V. 'PA¥L
Mais presque tous les'jourSs . ^
MADAME DORFEDIL. . ' ^
, ' Et quel motif l’attire?
Dites. • , '
, ■■ PAUL,
Quel motif? '
^MADAME DORFEUIL
Oui ; pouvez^’ous m’en instruire?
PAUL., ■ . , '
Le motif est aisé, Madame à concevoir :
Nous sommes ses amis ; elle vient pour nous voir.
MADAME DORFEUIL
Et nos jeunes époux , depuis leur mariage , '
Sont-ils bien d’accord ? ,
■ ' ^ . PAUL:r •'
■ ' ' ‘ Oui, nous faisons bon ménage
: / - A£TE'I, 'scène Vin..,- ,
Et pour qui trous connaît . qc n’est pas étonnant ;
Car nous sommes si bons , et nous nçus aimons tant MADAME DORFEÜIL.
De madame Darcy c'est tnoi qui suis la mère "Vous le savez; ainsî^l’on doit ne me rien' taire.
C’est dans son intérêt , dans- celui dq Darcy Que je cherche à savoir ce qui se passe ici.
La réserve «envers moi serait fort ridicule , i- Et vous allez de tout m’informer sans scrupule.
Cette dame , qui vient tous les jours à peu près, A-t-elle avec Darcy des entretiens secrets? , , • '
Voîis’ devez le- savoir. •• ' ' ' '
PAUL
^ ' Non ; je faia mon ouvrage.
Et d’épier les gens j*® n'eus jamais lusage.
Ainsi je ne peux rien vous dire, sur ce poinft ;
Ce que l’on fait chez nous ne me regarde point.
, ' MADAME DORFEÜIL. '
Vous devez voir pourtant,.! > ,
PAÜL à part-
' ^ Quel interrogatoire!
(Haut.) ■■ \ .
Lorsque j’ai vu , j’oublie, et j’ai peu de mémoire.
MADAME DORFEÜIL piquée.'
Ah !... c’est fort singulier. ’ •
- , - * PAUL. , . ;
^ ' Ma besogne m’attend ,
Madame ,^et je m’en vais,.., •
. ' i . MADAME DOREÈDIL- . ' ..
Demeure/, un instant. ■>
2a LA BELLÉ-AffikÉ Èf LE GENDRE, PAlJLàpïrl. ^
Ençor des questions! oh! je perds patience;
MADAME DORFEÜIL. '
Sur de certains détails d’une moindre importance Votre mémoiré au moins poutra vous servir mieur?
PAUL. . -
(A part.)
Ne m’appelle-t-oh pas;?,..'Qùel esprit curièùx!"
' ' MADAME D0RFEÜIL'. ‘ '
A la discrétion faites un moment trêve
four me dire à'qi^elle heure en ces lieux on se lève.
PAUL voulant toujours s’en aller.
Pardon t demain matin vous pourrez Te savoir, MADAMfe-DORFEÜIL.
Mais quand sé couche-tH>n? ' . , ' '
PAUL. . -
Vous le verrez ce soir.
, MADAME JDORFEUIL.
Quoi ! me répondre ainsi !
PAUL
• , ■ I . Je voudrais vous complaire j Mais comme je disais, j’ai mon ouvrage à faire.
(A part.) ‘ ■ ^ ,
Je ne rends compte ici qu’à mes maîtres : partant . Elle eu pourra par moi savoir toujours autant.' ' (Haut.) . ’ ' , '
Le devoir veut qu’au lieu de parler, je travaille : Quelque plaisir que j’aie, ir:faiit que je m’en aille: Serviteur. ,
: . •• ACTE 1 , SCÈNEvVm. . .aS
MADAME DORFEÜIL seule.
• , L’insolent !... Mairies aatres valets
Eotirront de la maison m’apprendre les sëcrets. Interrogeons-les tous : je>veux aussi qu’Élise Sur elle , sur Daf cy , s’explicpie avCc frAnchlse.
Je veux veillér à ‘tout.» tout connaître 5 et je voi Que mes paùvres cnfans avaient besoih'de'moi.
‘ ' SCENÊ PiEMIÈRE^.^^ . ; \
MADAME DORFEUIL, ÉLISE
- • MADAME DORFEOIL.
Nous, voilà seules/, viens , et causons à. notre aise.
Dis ; crois-tu que toujours Dflrcy t’aime et te plaise ? Votre accord apparent est-il réel ou.faux 2 Es-tu vraiment heureuse? A-t-il quelques -défauts ?. Allons, conte-mni tout, et surtout sois sincère'; •
Un enfant n’a jamais' de secrets pour sa mère.
