‹ La belle moissonneuse (volume 3)Chapitre 7 sur 8 · CONTENANT LA CRITIQUE DE L'OEDIPE DE CORNEILLE · texte numérisé non relu

CONTENANT LA CRITIQUE DE L'OEDIPE DE CORNEILLE

Monsieur, après vous avoir fait part de mes sentimei sur VOEdipe de Sophocle , je vous dirai ce que je pense de celui de Corneille. Je respecte beaucoup plus , sans doute .' ce tragique français que le grec ; mais je respecte encor* plus la vérité, à qui je dois les premiers égards. Je crois même que quiconque ne sait pas connaître les fautes des grands hommes est incapable de sentir le prix de leurs pet fcclions. J'ose donc critiquerl'QEdJpe de Corneille, el ferai avec d'autant -plus de liberté , que je ne crains ^ vous me sou[)çonniez de jalousie , ni que vous me repi chicz c!e vouloir m'égaler à lui. C'est en l'admirant que hasarde ma censure; et je crois avoir une estime plus vé rilable pour ce fameux poète, que ceux qui jugent de l'OEdipe parle nom de l'auteur, et non par l'ouvrage même, et qui eussent méprisé dans tout autre ce qu'ils admirent dans l'auteur de Cin7io.

Corneille sentit bien que la simplicité ou ptutôt la rosse de la tragédie de Sophocle ne pouvait fournir l'étendue qu'exigent nos pièces de théâtre. On setr fort lorsqu'on pense que tous ces sujeis , traités autr' avec succès par Sophocle et par Euripide, l'OEdipe Philortète , V Electre , VIphigènie en Tauride, sont des jets heureux et aisés à manier ; ce sont les plus ingraus les plus impraticables, ce sont des sujets d'une on de dl scènes toal au plus, et nonpasd'un tragédie. Je saisqi ne peut guère voir sur le théâtre des événements plu.' freux ni plus allendrissanls; et c'est ci'la môme qui roi

LK

>}':l)ipe.

■cilc. 11 fauljoiudre à ces é\eifO'

préparent : si ces p ssions sont tn •]

le sujet; si elles sont trop faibles, ti.is i.^:i-

it que Corneille marchât entre ces deux ex-

'il suppléât, par la fécondité de son génie,

y,' -atière. 11 choisit doue l'épisode de Thé-

y quoique cet épisode ait été uni\ ;:i'sel-

"^ (quoique Corneille eût pris dès Wng-

' >bitude d'avouer ses fautes, il ne re-

ceiie-ci;''et parce que cet épisode était tout

.u iuveulion , il s'eu applaudit dans sa préface:

,iffi('ilc aux plus grands hommes, et même aux

es, de se sauver des illusions de Tamour-

r ouer que Thésée joue un étrange rôle pour un inilii u des maux les plus horribles dont nu peu- .'^'- accablé, il débute par dire que,

ae ravage affreux qu'étale ici la peste, . '.fbsence aux vrais amants est encor plus funeste.

, ,/ ii laut , dans la troisième scène , à Œdipe :

Je vous aurais fait voir un beau feu dans mon sein ,

Et t.icbé d'obtenir cet aveu favorable

Qui pi-'ul faire un heureux d'un amant misérable.

U est tout vrai, j'aime en votre pslais:

) Chez vous est la beauté qui fait tous mes souhaits.

Vous l'aimez à l'égal d'Antigone et d'ismènc ;

Elle tient même rang chez vous et chez la reine ;

En un mot , c'est leur sœur, la princesse Dircé , I Dont les yeux...

Œdipe répond :

Quoi ! ses yeux , prince , vous ont blessé? I Je suis fàcbé pour vous que la reine sa mère '' Ait su vous prévenir pour un fils de son frère. Ma parole est donnée , et je n'y puis plus rien : Mais je crois qu'après tout ses sœurs la valent bien.

Page 1