LA GRILLE
Le passage dans lequel Miette s'était engagée était court. Du reste, il ne tardait pas à aller s'élargissant.
La fillette cessa bientôt de ramper. Un air frais vint baigner son visage et une blanche lueur, celle de la lune, éclaira ses pas.
— Libre! dit-elle avec ivresse, libre!
Elle se hâtait trop de se réjouir, car une grille formée de solides barreaux de fer vint s'olTrir à elle.
— Mon Dieu! dit-elle avec angoisse,*, moi qui me croyais sauvée!
Ce fut en vain qu'elle essaya d'ébranler les barreau\, ses ciïorts ne les firent pas seulement remuer.
— Il y a une serrure dont M. de la Torche et cet homme qu'il appelle Hfimann doivent avoir la clé! Moi qui ne l'ai pas, je suis forcée de rester prisonnière. Oh! que j'ai eu tort de descendre dans ce souterrain !
v. LA nKM.i: mii.th:
La jeune fille sentit de nouveau tonte son énergie ralt.imlonniT. KHc s'a-^^^it à trrre et se mit à pK-urer.
— Oui, lit-elle, j'ai peur d't'lie surprise par ces liuiiiino.> qui ont, à nia c innaissance, déjà fait une viclim»\ J'ai peur de nt^ plus recouvrer ma lih: ilé clR''rie, ma liberté adorùc!... Où peut donner celle soiiie.'...
Elle regarda à travers la grille et vit, grâce à la clarlé do hi iniie, une (nui assez grande dans laquollo se trouvaient (|uatre ou cinq grands arltnvs.
— Je ressemble ici à un oiseau en cage. Si queNiu'un VT.ilail me peninllii' de m'envolcr, je donnerais bien tout l'argent que j'ai là.
Comme Miette venait de prononcer ces mots, elle eiiteiulil en liriiil de voix. Elle crut un moment que c'étaient des liahilanls du souterrain qui allaient apparaître. Elle se prépara à rentrer, mais elle ne larda pas à se rassurer.
Les personnes qui parlaient passèrent devant la grille sans s'arrêter. La jeune lille regarda atlenlivcment et comprit que c'étaient deux promeneurs qui. tout en causant, revinrent bienl(')l sur leurs pas.
Il lui semltlaii avoir déjà vu l'an ; l'autre lui était encore inconnu.
Arrivés pour la troisième fois devant la grille, ces individus firent halle; la jeune fille put entendre leur conversation. ~
— Oui, Comlé, disait celui qui paraissait le plus âgé, je me suis décidé à quiiler notre propriété de Saint-Tronc, à cause de ce pauvre Georges. Je suis venu habiter celle vielle maison qui, depuis, vingl-cinq ans, était dans un abandon complet, et que je n'aurais jamais dû quitter, au moins par reconnaissance, car ses cachettes et ses caves ont sauvé la vie à mon père et à un grand nombre de ses amis pendant la Révolution.
— M. Georges, depuis votre retour, n'esl-il pas dans une meilleure situation d'esprit?
— Au contraire, sa mélancolie a augmenté, et tu vois un père au désespoir.
— Calmez-vous, cela passera avec le temps,
— Comlé, je veux te donner une mission de confiance, mais, auparavant, ronds-moi compte de ce que tu as appris au sujet des incendiaires.
— Hélas I vous me voyez en défaut, et je ne rougis pas de l'avouer, car nous avons affaire à de rudes gaillards.
— Il y a longtemps que je le sais. Il faut que ces misérables soient Lien habiles pour avoir pu échapper pendant six mois aux recherches de la police, il faut qu'ils soient bien audacieux pour avoir pu continuer à commettre leurs crimes dans la même ville! Tu as plusieurs signalements.
— Oui, et, grâce à ces renseignements, je suis maintenant sur une piste..
— En vérité !
— Je no vous le caclicrai pas : j'ai un espoir. Malheureusement, il est TaiMe..-
— II grandira.
— Je respèrc. Mais si vous vouliez (Hre assez bon pour me dire ce que je puis faire pour vous ôlre agréable?
— Ce que je vais te demander est entièrement pour moi. Ce ne sera pas le procureur du roi qui te fera part de ses soupçons, c'est un père, un ami ayant depuis longtemps pu apprécier ton dévouement, qui y aura recours...
Comté fit un mouvement.
A ce moment, la lune donna en plein sur son visage. Miette, qui, cachée près de la grille, regardait toujours, tressaillit. Klle venait de reconnaître le personnage que son compagnon appelait Comté.
— Je sais quel est cet homme, murmura-t-elle : c'est un des chefs de la rousse, celui qui arrêta Mistenflûte après qu'il eut volé...
