‹ La belle MietteChapitre 51 sur 200 · I.c l'.ilaytMir se leva · texte numérisé non relu

I.c l'.ilaytMir se leva

— Je u'ea puis plus. Il nie seiiiltle que je vais tomber

La Miette fut oMii:(''e de le souleiiir pour raocoiiipai;ner jiis()iic dans sa ciiaiiijire.

— 11 faudra prévenir M. i'iiispectcar que, cette après-midi, je suis incapaltle de Irav.iil'er.

— Soyez tranquille!

— C'est éj:al, vous avez eu une fameuse cliancc de ne pas avoir appétit aujOurd"h:;i.

Une fois Darbe au lit. la mère de Clémentine respira.

— Où est-elle, cette folle?

Elle ouvrit la porte et se trouva face à fa^^e avec sa lillc to;il en larmes et M. Jacqiiinet qui la pressait de questions.

— Vous, monsieur Jacquinct!

— Oui, moi, qii interroge vainement misé Darbe sur son cliagrin et qui ne peux en obtenir de réponse.

Miette sembla e nbarrassée.

• — Vous vous informez de ce qu'a Clémentine?...

— Y a-t-il indisc:éiion?

— Nullement I

Le petit vieux avait enlevé ses lunettes et, s'appuyant sur sa canne, fixait son regard perçant sur les deux femmes.

La Miette eut comme un soupçon. Elle se sentait mal à Taise en présence de son locataire.

— La cause osl bien simple, dit-elle, on ne peut pas toujours être d'accord.

— Ah! dit vivement M. Jacquinet, misé Barbe a eu une querelle avec son mari, et ceiui-ci Ta menacée, frappée peut-être?

— • Non, certes, répondit la sage-femme, Carbc est le meilleur des hommes. 11 ne se permettrait jamais...

Le vieillard fut désappointé.

— Elle est adroite, cette femme-là! murmura-t-il. La Miette s'était rapprochée de Clémentine.

— Reprends ton cojrage un peu vite! fit-elle à voix bisse.

Elle avait dit ces paroles de telle minière que M. Jacqiiinet, maigre sa vigilance, ne s'était apei eu de rien.

Quand celui-ci regarda, elle avait le visage presque souriant.

— Barbe, poursuivit-elle, ne contrarie jamais sa femme, et, puisque vous voulez tout savoir, sachez qu'il n'y a que moi qui suis parfois en discussion avec

LA Bl-LLK MIKTTE 373

elle. Vous êtes venu au milieu d'un k^ger désaccord... Mais qu'y a-t-il pour votre service?

— C'est vrai, pourquoi suis-jo monté ici? M. Jacquinet paiaissait chercher.

— Je me rappelle que c'était pour vous demander un service,..

— Voulez-vous vous donner la peine d'entrer?

— C'est une idée. Comme ça j'aurai le temps de trouver... Miette se mordit les lèvres et se repentit de sa proposition étourdie. Elle venait de se souvenir que les vomissements de Barbe étaient encore

au milieu de l'appartement.

— Non. Nous avons trop de désordre... Dans un moment, j'irai savoir ce que vous désirez.

— C'est ça...

Le vieillard, désappointé, se mit à descendre.

— La rusée commère! la rusée commère! murmurait-:!.

Pendant ce temps, la sage-femme entraînait Clémentine, encore épouvantée, dans l'appartement.

— Qu'est-ce que cela signifie? Tu veux te compromettre et me compromettre avec toi. Je te croyais plus forte. En vérité, j'ai eu beaucoup de peine à empêcher ton mari d'avoir des soupçons !

— 11 est mort?

— 11 se porte comme un charme. Le phosphore n'a fait que le purger un peu.

— Je n'oserai plus paraître devant lui.

— Tu auras tort.

— Il va deviner...

— Il ne comprendra rien... Ah! Clémentine, tu as fait assez de bêtises comme ça! Il faut commencer à les réparer par un peu d'assurance. Tiens, entends, c'est ton mari qui appelle.

