ACTE II, SCÈNE XII
ELISE
Darcyme frapperait de ce coup imprévu!...
üh! non , vous vous trompez.
MADAME DORFEÜIL.
Je te dis que j’ai vu.
Comment interpréter leur tendre intelligence,
Et le don du portrait , frappant de ressemblance Ils ne s’expliquaient point dans un langage obscur ; Je ne me trompe pas ; va , mou coup-d’ceil est sûr , Et déjà pressentant une intrigue pareille ,
J'avais surpris entr’eux quelques mots à l’oreille.
Ah! les maris! ... Le tien , grand Dieu! sitôt changer Oh ! je le gagerais •, c’est un goût passager.
Il t’aime dans le fond ; cette perfide amie L’a séduit un moment par sa coquetterie :
Il va te revenir encor plus amoureux.... v
Mais ses torts envers toi n’en sont pas moins affreux.
ELISE
Qu’ai-je entendu?... Darcy devenir infidèle !
Me tromper!... En effet , oui , je me le rappèle ,
Il n’est plus maintenant pour moi ce qu’il était ,
Et je le vois rêveur , préoccupé , distrait ;
Depuis deux jours surtout il me quitte sans cesse... Hélas ! c’était trop peu de perdre sa tendresse :
Pour me porter encor les plus sensibles coups , IVIadame Méricour s’unit à mon époux.
Non , celle qui m’aimait aux jours de potre enfance • Ne peut pas sans remords trahir ma confiance ;
Je la plains , et je plains encore plus Darcy :
Il doit souffrir beaucoup en me trompant ainsi.
MADAME DORFEUIL
A quel point ton bon cœur t’abuse sur leur compte , Chère enfant ! loin d’avoir des remords, de la honte, Ils semblent s’appl.audir de cette trahison.
Sans toi , j’aurais déjà quitté cette maison :
Mais je veux déjouer une trame funeste ,
Et c’est pour ton bonheur, ma fille, que je reste. Pourquoi suis-je partie? hélas! oui; tout le mal Vient , je n’cn puis douter, de ce départ fatal.
Tu n’avais près de toi personne pour te dire Comment près de Darcy tu devais te conduire ,
Et peut-être ton cœur s’accuse-t-il tout bas De qucl([ues graves torts dont tu ne m’instruis pas. Peut-être t’a-t-il vu souvent le contredire.
ELISE
Non-, à tout ce qu’il veut je suis prête à souscrire :
Je mé fais une loi de son opinion.
MADAME DORFEDIL.
Tant pis ; il faut un peu de contradiction.
La concorde fatigue et devient monotone :
Ou ennuie un époux à force d’être bonne.
Mais ta coupable amie , ah ! je la confondrai ;
A mon gendre , en secret, bientôt je parlerai.
Et l’oncle... Le voici, cet oncle que j’abhorre ; Sortons... l’éclaterais; il n’est pas temps encore.
4 (Elle sort.)
ELISE
Je vous suis... Dieu! quel poids vient oppresser mon cœur! Et ce matin encor je croyais au bonheur.
•. • ACTE lî, SCÈNE XIII. . 4g