Les deux interlocuteurs s'éloignèrent unpe;i. La fillette, pour comprendre le
sens de leurs paroi s, était maintenant forcée de prêter attentivement l'orcilIc.
— - Sais-tu, disait le procureur du roi, ce qui rend Georges si rêveur? Il es
amoureux, et celle qu'il aime n'a pour lui que des dédains. Mon fils attribue ces
rigueurs à la présence d'un rival mieux reçu que lui...
— Et a-t-il raison?
— Oui. Maintenant voilà ce que je veux te dire. II est un homme que je rencontre tous les jours dans le monde et dont, malgré moi, je me méfie singulièrement, quoiqu'il porte un nom historique.
— Cet homme...
— Tu dois avoir entendu parler de lui.
— Comment ?'appelle-t-il?
— Le chevalier de la Torche.
— Ah!
— Qu'est-ce que tu as?
— Monsieur le procureur du roi, je partage entièrement votre méfiance envers cet individu!
— Vraiment?
— Et je me proposais de vous demander s'il existe réellement une famille de la Torche.
— Oui, mon cher Comté. Elle est originaire du Berry. J'ai vérifié... Ses ai-mes sont : A la torche d'or snr «'hnmn dr> sil^lo. nv^'^ rot\(^ f|.n-i<o : L>/rrf.
— C'est fâcheux.
- Pourquoi?
— Je m'étais si bien fait à l'idée que ce nom était de fantaisie que maintenant...
40 LA lU I.LK MIKITE
— Je dois te sit^naler une partlcuIarittV I/armorial porto quo la race des (le la Torche est aujourd'hui (Moiiitiv
— Bravo! Nous avons donc alTau'e a un aventurier?
— Non. car j'ai fait part au chevalier do ma surprise, et il m'a nionlrt^ d<s [tarchemins parfaitement aiitlicntiiiue^...
— Il les aura volt''<.
— 11 a ajont('' avec raison ((ue erreur ne fait |ias compte, et (jue, loisipie l'armoriai a annoncé l'extinction de sa race, ses rédacteurs n'avaient pas son^é à son père, chef (li> la (leinière liranche, passé depuis (piclquc tem|)s en Amérique.
— i'.e (jue vou> me dues la est bien ddinmage! Involontairement, j'avais fait un rapprochement entre ce nom de la Toichc et les Incendiaires, dont un des chefs a la taille et les manières de notre personnage.
"- {)nv m'apprends-tu'.'' - La vérité. Aussi, je vous le jure, malgré les renseignemenls que vous venez de nie donner, je ne cesserai de m'occnper de ce jeune homiiie. Il va depuis quelque temps à Saint-Loup...
— Tu t'en es aperçu? Kh bien, la jeune lille qu'aime Georges est justement...
— Le chevalier de la Torche est le rival de M. Georges?
— Précisément...
— Votre fils que j'ai vu iiaitre i:e doit pas s'alarmer... H vaut cent fois mieux.
— Tant que lu voudras, mais cependant... L'aventurier en question parait avoir plus de chances que lui.
— Impossible!
— Cela est...
— Monsieur le procureur du roi, je vous promets avant peu de temps de vous faire part du résultat de mes investigations.
— Quand je le connaîtrai, je tenterai une démarche... Si Georges n'a rien à espérer, il partira.
— .Ma conviction est qu'il ne partira pas.
— Que Dieu t'entende! dit le père avec émotion.
Les deux promeneurs s'éloignèrent. Ils firent encore quelques pas dans la cour, puis Miette les vit entrer dans la maison.
— Je sais déjà bien des choses, fit-elle, sur le chevalier de la Torche!... Mais pourquoi n'ai-je pas profité de la présence de ces personnes pour crier: Au secours! Elles m'aurait délivrée.
La fillette eut un rire étrange.
— C'est drôle ! chaque fois que je sens la police à côté de moi, je suis
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aussi inquiète que si j'avais beaucoup à me rcproclier!... Elle m'aurait ilclivrco, mais je ne serais peut-ôtre pas restée libre...
Miette resta un instant pensive.
— • Eh! qu'importe!..- Du moins nie serais-Je vengée de mon uiicle, du moins serais-je sûre de ne pas trouver la mort ici. Oli! si je pouvais encore appeler!...
Comme la jeune fille venait de prononcer ces paroles, elle se retourna vivement. Elle avait senti sur son épaule la même main qui s'y élail posée déjà...
Elle reconnut la folle.
— Vous!
La pauvre créature avait un sourire.
— Je te pardonne, à condition aue tu ne me parleras plus de Glamart ! Tu me le promets?
— Je TOUS le promets.
— Viens, alors !
— Tout à l'heure.
— Que fais-tu là? Est-ce que par hasard tu as envie de sortir? Miette hésita.
— Cette grille t'en empêche, n'est-ce pas?