C'était, en effet, Barbe qui désirait voir sa femme. La fille de la Miette essuya précipitamment ses larmes. Un instant après, elle se trouvait toute tremblante auprès du pauvre homme qui l'aimait tant.

— Qu'avais-tu? dit celui-ci en lui prenant la main. Ça t'a donc fait beaucoup d'impiession de me voir indisposé?

— En effet.

— Ce n'était rien cependant. Je me sens maintenant à peu près guéri. J'ai envie de me lever.

— Il faut rester couché, dit la Miette.

— 11 vaudrait mieux, je crois...

374 LA bi:i.i.i: MiLirt:

- Ni'US vous laissons liMii(iiiillt\ IM'i'iu'/. uiic liciirc ou tlciix de repos, r.i A ou» iVia (lu l»ion.

Nous avez iniil-i'lrc l'aixui.

(".léniciiline cl .^a uicrc sorliroiil do 1 1 cliaml)ri'.

— . Tu vois, mal,mù la faiblesse, il ne se doute de rien. Je n'en reviens pas... Pourtiuoi donc as-lu perdu ainsi coura;4e? I.i femme Barbe paraissait confuse.

— - Que veux-tu? je n'ôlais pas disposée, pais le bonlioninie venait de me faire im cadeau... 11 m'avait louidiî'e.

— Tout est à refaire.

— De ijrûce, ne me parle pas de ça aujourd'bui.

M. Jacquinel n'allendit pas qae h .sjigo-femme descendu cbez lui pour demander des explications.

Il quilta promplement sa dumb^c e:i tVisanl :

— Malgré la ^jeine que yi p-ends, je ne suis arrivé à aucun résultat, je n'ai aucune preuve. Il y a bien deux individus arrêtés; mais, c'est égal, si ça continue, je serai obligé de les relàcber.

Le petit vieux se sentait découragé. 11 se dirigea vers la rue où se trouvait le cabinet de M. Comté, le chef de la sûreté.

A peine fut-il entré dans la maison que Pomponne lui remit une lettre.

Sans prendre la peine de voir que l'adresse ne portait nullement le nom de M. Jacquinet, le bonhomme décacheta la missive. Il lut sans le secours de ses lunettes ces deux lignes :

« La (ille Paula demeure rue Gaisserie. Elle est gravement malade. »

— Ah ! ah ! voilà l'explication. Je savais bien qu'il devait y avoir un empécnement quelconque... Ma foi ! demain, je n'irai pas au chemin de Saint-Pierre, où j'ai perdu mon temps aujourd'hui...

LE COMREMAITRE

Le malin du jour qui suivit la tentative d'empoisonnement du bonhomme Carbe, Paula alla mieux.

Elle avait repris ses sens et, si la fièvre ne l'avait pas quittée entièrement, le délire Tavail abandonnée.

M""' Marguerite s'approcha de son lit, un bol de tisane à la main.

— Buvez, mon enfant, le médecin a dit qu'en suivant le traitement qu'il a ordonné vous ne pouviez manquer d'être bientôt guérie.

— • Que (le rcnierciomoiUs, ma bonne dame, pour tous les soins que vous avez bien voulu me prodijruer! Que pourrai-je faire pour vous en retour?

— Vous rétablir...

— Votre conduite à mon égard est réellement admirable. Vous ne me connaissiez pas, et ce que vous saviez de moi, bêlas! n'était pas pour \n;i< inspirer de l'intérêt.

— Ne dites pas cela!

— C'est cependant la vérité. Il y a peu de personnes comme vous.

— 11 en est une à qui vous devez plus... Paula ne put s'empêcber de rougir.

— Oui, c'est vrai... Ce monsieur...

— M. Félix, le contremaître. Il a veillé à votre chevet...

