fassent?
— Tu es sans cœur.
— J'en ai autant que n'importe qui. Mais hâtons-nous de sorlir. Tien=;-lu l'échelle?
— Oui.
Miette entendit le bruit d'une clé qui grinçait dans la serrure et eut un léger cri que, heureusement, Clamart et Mistenflûte n'entendirent pas.
La fillette ne s'était pas aperçue que la galerie avait une porte. Le teinturier en se retirant n avait pas manqué de la fermer.
Miette eut peur de ne plus pouvoir sortir du souterrain. Celte perspective lui sembla plus terrible à cette heure que celle d'être assommée par son oncle. Elle s'approcha de la porte, elle appela, elle frappa, elle cria : Au secours !
Personne ne répondit à ses cris. Les gémissements avaient cessé; ses plaintes troublaient seules le silence. Elle se retourna et aperçut, brillants dans l'obscurité, deux yeux qui la regardaient.
Sa voix s'arrêta dans la gorge. Elle voulut faire un pas, ses jambes faiblirent; elle chancela et perdit connaissance.
SOMDRE MYSTERE
L'évanouissement de Miette fut de courte durée. La nature robuste d& la jeune fille l'emportant sur son épouvante, elle reprit bientôt ses sens.
Sa première pensée fut pour les deux yeux qui l'avaient eiïrayée. Ils luisaient toujours au milieu des ténèbres, seulement ils étaient à présent beaucoup plus éloignés.
Elle eut le courage d'aller hardiment vers eux et les vit inuiiédiatement clignoter, puis disparaître.
Elle eut un éclat de rire.
— Suis-jc drôle ! C'est d'un chat que j'ai eu peur. Sa gaieté tomba vile.
— C'est égal, dit-elle, je ne me savais pas lâche! Essayons de me reconnaître. Ce côté-ci est celui par lequel je suis venue; ce côlé-là conduit, au contraire, dans l'intérieur du souterrain. Au risque de m'égarer, je vais aller de ce côté-là.
! \ i;r.i.i K Mii:ni:
Mu'lle lit ce qu'elle ili>ail; ollc maivlui un inonicnl à U\lons.
— Mais j'y jicnse!... J'ai sur inui un briquet pour olilonir un pou de riarlô.
Auàsilôl elle lit jaillir quelques t'iincellcs.
Klle nuirrha ainsi plus do cinij minutes. Sc.n ahaltciuciil élail reilevcini profond.
Lorsque la jiauNrt' .Mif.mt ^'aricMa de iKuivcau. clli- a\ail le visage couvert de larmes.
— Faudra-l-il «pu- |e périsse ii'i? dit-elle.
Ses jamltes pouvaient a peine la porter: elle s'assit.
Mais voilà que les géuiissemcnls se firent encore entendre. Ils étaient si rapiirochés. maintenant, qu'elle s'imagina que la créature qui les poussait était à cote* d'elle. Elle se leva précipitamment et se mit à courir au risque de se casser la télé, soit en trouvant devant elle quelque obstacle, soil en heurtant la voûte qui allait toujours s'ahaissant. Le terrain étant aussi excessivement inégal, elle eût pu tomber et se blesser dangeureusement. Un nouveau cri de joie, .••Ite f(ii<. lui é.!i:ini).i: un r.ivnii ili- lumièr.^ venait de lui apparaître dans le lointain.
Remise un peu «le sa Irayeur, elle n'avança plus que lentement. Tout à coup, elle s'arrêta, glacée. Une main s'était posée sur son épaule. Elle eut comme un frisson; mais déjà la main s'était retirée.
Elle se retourna. L'être singulier, cause de sa stupeur, la saisissait par le bras et l'entraînait du cùté de la clarté, sans proférer une seule parole.
Miette tremblait encore ; néanmoins elle se gardait bien d'opposer la moindre résistance.
Enfin, on arriva à un lieu au milieu duquel était déposée une lampe de forme ancienne. Un spectacle étrange attendait la jeune fille.
