ACTE III, SCÈNE X
( Bien entendu pourtant que cela vous arrange) De quitter: ce logis tout au plus tôt.
MADAME DORFEUIL
Vous osez ?...
Qu’entends- je ?
DÜCHEMIN.
Pennettez, parlons avec sang-froid.
Vous êtes, dans le fond , meilleure qu’on ne croit , J’en suis persuadé ; mais franchement, peut-être Vous ne le laissez pas assez souvent paraître. , Vous criez , vous grondez 5 moi , cela m’est égal ; , Je suis fait dès long-temps à ce bruit infernal ,
Et je puis tout braver, grâce à mon mariage :
Mais tout le monde enfin n’a pas cet avantage.
Et de tout ce fracas , de ces emportemens
Vos enfans ne pourraient s’accommoder long-temps.
Ils en ont même assez, et soit dit sans malice.
En sortant de chez eux , vous leur rendrez service. Vous savez ce qu’ici vous mé disiez , à moi :
On est bien plus heureux quand on vit seul chez soi Eh bien ! ce bonheur-là qui n’a rien qui me plaise , Vous pouïrez désormais le goûter à votre aise.
MADAME DORFEUIL
Avez- vous terminé votre éloquent discours?
DÜCHEMIN.
Eloquent?... j’ai parlé sans user de détours ;
C’est tout. Qu’en direz-vous?
MADAME DORFEUIL
J’admire votre audace.
Ainsi de la maison c’est Monsieur qui me chasse.
DUCHEMIN
Point du tout. Vos enfans ici m'ont proposé... .
jVous figurez-vous donc qu’il soit si malaisé , l^lonsieur , de deviner d’où part ce coup perfide ? ^
Vous seul de mes enfans voulez être le guide :
D’une mère en ces lieux la présence vous nuit ,
Et c’est vous qui soufflez à mon gendre séduit De mon prochain exil l’odieuse pensée, * •
Pour usurper mes droits après m’avoir chassée.
DUCHEMIN
Allofts , vous m’appelliez tantôt machinateur ;
Me voilà maintenant traité d’usurpateur ,
Et je ne suis ni l’un ni l’autre , je vous jure.
MADAME DORFEUIL
Ah ! je vous connais trop.
DUCHEMIN
Soit, mais il faut conclure.
Je dois de vos projets rendre compte au plus tôt.
Vous restez , n’est-ce pasP.ç’est votre dernier mot ?
MADAME DORFEUIL
Oui, Monsieur, malgré vous je reste.
DUCHEMIN
A la bonne heur^.
Je ne m’en mêle plus.