— Est-ce que vous pourriez me l'ouvrir?...
— C'est pour toujours que tu veux t'en aller?
— Je désirerais seulement...
— Je sais où est la clef, mais je ne te le dirai pas.
— Madame, que vous seriez bonne si...
— Est-ce que tu te trouverais malheureuse ici, petite? On est bien cependant lorsqu'on y est habitué. Reste quelque temps et puis tu verras...
— Je vous en prie, venez à mon aide, délivrez-moi I La voix de Miette était suppliante. L'inconnue tressaillit.
— Tu ne menaces pas, toi, enfant. Je veux l'obéir. Attends un moment! La folle disparut dans le passage et revint une minute après. Miette éprouva
une vive joie en voyant la pauvre femme lui tendre une clef.
— Tiens, va-t'en si tu le désires!... Mais je te con-eille de rester La jeune fille eut un bon mouvement.
— ■ Madame, il y a une chose qui m'est chère et dont vous ne paraissez plus apprécier les bienfaits, cette chose, c'est la liberté! Vous me dites de ne pas vous quitter, moi aussi je vous dis : « Ne me quittez pas, suivez-moi! 1/existencequc vous menez dans ce souterrain etàlaqiielle jene sais quelle fatalité vous a condamnée, il faut qu'elle cesse!... Il doit sans doute vous rester des jiarents, des amis qui seraient bien heureux de vous revoir... Allons b-s trouver... voulez-vous? n
LA liLLl.l Mil 1 IK
l-a f(»lle partit clTrayêe.
— Non.
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— Non!
--- On ne Nous inaltraihM-ait plii<. V.'h.v. !
— Non :
La malluMironso crcaluro so tonlail les mains coninie en proie à une crise nervousc. L:\ Mieltc voulut lui porter secours. Elle la repoussa.
— Éloigne-loi. puisque tu veux rcMoiL'ner... AulienuMil, je reprends la clef 1 \^\ nièce (le C-laniart n'Iiêsiia plus.
Elle ouvrit la grille et sortit avec la sacoche.
— Referme! cria la folle.
Miette obéit.
— Hends-moi liclef maintenant!
La jeune lille hésita, mais son hésitation fut de courte durée. Elle pensa fjiie la clef élait mieux entre ses moins que dans celles de l'idiote.
— Je la garde, madame, dit-elle, pour votre hicn et peut-être pour le bien de tous !
La folle eut un cri de colère.
— Rends-moi la clef! rèpéla-t-clle.
Miette était résolue.
— Au revoir! cria-t-elle.
— Misérable! fit la prisonnière d'une voix épuisée.
La fillette se trouvait déjà à l'autre extrémité de la cour.
La muraille qui entourait ce lieu était peu élevée. L'escalade n'était pour Miette qu'un jeu. Un amas de pierres devait l'aider, du reste.
Une seule chose gênait la petite : la sacoche remplie d'or qu'elle portait. Elle la déposa d'abord afin de chercher à savoir où elle se trouverait, lorsqu'elle aurait franchi le dernier obstacle qui l'empêchait d'être libre.
Une première fois elle grimpa sur le mur.
— Oh !dit-elle, quel bonheur! Voici la rue de la première Calade. Je suis sauvée! Maintenant il s'agit de mettre en sûreté la fortune que j'ai trouvée.
Elle redescendit et prit la sacoche.
Cette fois, h difficulté fut plus grande à cause du fardeau. Arrivée presque au haut de la muraille, Miette laissa tomber la sacoche, qui se creva.
La fillette se demanda si elle devait redescendre. Elle eut d'abord l'idée d'y renoncer, mais la pensée de perdre l'or la décida à sauter de nouveau dans la cour, où une partie du trésor s'était répandue. Miette commençait à ramasser les louis quand soudain elle crut entendre du bruit du côté de la maison î'habitalion.
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Elle regarda, et il lui sembla voir, en elTct, une onilne se délaclier. Klle mil précipitamment dans sa poche la somme qu'elle avait recueillie et urimpa de nouveau. En un bond elle fut dans la rue. Klle prit alors sa course et ne s'arrêta qu'à une centaine de pas.
— Me serais-je trompée? murmura-t-elle. Si j'allais prendre le reste de la sacoche!... Non, il ne faut pas m'exposer encore... Décidément, Miette, tues bien imprudente!...
Au moment où la jeune fille avait franchi le mur, il était trois heures du matin. Elle se demanda où elle irait finir la nuit. Rentrer chez son oncle, il ne fallait pas y songer! Quel accueil lai ferait le misérable?...
La fillette était très embarrassée. Elle pensa heureusement que le jour ne tarderait pas à venir.
— Si j'allais à Saint-Loup!... C'est justement demain que M"" Diane... C'est rcla!... Lorsque je serai arrivée, il fera presque jour...