L'endroit où elle se trouvait était assez vaste. Dans la pénombre, Miette apercevait des machines de forme singulière et des tables renversées. Près de la lampe, sur un amas de paille, le corps d'un homme était étendu, inanimé.
La fillette regarda la créature qui lui avait servi de guide.
C'était une femme vêtue de mauvais haillons et dont les cheveux dénoués tombaient presque jusqu'à terre. Les gémissements et les plaintes que Miette avaient entendus venaient évidemment de cette malheureuse.
— Que me voulez- vous, madame? demanda la fillette, dès qu'elle eut un peu recouvré sa présence d'esprit.
L'inconnue ne répondit pas.
— Pourquoi m'avez- vous entraînée ici, et quel est le corps de cet homme? La mystérieuse créature se baissa, prit la lampe et l'éleva à la hauteur de
sa tête afin de mieux considérer Miette.
LA [U'I.LE MIKïll-:
La fillclte put la regarder, elle aussi, à son aise.
Celte femme, ainsi que nous l'avons dit, était toute déguenillée. Maigre l'étal dans lequel elle se trouvait, elle paraissait n'avoir pas quarante ans. Ses cheveux encore noirs faisaient ressortir la pâleur livide de son visage. Les regards de cette infortunée, habitués à roliscurilé, pouvaient à peine soutenir l'éclat de la lumière. Soudain, elle eut un rire idiot,
— Est-ce pour t'amuser avec moi que tu es ici, petite?
Miette sentait son assurance lui revenir. Elle comprit qu'elle avait affaire à une folle.
— Madam'\ dit-elle, je ne suiï- qu'égarée dans ce souterrain, je voudrais en sortir I
— Non, tune me quitteras plus. Nous vivrons de la môme vie, tu partageras mes jeux.
— ■ Mais...
— Écoute, nous coucherons ensemble... Il fait souvent froid dans ce pays où il n'y a jamais de jour... Veux-tu voir ma chambre?... Viens !
Miette n'osa pas refuser à la folle de l'accompagner. Celle-ci laissait la lampe.
— Nous n'y venons pas, madame!
— J'oubliais!... Moi, tout me parait plus beau dans l'obscurité!
La jeune fille prit la lampe et se disposa à suivre l'étrange hôtesse de ces lieux.
Elle marcha un instant derrière, elle. Les deux femmes s'arrêtèrent eiidn devant une sorte de cellule.
— C'est ici!
La folle poussa une porte et Miette ne fut pas précisément remplie d'admiration.
Un amas de paille près duquel étaient une cruche et une éciielle. voilà tout l'ameublement. Une niche était pratiquée dans un coin.
— Regarde! dit la pauvre femme à Miette.
Cette dernière se baissa et vit une sorte de chapelle composée d'une petite statue de la Vierge, de quelques morceaux d'étoffes de couleurs voyantes et d'un vase de porcelaine. Près de la Vierge était suspendu un médaillon où se trouvait peint un portrait d'enfant.
— Qui vous a donné tout cela?
— M. Jeannot.
— Jeannot! Qui est-ce donc? demanda la nièce du teinturier, se rappelant avoir entendu prononcer ce nom par son oncle et Mistenflûti'.
— C'est le moins mauvais de tous les hommes qui viennent ici, le seul qui ne me maltraite pas.
LA i;i:lle AiiiîTrii:
— Oïl vous frappe donc?
— Souvent, surtout lorsque y uw iilains.
Miette se souvint des gémissoiiuMits hi.milircs iiirollo avait ciilondiis et nu froid lui passa dans le dos. Klie vcnilul sortir de. la ocliulc. 1-a folle la rclinl.
— Tu ne me dis pas (•(uniiniii tu trouves mes richesses !
— lîien Ix'lles.
— Kt le niédailWui .'...
— Très joli.
— .\dmire-le de jihis près.
La pauvre ft-nimc tendit le portrait à Miette. La lille reniar()ua qu'il ôlail entouré de brillants.
