I.a voix de Harlie se fit entendre tMicoie
— Vous ne ri'iioniicz pas? Me voiri.
lia porte soiivril et Harbe entra.
Il ne lit pas allention au trouble de sa feinnic La Miellé avait remis pr(^cipilaniniiMit la nianiiite sur le feu.
— li y a l(tn:^i(Mips que la table est mise. OiTavez-vous, vous scinblez pétri lires?
La saire-femme ne perdit rien de sa présence d'esprit. -- ('k'-mentine et moi, nous nous sentons indisposées. Le bonhomme parut alarmé.
— .\h! Et de quoi souiïrcz-vous?
— Un léger malaise !
— Toutes les deux... C'est étrange!
— En eiïet... nous n'avons pas faim du tout.
— Je ne suis pas comme vous, moi... Vous avez dû commettre quelque imprudence, vous avez dû boire de l'eau du puits, elle est saumàlre...
— Précisément...
— Ce n'est rien, en ce cas. Ne vous dérangez pas, je vais moi-même tremper la soupe.
La femme Barbe et sa mère se regardèrent. Sur le visage de la dernière, il y avait quelque chose de moqueur. Barbe vida le contenu de la marmite dans la soupière, qu'il emporta ensuite dans l'appartement voisin.
Clémentine se leva ; la Miette lui fit un signe impérieux.
— Reste là !
— Non, pas aujourd'hui, pas aujourd'hui!
— Quelle sotte 1...
— Le malheureux !
Barbe reparut.
— Vous viendrez au moins me tenir compagnie.
— Certainement, dit la belle-mèreavec empressement. Toi, prends garde, fit-elle tout bas à Clémentine.
— Grâce !
— Ne veux-tu pas être libre?
Barbe s'était assis et avait porté une cuillerée à la bouche. Sa femme eut un tressaillement.
— C'est étrange, dit le balayeur, quel mauvais goût a celte soupe 1
— Vous trouvez? dit la Miette. C'est cependant Clémentine qui l'a faite...
— Alors je dois me tromper!
Il avala plusieurs cuilleréL's de soupe.
— Non, je ne fais pas erreur.
La fille de la Miette frissonna. Elle eût voulu être à cent pieds sous terre pour ne pas assister à cette scène.
Barlte continua à manger avec répugnance.
— Non, ce n'est pas une illusion. On dirait du phosphore. Clémentine ne disait rien.
Soudain Barbe, qui était pâle depuis un instant, eut une nausée. Son estomac ne pouvant supporter le poison à cause de sa violence même, il se mit à vomir.
Clémentine ne put plus y tenir. Elle poussa un cri :
— Ciel, il est mort!
Elle s'enleva le fichu que le bonhomme lui avait donné, le jeta loin d'elle et sortit de l'appartement.
Barbe, ne comprenant rien, ouvrait des yeux effarés.
La Miette, sans perdre son sang-froid, haussa les épaules, alla fermer la porte que sa fille avait laissée ouverte et, revenant vers Barbe, lui dit tranquillement :
— Votre femme devient folle. Ce n'est qu'une indisposition!... Barbe s'assit de nouveau.
Il recommença à vomir.
— Oh! j'étais bien sûr qu'il y avait quelque chose dans cette soupe!
— La viande peut-être...
— Oui, elle était sans doute de mauvaise qualité.
— Vous devriez vous coucher, mon gendre.
— Ma foi, je ne dis pas non. Où est Clémentine?
— La frayeur, le chagrin de vous voir dans cet état, lui ont fait perdre la této. Je ne sais où elle est allée se réfugier.
— Pauvre femme !
— Comment vous trouvez-vous?
• — Beaucoup mieux.
— Voulez-vous de la tisane?
— Un verre d'eau me suffira... Misé Miette, avez-vous mis de côté la soupe avec laquelle j'ai failli être empoisonné?
— Non, au contraire, je l'ai jetée ainsi que ce qui restait dans la maimito.
— Vous avez eu tort. Il aurait mieux valu garder tout cela et le porter au commissaire de police du quartier.
La sage-femme frémit.
372 LA liiiLLl. MlliiTU:
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