‹ La belle PauleChapitre 7 sur 16 · PAULE, CLAUDE · texte numérisé non relu

PAULE, CLAUDE

CLAUDE

Madame, vous avez un bien mauvais sourire ; Et, si j'étais prudent, je fuirais loin d'ici.

PAULE

Mais non, je veux avoir la clef de tout ceci :

Qui donc a machiné cette affreuse malice ?

Quel rôle y jouez-vous, auteur, acteur, complice ?

CLAUDE

J'ai minuté l'arrêt moi-même, voilà tout.

PAULE

Vilain !

CLAUDE

A-t-il du moins été de votre goût ?

PAULE

Fi ! vous égratignez avec une caresse.

Je vous en veux à mort !

CLAUDE

A mort ! quelle tigresse !

(// lui prend la main.) Ces ongles roses-là m'inspirent une peur!...

PAULE

Asseyez-vous... pas là, plus loin, méchant moqueur!... Et si je résistais, voyons ?

CLAUDE

Peu nous importe !

Nous appelons alors, pour nous prêter main forte, Tous nos jeunes seigneurs en guise de recors. Nous leur donnons le droit d'appréhender au corps...

PAULE, vivement.

Hein ?...

CLAUDE

Votre mari seul, rassurez-vous, Madame; On le séquestrera jusqu'au jour où sa femme Voudra bien se soumettre à l'arrêt et sortir. Si vous laissez longtemps mons Beynaguet pâtir, On pourra sans effort lui mettre dans l'idée Que, s'il est bien tenu, sa femme est mal gardée. Aussi cédera-t-il avant qu'il soit longtemps.

PAULE

Quel âge avez-vous donc, monsieur Claude ? Vingt ans ?

CLAUDE

Au demi-siècle près, mon Dieu, c'est bien mon âge.

PAULE

Et dire qu'on vous doit le respect... quel dommage ! Moi qui voudrais vous battre !...

CLAUDE

Eh bien ! vous avez tort !

J'ai l'air fou, je suis sage. . Hélas ! quel triste sort Que celui des vieillards ennuyeux et moroses ! Pour moi, j'aime toujours les femmes et les roses, Le feu clair, le vin gai, le rire et les chansons, Et faire le hibou dans l'arbre des pinsons N'est pas encor, madame, un rôle qui me plaise. Qu'arrive-t-ii aussi ? Qu'on me laisse à mon aise Réchauffer ma vieillesse au feu des jeunes coeurs. Qu'importent, dites-moi, vos sourires moqueurs , Et vos regards malins, et vos taquineries, Ripostes de rigueur à mes galanteries ? Que pour tout mon bonheur je paye un prix léger, Est-ce trop ?... Et pourtant, si je puis me venger, Je le fais... Aujourd'hui, c'est mon jour de vengeance.

PAULE

Ainsi vous convenez de votre impertinence : Ce n'est pas malheureux !

CLAUDE

Ai-je au moins mon pardon ?

PAULE

Soit, vous l'avez.

CLAUDE

Sans plus ?

PAULE

Et que vous faut-il donc ?

CLAUDE, lui baisant la main.

Encore quelque chose.

PAULE

Eh quoi ! toujours le même i

CLAUDE

Voudrais-je donc changer tandis que je vous aime ?

PAULE

Allons! bon! vous aussi vous me ferez damner?

Enfin plus qu'à tout autre on peut vous pardonner,

Car, galant par nature avec toutes les dames,

Vous me faites la cour comme à tant d'autres femmes.

CLAUDE

Non; vous êtes pour moi la Reine des Beautés, Mais je conviens que j'aime un peu de tous côtés. Je suis sans préjugés : duchesses et bourgeoises, Fillettes de la ville ou fraîches villageoises, Yeux d'azur ou de jais, cheveux d'ébène ou d'or, Je sais tout admirer; mes yeux sont bons encor,

(La regardant amoureusement.) Et je m'en sers toujours.

PAULE

Je m'en aperçois.

CLAUDE

Dame!

PAULE

Vous êtes connaisseur, j'imagine.

CLAUDE

Madame, J'ai bien quelque pratique

PAULE

... acquise un peu partout.

Eh bien! vous me direz si je n'ai pas bon goût Aussi : vous allez voir ma nouvelle suivante.

(Elle sonne.) Ne vous enflammez pas, au moins; elle est charmante. (Gaston entre , toujours costumé en femme.)

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