— Une tCtc de jietite fdle, dit-elle après avoir regardé un instant.
— Oui, lit la folle doufcnient.
— C'est aussi Jeannot (jui vou'^ a donné ceci?
— Oh! non, il y a longtemps, bien lonuicmps, que ça m'appartient...
— Je suis étonnée alors que Clamart vous ait laissé...
— Quel nom as-tu prononcé, malheureuse?... Clamart! Âli ! tu n'es pas div'ne de rester en ma présence. Va-t'en!
La folle était en proie à une vive agitation.
— Je me méfie de toi... Laisse-moi, quitte-moi... Sois maudite pour ni'avoir rappelé... Va-t'en!... Je le l'ordonne !
Les yeux de l'infortunée jetaient des éclairs. Elle arracha le médaillon des mains de la Miette.
Celle-ci sentit renaître l'effroi en elle.
— Eh bien! oui, je m'en vais.
Miette avait gardé la lampe, elle se trouva de nouveau dans la galerie. Bientôt elle fut à l'endroit où !a folle l'avait conduite d'abord.
Nous avons dit que, au milieu de celte salle, un homme élail étendu. La lillette se pencha pour regarder le visage de l'inconnu et son élonnement ne connut pas de bornes.
L'homme était celui qu'elle avait vu dormant sur les bords du Jarret.
Cette fois, seulement, ce malheureux ne faisait plus un rêve d'amour. Il semblait avoir perdu toute sensibilité.
Miette se demanda à la suite de quelle aventure il était dans cet état et l'idée lui vint qu'il était mort. Elle allait se baisser pour s'en assurer lorsqu'elle entendit un léger bruit.
Elle se dit que ce pouvait être un nouvel habitant de cet étrange logis et elle déposa la lampe à l'endroit où elle l'avait prise.
En celte occasion, elle garda une partie de son sang-froid. Ce fut près
Un lioininc montra la lôtc au
des instruments, dont la forme l'avait tant étonnée qu'elle alla se cacher de manière à pouvoir observer sans être vue.
Le bruit venait d'une cavité qui se trouvait à l'autre oxlrémité de la silb\ justement en face d'elle.
— Esl-ce qu'il y aurait là unnouveau passage? pensa-t-clle.
Elle ne tarda pas à reconnaître qu'il y avait dans sa supposition quolipie chose de vraisemblable, car ce fut uno irte d'homme qui apparut.
i.tv. r.. — xnÈonrtp.E hemiy. — i.a uki.i.e mikttk. — ko. j. rockk et ci'. uv. ")
3» I \ i;ri,i.i: miktti-
Ap!V5 :a U'ie Mnt i.> bii-t •. \^n\< l.-s j.niii'o . fniui le c..tp> oomplel! (î'un l>eau garçon qui, lorsqu'il oui pénétré entièroment dan-; le soiilenaiii, sû releva d'anbond.
— Tadieu! voilà une entnv qui c>t faliguant»*. On e>t heureux dVtre mince el fluel î Peat-on avoir fait iin pis<aîe pareil où uu est forcé d'élre à plat ventre?
Mi -tle ouvrait dans Torabre de grande yeux, en rc-onnaissant le nouveau venu pour un jeune homme de la plus ha'ile noblesse et dont on vantiit à Marseille la fortune et les bonnes manières.
— M. le chevalier de la Torche !... tlit-elle avec un étonnement profond. l£ chevalier enlevait la terre qui avait souillé ses vêtements.
— \n moins, si on ne s'abimiit pa< le> habits dans ce trou ! Mais loin de là... .Vh! je vois mon... riva! 1... Ont-ils p'acé le corps en évidence, ces marauds I
Le cheva'ier de la Torche, comme Pavait appelé Miette, devait avoir de vingt-quatre à vingt-cinq ans. Son visa::je avait quelque chose de mâle el de hardi. Une fine moustache estompait sa lèvre, et son sourire, quoiqu'un peu narqaois, était asseï agréaWe.
