SCENE VI
Les Précédents, GASTON.
PAULE, à Claude.
Voyez !
GASTON Madame!
[Jeu de scène muet. Il aperçoit Claude qu'il connaît, et s'arrête court avec un geste significatif.)
CLAUDE
Ah bah ! je rêve? Non, c'est lui!
(A part , avec un geste indiquant une chute, en regardant Paule.)
Elle aussi! Mais à qui se fier aujourd'hui?
PAULE, les regardant Vun après Vautre.
Eh bien! qu'avez-vous donc tous deux? Oh! je devine.
Est-ce que par hasard? C'est charmant J'imagine
Qu'en allant voir Isaure Ah ! je le lui dirai !
GASTON, à part.
Je suis perdu.
(A Claude.)
Monsieur, je vous expliquerai
CLAUDE, à Gaston.
Ah ça ! vous me prenez pour un nigaud, je pense.
{Paternellement.) Vous êtes, mes enfants, tous deux d'une imprudence.
PAULE
Hein?
CLAUDE
Mais, heureusement, malgré mes cheveux gris, Je suis toujours resté l'ennemi des maris.
PAULE
Que dit-il là?
CLAUDE
Pourtant, il faut que je vous blâme :
C'est trop vous hasarder; cachez-vous mieux, madame. On ne le verrait pas : c'est vous qui le montrez.
PAULE
Qui donc? Êtes-vous fou?
CLAUDE
Vrai, vous me fâcherez.
Pourquoi vous défier?.... Il n'est plus temps, en somme; D'ailleurs, j'étais déjà l'ami de ce jeune homme.
PAULE
Un jeune homme!
CLAUDE, ironique.
Bien dit!
PAULE, allant furieuse à Gaston.
Que c'est lâche !
CLAUDE
Comment!
C'est sérieux ?
PAULE
Son nom?
CLAUDE
Ah! mauvais garnement 1 C'est Isaurequi va trouver l'histoire bonne ! Quel gaillard, pour son âge ! Eh mais, Dieu me pardonne,
Ne me disait-on pas encore l'autre jour
Oui qu'il s'était noyé par désespoir d'amour.
PAULE
Voyons, son nom!
CLAUDE, à part.
Ma foi, qu'il le dise lui-même.
{A Pauîe.) Vous me causez, madame, un embarras extrême.
GASTON, s' avançant.
Gaston de Ligniville.
PAULE
Ah bah! C'est un faux nom,
C'est celui d'un cousin d'Isaure.
CLAUDE
Mon Dieu, non.
Il vous dit vrai, madame.
PAULE
Isaure est sa complice!
(A Gaston.) Parlez donc! vous voyez que je suis au supplice.
GASTON
Madame, je me sens bien coupable envers vous : Je devrais implorer mon pardon à genoux, Car il n'est pas d'excuse à ma supercherie.
PAULE
Mais a-t-on jamais vu pareille effronterie?
GASTON
Je voulais jusqu'à vous pénétrer à tout prix. Un seul moyen s'offrait, madame, je l'ai pris, N'ignorant pas, d'ailleurs, que j'expierais mon crime Tôt ou tard : m'y voilà tout prêt.
PAULE, ironique.
Pauvre victime !
Gomme sur votre sort je dois m'apitoyer! On ne court pas grand risque à vous laisser noyer. Vous savez revenir sur l'eau ; c'est un mérite Dont vous permettrez bien que je vous félicite,
GASTON
Ah! vous me punissez par trop cruellement :
Vous pouvez, il est vrai, m'accabler justement Et de votre dédain et de votre colère; Mais cette raillerie, hélas ! est trop amère, Et vous verrez dans peu si je la méritais.
PAULE
Vous vous tuerez encore. ... Allons, je m'en doutais.
GASTON
Vous êtes maintenant injuste, je le jure.
Mais je puis et je veux tout souffrir sans murmure.
Au surplus, mes discours ne serviraient de rien;
Mon sort est désormais fixé, je le sens bien,
Puisque vous vous montrez de la sorte offensée
Cependant, je ne puis supporter la pensée
De vous laisser de moi ce mauvais souvenir.
Je serai, je l'espère, absous dans l'avenir,
Si vous daignez jamais interroger Isaure.
PAULE, toujours ironique.
Au revoir, cher monsieur I