' ' ELISE
Je ne puis mieux Répondre à ce'tendrc intérêt Qu’en vantant mon bônhctir , qui n’est point iin secret Mon époux est si bo.n , un peu ’vif; mais (j’importe ?
Je l’aime, et contre moi je crains peu qu’il s’emporte- Rien me pourra jamais détruire notre accord :
Car tout ce qu.vl voudra^ je le ferai d’abord. ' MADAME DORFEtlIL.
C’est pousser un peu loin , je crois, la complaisance : Un mari n’â pas droit à tant d’obéissance.
Mars , hélas [ voilà bien comme sont les enfans ,
Aimant mieux un épou-sr souvent que leurs parens l Ainsi j jusqu’à ce jour, pas .le moindre nuage ,
N’a troublé , je le vpis, la paix de ton ménage ?
* ÀCTE'II, SÇÉ2«E L . 25
‘V.-. ELISE. ; • . /
Non 5 Darcy m’aime .tant !. Mon" avis est le aien ; . •
Le désir qu’il exprime est aussitôt le îtaien.
MADAME DORFEÜIU .
Soyçz' toujours unis' : c’est cé que jc' demande v '
Mais de vous deux ( ici ', qui .gouverne et- commande Réponds. ' “ ■ ' .
ELISE. ' ' ; . '
' Moi quelquefois , quelquefois, mon époux.
Du droit de commander nous sommes peu jaloux: ■ ,* Llhacun, avec plaisir, à. l’antre rabandOHne> .
■ MADAME DORFEDIL. ’ , .' -
Mais la dépense enfin, qui la règle et l’ordonne?
'■ ' ■ ■ Elise. • • . < " ■ ‘
C’est moi ; majs mon mari me conseillé souvent 5 '
J’aime à le consulter., Quand j’ai be.soin d’argent ,
J’en demande à Darcy ; jamais il n’en refuse :
Aussi de sa bonté , moi , jamais je ri’abrtse.'^ ^ ; ' ‘
■ , . 'madame D'ORFEÜIL. ' -V - .
» . ' * > Ma chère enfant, , ton coeur si naïf et si pur
A , pour se diriger , besoin, d’un guide sûr ;
Je le serai ; qu’à moi ma fille se confie '
Une mère est toujours notre nveillenre àmid. • . ’
Quand ton -père vivait', c’était avec' raison ■ ' .
‘ Qu il me laissait le sojn de mener la maisorr.
De tout , me disait-.il, sur toi je me„repose ,' -
Et le pauvre homme , hélas ! ne faisait pas grand’chose.
Qu’en était-il besoin ?-De tout je mé mêlais ;^
Je recevais l’argent ; je grondais îès valets ; -, . . /
a6 LA BELLE-MÈRE ET LE GENDRE.
Moi seule j'ordonnais l^s dépenses à f^re , '
Et j’avais en mes mains V du secrétaire.
Avait-il un procès ? J’allais avec ardeur /
Visiter président , juges et rapporteur ;
J’étais chez l’avocat., au greffe., à l’au(lience.
Il n’eut qu’à se louer dé cette éonfiance. • ‘
'Jamais , tu t’en souviens , je ne le querellais ;
U est yrai'qu’il faisait tout ce que je voulais,
Et voilà le bonheiir si précieux',, si rare,
Qu’à mon gendre , qu’à toi m/t tendresse, prépare.
Mais tu dois d’un , défaut te corriger d’abord ; j -
“^Tü consultes Daroy sur tout; c’est un, grand tort.
Il est impolitique , et dangereux pcut-ètro Qu’un mari s’accoutume à se croire le maître , •.
Et déjà de Itii-même il n’est que trop porté A s’arrogep sur nous la pleine autorité.'
ELISE.' ‘ • '
Il m’est si doux pourtant de consulter sans cesse L’époux dont chaque jour j’éprouve.la tendresse !
MADAME pOR^EUIL. . ' »
Tu ne' fais là , vois-tu , qh.C. lui troubler l’esprit.
Il ne s’en plaint-januds , parce qu’il te chérit,
Parçe qu’à tes désirs ooustainhicpt il se prête ; , ,
Mais ne d,cvrais-tu pas , en épouse 'discrète , .
Sans vouloir l'accabler çncor de soins nouveaux ,
D’un aussi bon mari ménager le repos ? f .
■ I, '.ELISE. • -
Ah ! 'sou çepos m’est cher, et je im veux rien faire , Qui me rende importune , ét puisse lui déplaive.