Le chevalier portait nn élégant costume, ce qui expliquait ses regrets d'être saîi par la terre humide da souterrain.
— .\-l-il rendu le dernier soupir, ce pauvre idiot? fit-il quand il fut arrivé près du corps. ^
Il làta le pouls de celui qui paraissait être sa victime.
— Il est bien mortl Voyons ce qu^il porte sur lail Les imbéciles rauront fîoillé et lui auront laissé ce que je cherche... En effet, point de bourse, mais, en revanche, ce portefeuille où il y a des papiers. Une lettre!... Je reconnais l'écriture, bien qu'on ne m'ait jamais envoyé d'épitre semblable... Lisons...
' .\ugu3te,
« Je crois à votre innocence et je suis désolée autant que voas de la triste situation dans laquelle vous vous trouvez... Faut-il vous répéter mon aveu de Tjiutre jour? Je vous aime, et, quoi qu'il arrive, quoi que l'on fasse, je ne sera jamais qu'à vou>... »
Le chevalier de la Torche interrompit sa lecture.
— Voilà qui est clair. Continuons :
« ... Ce M. Marcel, que mes parents veulent me faire épouser... »
— M. Marcel, c'est moi ! fit le chevalier en souriant. Je suis curieux de savoir ce que l'on pense sur mon compte... Rien de bon sans doute. Voyez-vous quand je le disais!...
« Ce M. Marcel, que mes parents veulent me faire épouser, je le hais!...
LA BKLI.E MIETTE
— Ail! ah! je ne pensais pas que cela fût aussi violenl, ma [lelile!
<( Sans lui, les choses, non seulement n'iraient pas connue elles vont, mais encore vous ne seriez pas accusé d'un vol. »
Le chevalier de la Torche eut un signe de tôle.
— Ceci devient grave.
Il continua cependant :
« Oui, Auguste, lorsque les soupçons se sont portés sur vous, lorsque l'oa a prétendu que vous seul aviez pu prendre de l'argent dans la caisse de mon père, j'ai toujours cru que c'était lui le coupable! »
Le chevalier frappa du pied :
— Sotte péronnelle!
<( Si je fais erreur, Dieu me pardonnera mon jugement téméraire .. >;
— Oui, et le diable t'étouiïera!
« Mais je ne pense pas me tromper. >>
— Je te prouverai bien que lu te trompes, niaise, je te ie prouverai bien !
Le jeune homme frappait du pied avec rage.
— 11 y a encore quelque chose!
« C'est ma vieille nourrice qui vous remettra cette lettre, la seule que je vous ai écrite, la seule que je vous écrirai jamais. Dans l'infortune, comme dans le bonheur, comptez toujours sur l'afïection et la fidélité
« De votre « Claire. »
— Allons! allons! c'est du propre tout cela. Mes affaires ne sont pas en si bon chemin que je me l'imaginais. Peut-être ferais-je bien... Qu'est-ce que la dis là, Jeannot? Est-ce réellement devant le cadavre de ton rival que tu parles? Renoncer àla lutte!... Ce serait ridicule si ce n'était pas risible. Qu'ya-t-il encore dans ce portefeuille?... Des papiers insignifiants... des notes... des reçus... D'ailleurs, Claire le dit elle-même, c'est la première et la dernière fois qu'elle lui écrit.
Le chevalier de la Torche semblait attendre quelqu'un.
— Ilermann ne vient pas. Lui serait-il arrivé quelque chose? J'ai ci tort de lui donner rendez-vous ici... Cependant il me semble entendre ... Ilermann, est-ce toi?
Une espèce de grognement répondit à la question du chevalier.
— Enfin!
L'n homme montra la tête au même endroit où le chevalier avait montré la .«tienne.
Le nouveau venu éprouvait encore plus de difficulté à entrer. Il parvint enfin à pénétrer dans le souterrain.
