ACTE II, SCÈNE I
MADAME DORFEÿL.
Ton cher Darcy, je raime^... Il fiiut*le rendfc heureux. Sois prompte i deviner , à prévenir ses voeux, ’
Et même , si tu veux être toujours chérie , ’ ,
Ne crains pas d’employer quelque coquetterie.
ELISE. . '
Moi , hia mère ? •• • '
MADAME DORFEÜIL. . .
En ménage il eu faut quelquefois.
ELISE. ,
Oh ! non 5 je n’en aurai jamais besoin , je crois.
MADAME DORFEDIL. ' •
Tu crois ? Tu n’eû sais rien 5 laisse-moi te conduire. ' Par exemple ( entre nous permets-moi de le dire ) , Pourquoi ce négligé ? Ton mari peut penser *
Qu’à lui plaire déjà tu prétends renoncer. '
U peut en concevoir quelque alarme secrète.
ELISE. ' ,
Mais pour rester chez soifaùt'-il de la toilette? • MADAME DORFEDIL. .
Les maris savent ^ré d’ttn soiit qu’on prend pour eux Pour conserver le cçeur il faut charmer les yeux.
On s’expose , a côté dé fem'ràes élégantes j, ' .• ' "
’ A des comparaisons souvent désobligeantes, . •
De notre négligence une autre profitant ■
D’un fidèle mari peut faire, un inconstant.
Il .est plus.d’un volage et plus d’une coquette... J Madame Méi’icour, que tu crois sj parfaite ’ .
Et que tu chéris tant , entre nous, l’est un peu.
• . , - .ELISE. . '
Quoi!... : - • ' ' ' ’
’ ' MADAMLE DORPEUBL.
Je né l’aime guère, et je t’en fais l’aveu.' Mais à qui ce matin voulait-elle donc plaire ?
Tu ne brillais'pas trop auprès d’elle, ma chère. Quelle rfche toilette !i.. Ah ! j’en soülTrais pour t
, ■ “ ELtSË.
Elle aime à se parer. ^ '
' ' MADAME DORFEUIL
- ’ Oui', beaucoup, je le voi.
Avec plaisir souvent Darcy l’a regardée :
Moi , je les observais. ' ...
ELISE;
'. ’ ‘ ' Mais.quelle-est votre idée?
Elise , mon dessein n’est pas de t’efl’rayer ; .
Mais de cette coquette il faut te déâer. . ■ '
' ELISE
Ah! vous la jugez ma), et son.ame .sincère A la coquetterie'cst. surtout étrangère.'
Elle chérit Darcy j mon, cœur en pst flatté : ^ Elle aime eu lui l’auteur de ma félicité ,
Et témoin de bps nœuds , dans ma meilleure amie Mon époux, à son tour, v.oit une sœur chérie. Heureuse par l’amour> comme par l’amitié.
Ce cœur de l’avenir peut-il être eil'rayé {■
ACTEII, •
MADABÏE DORPEUIL.
J’admire dé ces nœuds la donceur fraternelle. . C’est sans douté pour prix d’une «mitié si belle . , Que de certain secret elle lie t’instruit pas?
Comment ?
ELISE
' MADAME DORFEDIL. ‘
• ' ... , Oui , je l’ai vue à Daroy parler bas ,
Ici même , tantôt.
ELÏSE. ■
En êtes-vous certaine ?
MADAME DORFEÛIL.
Très-sûre... Allons, vas-tu te faire de la peine? Vas-tu croire?.. Ei donc!.. Je sais que les maris.... ' Mais le tien! J’en réponds... Puis il est trop épris... Oui , je le gagerais , c’est- quelque bagatelle....
Le premier mois d’bymen un épôux est fidèle.
ELISE
Darcy n’est pas trompeur : dès que je le Verrai , Sur ce mystère-là je l’interrogerai.
- MADAME’DORFEDIL.
Es- tu folle? Comment? Compromettre ta mère!
Garde-t’en bien au m'oins : tu dois feindre, aU contraire. Le beau moyen vraiment de savoir ses secrets! - Tu n’en tirerais rien , et tu l’irriterais.' • .
H faut attendre, il faut agir avec prudence....
D’aüleürs c’est à des riens mettre trop d’importaVice, Mais j’aperçois Darcy 5 laisse-moi lui parier : ,
'Tu pourrais te trahir ; U vaut mieux l’en aller.
3o LA BELLE-MÈRE ET LE GENDRE.
« ELISE à parti
Je me fie à Darcy; je lui rehds bien justice Et pourtant quelqùè crainte en moû ame sç glisse.