Miette était décidée. Malgré la fatigue d'une nuit passée dans des angoisses de toute sorte, elle se mit courageusement en route.
En marchant, elle pensait à ce qu'elle avait vu, à ce qu'elle avait entendu.
Le fait le plus surprenant était sans contredit l'existence de ce souterrain servant de refuge à des malfaiteurs de la pire espèce, peut-être même, tout tendait à le prouver, à ces fameux Incendiaires dont les crimes épouvantaient Marseille. Cette retraite avait deux issues, dont l'une, chose étrange, donnait justement sur la cour de la maison de l'homme chargé par ses fonctions d'anéantir les bandits. Miette songeait à cette pauvre créature séquestrée, qui semblait avoir perdu la raison dans les ténèbres. Elle se disait qu'il y avait encore là un épouvantable mystère, une nouvelle infamie de son persécuteur, de l'odieux Clamart.
Elle voyait ensuite le cadavre d'Auguste étendu au milieu de la salle obscure,puis le beau et séduisant chevalier de la Torche lisant des lettres d'amour.
Elle cherchait à deviner quel était ce mystérieux personnage que son oncle et Misienflûte avaient désigné sous lenomdeJeannot, qui s'était appelé lui-même -Marcel, et de la noblesse duquel le procureur du roi et Comté, l'agent de police habile, osaient à peine douter.
— Est-il gentil, pensa-t-elle, avec sa noire chevelure, son air doux et lier! il est presque aussi bien que Pierre!... Il fait la cour à deux femmes, dont l'une est noble et riche. Pour l'autre, il a ordonné la mort d'un rival!... Je voudrais bien savoir quelles sont les intentions de cet homme? Que venait-il faire dans ce souterrain? Est-ce qu'il forait partie, lui aussi, des Incendiaires? Mais oui, mon oncle et Mi-^tenHûte l'ont dit...
Toutes ces pensées se Injuriaient confuses dans la tête de Miette, qui, après tout, malgré sa précocité, n'était encore qu'une enfant.
LA i!i:i.i.K Mil r ri:
- l-.iiliii iiif NOM I liiciiliit aiincf, iiiiii iiiiir.i-i-ollc. Lo jour ot la...
Li jiMiiu' lillo lil (jik>l(|ties pas. FJIe se Iroiivuil devanl uiift nia,i,'nili(iiii' il(>iiuMire liàlie à l'exlréiuilt' ilii villa.u'c tic Saiiil-L'"U|i, <'l dont lo> poilcs cl !»îs fciuMivs riaient onlit'rcinoiil closes.
— IVrsoime ne iloil tMiv levé, liit-elle. Pitiiiieiioiis-noiis en allriidani. La lilleile se tliri^'oa vers un liosijiiel voisin. La ralignc raccalilail. Ivie,
s'assit et resta un instant i»en-ivo. l'n moment après, ollo sentit »iiie ses ii;nipières s'appesantissaient. Le sdinineil la t^ai^nant in^ensiliiemen!. elle s'élemlil sur riierlie.
i -olell se le\ail, les oiseaux comnienraienl leur hymne ù la création, les Heurs - épanouissaient, la nal:ire s'éveillait av(>c luulc la splomleur qu'elle ilcploie ilan-^ un l»eau jour, quand Miette s'enilormit.
Mil
Di A Ni: Dt: M liiuco i ht
Tandis que la nièce de ( .limiri ^r IimmiI au repus, les iiurtes du eliàfrau s'étaient ouvertes.
Il était près de cinq lieLire^^ du malm et le soleil dorait enlièn'nienl la façade, lorsqu'une jeune lille de vingt ans à peine apparut.
Deux lévriers, qui bondissaient depuis un moment sur la terrasse où était construite l'iiabitation, s'élancèrent aussitôt vers elle.
— Tout beau, James I tout beau, Léandre !
Un valet, qui attendait à l'autre bout de la terrasse, s'avança respectueusement.
— Mademoiselle veut-elle chasser ce matin ?
— Non, Léon. Vous voyez bien que je n'ai pas revêtu mon amazone.
— Faut-il alors faire rentrer James et Léandre au chenil?
— Oui.
Le valet appela les chiens, qui obéirent tous les deux la lé le basse. Tandis qu'il les attachait, la jeune fille les flattait doucement, mais cela n'empêchait pas leurs yeux de se remplir de grosses larmes.
— Emmenez ces bons animaux, Léon, et soignez-les bien. Le domestique allait s'éloigner.
— A propos, comment va ce meunier qui s'est blessé l'autre jour et que je suis allée voir?
— Mieux, mademoiselle.
— Lorsque vous aurez un moment, vous vous rendrez chez lui et vous