— Kli l.ioii! tiuelljMcptiiiM' as-lii. ntiinaiin? Que Ta doiim' Aiihin? Iloniiaïui ne dil rirn. Il sorlil seiilcuit'iil do sa iioilniir tint; loltie (jn'il
reinil au ch«>valier.
Celui-ci. ImjtarKMil, lit iai«id«'inont saiiltM- rtn\tl(ii)i.(\ H jK)ii>sa un en de joie quand il eul jelc un rcu'ard sur une feuille de papier rose.
— Voilà qui esl heureux, je ne maltendais pasàcela. Déiidénicnl, si mes affaires ne vont pas bien d'un côtr. el'es vont heauroup mieux de l'aulie. Ta fait compensation I
l.a lettre que le jeune Imuiine venait de lire et (pii le riMidail si conlenl renfermait simplement ce mol : " Vnirzl » <ni\\ d'un nom: « Dianr ».
l'n éruoson surmontait la feuille de papier. - Kl maintenant, lleruiann, quilton-^ eet endroit où Ton esl si mal à l'aise. Il n'y a pa> lon!;len>ps que je suis ici et jéprouve le besoin de voir le ciel et de respirer Tair pur. Kclaire-moi.
n«'rinann prit la lampe. Mais, en ce moment, la clarlé donna en plein sur le vi>age du malheureux amant de Claire.
Le chevalier de la Torche tressaillit.
— Il m'a semblé voir remuer les yeux!...
— Soyez tranquille, il esl mort et bien mort. C'est moi qui l'ai frappé et je ne l'ai pas tué à demi. Rej;ardez plutôt.
Herniann entr'ouvrit le gilet du pauvre Auguste et montra une plaie béante.
Le chevalier eul un mouvement de répulsion.
— Quand je pense que je pourrais recevoir une blessure pareille, je fris-
— Il vaudrait mieux mourir comme cela que..
— Tais-toi, Hermann !
Le chevalier avait un nouveau tressaillement.
— Ilàtons-nous de sortir.
— Comme vous voudrez.
Lorsque celui qui paraissait être son maître fut dans le passage, Hermann déposa la lampe et, à son tour, disparut dans l'ouverture.
Miette attendit par prudence un instant, puis elle quitta sa cachette.
— Est-ce un rêve que je viens de faire ou que je fais encore?... Mais non, c'est la réalité... M. le chevalier de la Torche en cet endroit! C'est lui qui a fait tuer ce pauvre jeune homme. Il serait capable de me faire tuer... moi! Non, il ne le fera pa^. parce que je vais es-ayer de prendre la fuite, de quitter ce terrible lieu.
La llllette s'approcha du corp-^ d'Auguste ellui posa la main sur le cœur. Il lui sembla le sentir battre d'une manière imperceptible.
- Esl-ceiinc erreur? Maisje crois... Non, il est bienmort... .le me trompe, comme tout ù l'heure M. le chevalier... C'est égal, jai appris de singnlièros choses ! Moi aussi il me tarde de sortir d'ici !
Miette jeta un dernier regard autour d'elle avant de s'engager dans le passage.
— Qu'est-ce? fit-elle.
Elle venait d'apercevoir dans un coin une sacoche reiiversùe.
Elle s'approcha et eut comme un éblouissement. La sacoche était remplie de louis d'or.
Les yeux de Miette brillaient d'avidiîé, à la vue de la fortune inespérée qui s'olTrait à elle.
La réflexion ne tarda pas ù lui venir. Que ferait-elle de cette sacoche? Ne vaîait-il pas mieux auparavant s'assurer qu'il lui serait possible de quitter cette sombre demeure? La cupidité l'emporta chez elle.
— J'espère, dit-elle, que Pierre, cette fois, n'aura rien à dire. Les individus à qui cet or appartient sont des voleurs, et voler des voleurs n'est pas voler! Malheureusement c'est lourd... Bah! qu'importe!
Miette n'hésita plus. Elle chargea sur son épaule le sac qui devait renfermer une somme considérable, et prit le chemin qu'avaient pris le chevalier de la Torche et Hermann.