‹ La belle moissonneuse (volume 3)Chapitre 8 sur 8 · THÉSÉE · texte numérisé non relu

THÉSÉE

Autigone est parfaite. Ismène est admirable : Dircé , si vous voulez , n'a rien de comparable ; Elles sont l'une et l'autre un chef-d'œuvre des cieux ;

Mais

Ce n'est pas offenser deux si charmantes sœurs Que voir en leur aînée aussi quelques douceurs.

^11 faut avouer que les discours de Guillot-Gorju et de

aharin ne sont guère différens.

^ 5Î, jjdaut l'onibre de Laius demande un prince ou une

' ^? de son sang pour victime : Dircé, seul reste du jî de ce roi , est prête à s'immoler su rie toii.l)eau de son re ; Thésée qui veut mourir pour elle , lui fait accroire

l'il est son frère , et ne laisse pas de lui parler d'amour,

laigré la nouvelle parenté :

J'ai mêmes yeux encore , et vous mêmes appas

Mou cœur n'écoute point ce que le sang vent dire ;

ist l'amour qu'il gémit, c'est d'amour qu'il soupire;

c ; pour pouvoir sans crime en goûter la douceur , Il se révolte exprés eontçe le nom de sœur.

pendant, qui le croirait? Thésée, dans cette même

e, se lasse de son stratagème. Il ne peut pas soutenir

long-temps le personnage de frère; ef , sans attendre

fcèrede Dircé soit counu , il lui avoue toute la feinte,

met par là dans le péiil dont il voulait la tirer, en

tisanl P')urt^mt que

, . I^ amour, pour défendre une si chère vir r^nt f.iire vanité d un peutle tromperie.

:u lorsque Œdq)e rec unait qu il est ie meun ' '^ Thésée , au lieu de plai^'^-'/e ce malfièureux i Af

propose un duel pour le lende'^MÎn , et il épouse Dii t V^ fin de la pièce. Ainsi la passion ..3 Thésée fait tout le ' v de la tragédie, et les malheurs d'Œdipe n'en sont que pisode.

Dircé, personnage plus défectueux que Thésée, pa tout son temps à dire des injures à Œdipe et à sa nièr< elle dit à Jocaste, sans détour, qu'elle est indigne vivre : .

Votre second hymen pu: ivoir d'autres causes :

Mais j'oserai vous dire , à bien juger des choses .

Que, pour avoir reçu la vie en votre flanc.

J'y dois avoir sucé fort peu de votre sang.

Celui du graud I^aïus , dont je m'y suis formée ,

Trouve bien qu'il est doux d'aimer et d'être aimée ;

Mais il ne trouve pas qu'on soit digne du jour, ]

Quand aux soins de sa gloire on préfère l'amour.

11 est étonnant que Corneille, qui a senti ce défaut, ne l'ait connu que pour l'excuser. » Ceuinnquede respect, dit- » il , de Dircé envers sa mère ne [.eut être une faute de » Ibéâ.re, p'uisque nous ne sommes pas obligés de rendre > parfaits ceux que nous y fesons voir. » Non, sans doute, on n'est pas obligé de faire des gens de bien de tous ses pei*> souuages; mais les bienséances exigent du moins qu'une princesse qui a assez de vertu pour vouloir sauver son peu- I)le aux dépens de sa vie , en ait assez pour ne point dire des injures atroces à sa mère.

Pour Jocaste , dont le rôle devrait être intéressant, puisqu'elle partage tous les malheurs d'Œdipe, elle n'eu est pas même le témoin ; elli" ne paraît poiut au cipquièiue acte, lorsque Œdipe apprend qu'il est spn fils : en un mot, c'est un personnage absolument inutile , qui ne sert qu'à raisonner avec Thésée , et à excuser les insolences de sa fille , qui agit , dit-elle , j

En amante à bon titre , en princesse avisée.

Finissons par examiner le rôle d'Œdipe, et avec lui la conte Jture du poème.

Il commence par vouloir marier une de ses filles avant que de s'attendrir surlès malheurs desThébains, bien plus condamnable en cela que Thésée, qui, n'étant point, comme lui , chargé du salut de tout ce peuple , peut sans crime écouter sa passion.

Cependant, comme il fallait bien dire, au premier acte , quelque chose du sujet de la pièce, on eu touche un mot^ dans la cinquième scène. Œdipe soupçonne quelesdieus sont irrités contre lesThébains, parce que JqrasîeaTaitautrefois fait exposer son fils , et trompé parla iesoraeles des dieux qui prédisaient que ce fils tuerait son père, et épou < serait sa mère.

Il me semble qu'il doit croire plutôt que les dieux sont satisfaits que .Tocaste ait étouffé un monstre au berceau; et vraisemblablement ils n'ont prédit les crimes de ce fils qu'ïifin qu'on l'empêchât de les commettre.

Jocaste soupçonne, avec aussi peu de fondement, que les dieux punissent les Thébains de n'avoir pas vengé la mort de Laius. Elle prétend qu'on n'a jamais pu venger cette mort : comm nt donc peut-elle croire que les dieux la punissent de n'avoir pas ait l'Impossible?

Avec moins de fondement encore Œdipe répond ;

roumons-nous en punir des brigands inconnus , Que peut-être jamais en ces lieux on n'a vus? Si vous m'avez dit vrai , peut-être ai-je iiioi-mèmc Sur trois de ces brigands vengé le dbdênie

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