La Bénédictine de l'ancienne abbaye de Fécamp
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1 quelque curieux demande : « Pourquoi, de préférence à d’autres, celui-ci at-il été choisi pour composer l'inscription définitive par où sera louée, comme elle le mérite, ’ La Bénénicrne ”, que l’on pourrait appeler la nouvelle Abbaye de Fécamp, huitième merveille du monde ? Serait-ce qu'elle est normande, et que, lui, il est normand ? »
Il y a cela. Et ceci encore : *” La BÉNÉDICTINE ” et moi, nous sommes unis par un lien antique de parenté. Quand, par la porte des visiteurs, on entre dans cette
magnifique salle où les armoiries des Abbés éclatent dans les vitraux, aux arêtes
des voussures, au fond, sur la gauche, au-dessus de la grande verrière, on aperçoit un blason, traité, lui aussi, en vitrail. Il porte « de sable à la fasce d'argent, chargée de trois croisettes de sable et accompagnée de trois molettes d’éperons d’or, deux et une ». Ce souvenir héraldique atteste le passage d’un Prélat qui a marqué dans la chronique bénédictine de Fécamp et dans notre tradition de famille. Il se nommait l'Abbé Antoine Le Roux. Fort de son droit, il osa, le dernier de son Ordre, défendre, contre les empiétements du Roi, les privilèges du Monastere.
De ce vaillant homme d’Eglise, nous possédons une image qui manque au Musée de ” La Biné- DICTINE , mais dont la piété familiale ne saurait se dessaisir. C'est une statue en bois, de grandeur naturelle. Elle représente Antoine Le Roux apres son élévation. Sous la mitre, ornée de pierreries, le front large dit la volonté et la résistance ; le nez petit, droit, est soutenu par des narines légères ; sur la bouche flotte un sourire que les jeux de la lumière précisent, tour à tour, en bonté attrayante et en finesse un peu malicieuse. La main gauche retient l'Evangile ouvert; les injures du temps ont fait, encore une fois, glisser de la droite cette crosse abbatiale que, déjà, elle avait laissé échapper, une première fois, lorsque la vie
soutenait son geste de commandement...
Porte centrale du Musée
Je voudrais, un instant, me pencher ici sur l'âme de cet aïeul, comme sur un miroir dont la magique vertu fixerait les images, afin d'y contempler toutes ces gloires qui sont les fières fondations de la moderne ” Bénépicrine ””, et font descendre ses assises jusque dans le plus profond sous-sol de
l'Histoire de France.
La première vision que, à travers les plus anciens historiens de Fécamp et de son Abbaye, l’on a de cette côte normande, c’est une tache formidable de forêt. La forêt vient mourir à la crête même de cette falaise. Le pays est habité par les Calètes. Ces hommes, fidèles à la tradition druidique, adorent les arbres, particulièrement le chêne et son gui. C'est le temps où saint Denis prèche à Lutèce. Il a des disciples qui vont porter sa parole aux quatre coins de la Gaule. L'un d'eux, un jeune Romain du nom de Bozon, descend la Seine en barque, prend la mer, contourne la falaise, qui, un jour, sera le promontoire de la Hève, la côte de Saint-Jouin et d’Etretat. Sur sa route il rencontre « une vallée belle, riche de gras pâturages, avec de l’eau limpide et des bois giboyeux ». Il s’y arrête : il épouse une jeune fille du cru nommée Merca, il la convertit à sa foi, il baptise les fils qui naissent d'elle, et quand il se sent appuyé de leur force, avec des troncs d'arbres dans une clairière de la forêt il bâtit un oratoire chrétien. C'est le noyau dont la glorieuse Abbaye de Fécamp sortira, arbre chargé de fruits.
Mais dans la barbarie des temps ce n’est
là qu'une éclaircie de charité. Le missionnaire
meurt, l'oratoire s'effondre, la clairiére est effacée par la forêt. Il faut laisser la puissance romaine crouler, et, sur sa conquête, les Francs installer leur conquête.
Après Soissons, les chefs qui ont soutenu l'effort de Clovis réclament leur paiement. On leur distribue des terres : le lot de Fécamp échoit au soldat Anségise. Au soir de Tolbiac,
ce guerrier se fait baptiser à limitation de son
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Escalier d'Honneur
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maitre. Comme lui, dans son ardeur de néophyte, il aspire à
fonder un Monastère. Mais où planter cette croix ? Anségise attend du Ciel une indication. Elle lui est envoyée. Voici comment la chronique raconte ce fait :
« Un jour, que le pieux Duc allait à la chasse dans la » forest de Fécan, les veneurs firent rencontre d’un cerf d’une » grande beauté, tout blanc, et d’une taille prodigieuse : surpris
» de la nouveauté de la beste, ils firent de grands cris, décou-
» plérent leurs chiens sur ses erres, et la poursuivirent à bride » abattue, lançant une nuée de javelots, espérant par là de la » réduire aux abois. Mais le cerf, sans craindre ni les chiens, ni » les hommes, marchait, la teste haute, brisant tous les filets et
» les toiles, jusqu'à ce que, étant arrivé en un lieu de la vallée,
» il s'arrêta tout à coup, abaissa la teste, et sans branler considéra
» la meute qui le poursuivait. »
Aussitôt les chiens sans voix se couchent, les chevaux tremblent entre les genoux de leurs cavaliers, le Duc flaire le miracle. Il arrête l’élan de ses compagnons :
— « Cessez », ditil, « de poursuivre cette beste. Celui-ci
» nest pas un cerf, mais un ambassadeur du Tout-Puissant. Il » vient nous apprendre que ce lieu est sous la protection de notre » Dieu. »
On descend de cheval, on se prosterne, on prie « avec beaucoup d’humilité ». Le cerf trace un cercle sur la terre avec sa ramure, puis il disparaît « sans que personne puisse remarquer oùuilse retire... »
C'est donc à la place même où Bozon avait prié autrefois, que les maçons d’Anségise jettent les fondements du futur Monastère. Déjà les murailles s'élèvent. Mais l’heure de Fécamp n'est pas venue. Anségise meurt au milieu de ses tailleurs de pierres. Aussitôt les travaux s'arrêtent et les ronces recouvrent encore une fois de leurs filets la place miraculeuse.
Il est réservé au Comte Waneng,
qui nait à Fécamp en 620, de donner une première forme au rêve qui a hanté Bozon et Anségise.
Dans ces temps de fureur guerrière, où, dit une chronique bénédictine que j'ai sous les yeux : « Les Monasæw téres rachetaient souvent par cha-
» rité des esclaves et des serfs pour
donnant accès à la Terrasse du Musée.
ot » les tirer des mains des idolâtres, et, quelquefois, de la puissance de pères assez dénaturés pour » vendre leurs enfants à des barbares à qui ils servaient de nourriture dans des festins abominables », VWaneng apparait dans une attrayante lumière de mysticité. Dès l'enfance, il veut se consacrer à Dieu; il cède à regret aux objurgations des siens qui craignent de voir disparaître « une famille illustre
Motif des Grilles extérieures de la Cour d'Honneur.
parmi les Francs ». « Du moins », dit un moine qui a écrit sa vie, « il n’imite pas les rois et les grands » d'alors, qui croient qu'il leur est permis d’épouser plusieurs femmes, et qui vivent dans un perpétuel » désordre, sans donner aucune borne à leurs passions ». Il n'a qu'une femme « et il ne détourne jamais » ailleurs ni son cœur, ni ses désirs ».
Waneng, qui veut déraciner le culte des arbres, commence par appeler à son secours un saint