ACTE I, SCÈNE IV. . ■ i
• . DARCY.- ,
Si nos soins, en effet, peuvent vous rendre heureuse, Votre félicité ne sera pas douteuse. '
MADAME DORFEüiL.
Mon gendre , je le sais , je connais votre cœur.
Votre femme est bonne , oui ; mais vous êtes meilleur. Combien de vous quiuer je fus contrariée, .
Quand mon Elise était à peine mariée ! '
L’heureùse guérison de mon pauvre cousiu, ' ■
A mou séjour là-bas a promptement mis Gn :
Mais j’ai souffert assez de cette courte absence ;
Tout dans cette maison lassait ma patience. ■
D’un vieux garçon l’on sait quel est l’intérieur,
Eit je ne pouvais rien réformer, par malheur.
D’une vieille servante accusant la parésse, ‘
Au logis , plus que moi, je la trouvais maîtresse ,
Et les autfes valets, tous soumis à sa loi.
Sur un ton insolent le prenaient avec moi. ‘
Mon cousin , fatigué de ce désordre extrême , '
Voyant qu’il n’y pouvait remédier lui-même ,
Me proposa vingt fois de m’unir à son sort ,
Et cet hymen vraiment me convenait très-fort.
Oui, sans vous, mes enfans , j’aurais , par mon adresse, Réparé tout le mal que causait sa faiblesse 5 11 m’eût laissé tout faire 5 et moi , j’aurais voulu Prendre dans sa maison un empire absolu ,
Et pour rétablir l’ordre agissant d’autre sorte^
J’aurais mis, en entrant, tous ses gens à la porte.
^ GERARD à part.
Ceci promet. -,
i4 LA BELLE-MERE ET LE GENDRE.
DUaiEMIN à part.
, Le ton dont je l’entends parler '• /
.Me rappelle ma femme aimant à quereller.
■ • madame DORFEÜJL.
Aussi de revenir combien je fus contente ! ' .
GERARD
Un ami de Darcy , Madame , vous présente '
De son profond respect l’hommage mérité.
, MADAME DORFEÜIL. - ' - ,
Je suis de vous revoir charmée , en vérité ,
Monsieur Gérard ; car c’est ainsi que l’on vous nomme ,• Je m’en souviens. \ -,
A part. )
L’ami’ paraît asscz bonhomme.
DÜCHEMIN à part.
Il faut que je lui fasse un compliment arussi:
(Haut.) ' ■ .
Enchanté de vous voir. . / -
MADAME DORFEÜIL.
. , ' Ah ! l’oncle de Darcy?
(A Darcy.) . . ' .
Il demeure chez vous ? ^ .
L ■ , DARCY
. ■ . ■ Oui. . .
MADAME DORFEÜIL. • -. '
Je m’en félicite.
( A part. ) .. J
Je n’aime pas cet oncle : il a l’air hypocrite. '
, ACTE I, SCÈNE V. . i5
(Haut.)' • , • ,
Ainsi nous sommes tous réunis en ce'jour , •
Mes bons amis. . . . '
GERARD
Voici madame Méricour. , ^ . •
' ^ ■/’ ' SCÈNE V
Les précédens, MADAME MERICOUR.
( Di)cherain s'assied après avoir salué madame Méricour , et lit ' un journal. ) -, ,
MADAME MERICODR à madame Dorfeuil.
A, votre prompt retour j’étais loin de m’attendre, Madame , et dans l’instant on vient de me l’apprendre.
Il doit rendre , je crois , vos enfans bien joyeux :
Car on vous désirait ardemment en ces lieux. ,
MADAME DORFEDIL.
Madame, je le sais, et n’en suis pas surprise.
MADAMF MERICOUR. ,
Pour moi , j’en suis ravie , et de ma chère Elise Je partage pour vous la juste affection :
Notre tendre amitié formée en pensioîi
Nous rend toujours communs les plaisirs et les peines.
Avant' elle, l’hymen me fit porter ses chaînes.
Quand j’eus perdu , trop tôt , l’époux que j’adorais ,
Elle essuya mes pleurs et calma mes regrets , '
Et moi , qui la trouvai pour mes chagrins si bonne ,
Je ressens le bonheur que son hymen lui donne;
i6 LA BFXLE-MÈRE ET LE GENDRE.
; . . ELISE'. . ' . i
Pour jouir du .bonheur nos deux cœurs s’entendront ,
Et contre l’infortune ils se réuniront. '
TVIAD..4.ME DORFEUIL à part.
De cette amitié-là je euis peu satisfaite ; >
(iar je crois cette femme et frivole ;et coquette.
MADAME MERICOUR à Elise.
Je t’aurais désirée aux Boudons hier soi^ :
D’honneur ou jouissait et d’entendre et de voir.
Un orchestre si pur ! des femmes ravissantes !
Des chants délicieux ! des toilettes charmantes J Plus que nos airs français je prise tous leurs airs :
Je n’entends point leur langue , et j’ai de moins les vers. * ,A propos , ce matin j’ai quelque emplette à faire. , Dans ces occasions ton goût m’est nécessaire , , ,
Et tu m’as bien promis de venir avec moi. ,
- ELISE
Oui ^ mais tu vois qu’il faut que je reste.
MADAME DORFEÜIL.
• ■ Pourquoi ?
Ne va pas te gêner avec moi , je t’en prie. ;
ELISE
Non , je veux aujourd’hui vous tenir compagnie.
•' DARCY à part. '
Elle va demeurer ; quel contFe-temps fâcheux ! ' MADAME MERICOUR. •
C’est pour une minute. '•
MADAME DORFÉÜIL à Elise.
. Allons , sors , je le veux.