— Je n'aurai jamais assez de reconnaissance. Oh! je serais bien heureuse d'avoir trouvé des amis tels que vous, si...

La pauvre fille pensait à son enfant.

M°° Marguerite comprit.

— Que l'espoir ne vous abandonne pas!

— S'il m'abandonnait, la vie me serait insupportable. Il y eut un moment de silence.

La charitable voisine s'aperçut que la courtisane pleurait.

— Ne vous chagrinez pa-, dit-elle, songez à vous rétablir bientôt. Il ne faut pas se faire de mauvais sang...

L'excellente M"" Marguerite quitta un instant l'appartement; quand elle revint, la malade était plus calme.

— Me permettez- vous de vous faire une question, madame?

— Parlez, mon enfant !

— Avez-vous une l'amille?

— H ne me reste plus qu'un fils qui est officier et qui est actuellement en Afrique.

-- Ah!

— Si vous voyez quel beau garçon il y a hà! J'espère qu'il viendra bientôt

— Permettez-moi d'être indiscrète. Il vous fait sans doute une pension?

— Certainement.

— Il m'a semblé cependant avoir entendu dire qu'un magasin vous fournissait de l'ouvrage.

— Il est vrai, mais c'est pour mon agrément. Je n'ai rien à faire et, plutôt que de perdre mon temps j'^i pi'éfère l'employer uliiemcnt. Je fais quelques économies que mon gar.'on sera bien aise de trouver chez moi après ma muri et qui adouciront la peine qu'il ressentira.

376 L\ lU'.l.l.K MIKTIK

— No parlez pas ainsi !

— Oli! je sais oo qnc c'est. Ou aime beaucoup ses pai'cuts, on les adnro; mais, tinaml ils vous laisstnit tiuc pelile soniuic à laipit;lle on ne s'altonduil pas, cela fail toujours quelque plaisir.

— Le mac:asin qui vous donne de l'ouvrage est-il loin d'ici?

— Non, mon enfant.

— Prend-il beaucoup d'ouvrières?

— Mais oui, assez...

— Croyez-vous que le propriétaire me coDfiiTail du travail, à moi aussi?

— Comment? Que veut dire ceci?

— Oui, madame Marguerite, l'existence que je mène m'est insupporlaitle, et j'ai résolu d'en sortir à tout prix. Rien ne me coûtera, ni les plus durs labeurs, ni les plus pénibles privations !

— Je vous estime, Paula.

— Merci, merci !

— J'aime à vous entendre parler ainsi.

— Je n'aurais jamais dû parler autrement. M"' Marguerite avait des larmes aux yeux.

— Laissez-moi vous embrasser!

— Oh! que vous êtes bonne, madame!

A midi, Paula s'était assoupie.

Félix entra en marchant sur la pointe des pieds.

— Gomment va-t-elle?

— Beaucoup mieux.

Le jeune homme eut l'air enchanté.

— Fort bien!

— ■ Pauvre créature, si vous saviez ce qu'elle m'a dit!

— En vérité !

— Elle m'a fait part de sa reconnaissance pour nous et m'a demandé quel est le magasin qui me fournit du travail. Elle a l'intention, une fois rétablie, de vivre honnêtement.

— Ce repentir lui fait honneur.

— ' N'est-ce pas?

Félix prit place près du lit de la malade. M"" Marguerite s'était éloignée quand Paula s'éveilla.

La courtisane sembla embarrassée en se voyant seule avec le jeune homme.

— Vous sentez-vous mieux? demanda celui-ci.

— Oui, monsieur.

LA RELLE MIETTIi!

Patadais était sur la porte du magasin. (P. 319.)

— Le médecin dit que la giiérison avance. Il faut avoir l'esprit tranquille.

— Je le voudrais...

— Quel motif vous en empêche donc?

— Hélas!

Le contremaître se rappela le clia-rin que la mallieurcnsc (ille éprouvait quand elle pensait à son enfant.

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