DES VISITEURS
écamp.
homme, nommé Wandregésilus; puis, quand il voit grossir, autour de soi, le troupeau, tous les jours accru des néophytes chrétiens, il songe à édifier un Monastère. Sainte Eulalie lui apparaît en songe et lui conseille d'aller, à cet effet, débroussailler les fondations qu'a laissées Anségise. Le pieux Comte ne résiste pas à cet avis d'En Haut. Il va trouver le Roi Clotaire III et obtient de lui l'autorisation qu'il souhaite.
Il y a trace du voyage que Clotaire fait à Fécamp, en 66$, pour assister à la dédicace du nouveau Monastère. Ebroin, Maire du palais de Neustrie, accompagne le Roi; toute la Cour s’est déplacée. Clotaire, charmé des splendeurs qu'on lui montre, fait don au Monastère de vases d’or et d'argent. Il décide luimême : « que le couvent sera habité par des vierges dont le nombre égalera celui des jours de l’année ». Ces trois cent soixante-cinq religieuses sont placées sous la direction de l'Abbesse Hildemark.
Dix ans plus tard, Waneng abandonne définitivement la Cour et le monde. Il donne tous ses biens
à l'Abbaye, qu'il a fondée; il s’y retire lui-même. Bien qu'il soit alors pauvre et âgé, il refuse le repos; il
veut être confondu avec « les plus humbles domestiques, ceux qui sont employés aux gros ouvrages, qui
MORD QvI RAPORTE)
QVII NTRE POINT IC]
FIGNON f
pe TOO
le
Dessus de Porte
(Motif central provenant de l'ancienne Abbaye de Fécamp.)
» font tout ce qu'il y a de bas et de pénible ». Il travaille avec eux onze années; il pioche les terres de l'Abbaye, et meurt en 686, en odeur de sainteté. Depuis, il a été canonisé.
Alors commence pour l'Abbaye une ère de prospérité qui dure cent cinquante ans. On le voit bien, la bénédiction de son fondateur est sur elle. Le pieux navire irait à pleines voiles aborder tout droit dans le paradis, sil n’était heurté de flanc par une barque de Wikings qui l’accoste et qui le chavire.
Dom Guillaume Le Hule, auteur du « Thrésor de la noble et royale Abbaye de Fécamp », conte l'évènement en ces termes :
« Tout estoit dans une parfaitte tranquillité jusques approchant l’année 842, qu'une armée furieuse
» de Danois, peuple barbare et idolâtre, conduite par un chef nommé Hasting, descendit en plusieurs
= fé —
» provinces de France, et plus particulièrement le long de la rivière Seine, et dans le pays de Caux, où
» ils ruinèrent, saccagèrent et bruslèrent plusieurs villes et chasteaux, et, en indignation de la religion
» chrétienne, exerçoient leur cruauté et fureur sur les églises, lieux ét personnes consacrés au culte du
» vray Dieu. L’Abbaye de Fécamp, pour lors très renommée entre les autres, ressentit aussi la plus
» grande rigueur de leur barbare furie; car ces impies, s’estant jettés dedans, ne se contentèrent pas
» de se saisir des grandes richesses qu'ils y trouvèrent, mais bruslèrent et renversèrent jusques aux
» fondements l'église et les édifices qui en estoient proches. Nos chastes religieuses, qui, en ce tems,
Le Chevalier Bayard.
habitoient ce sainct lieu, ne sachant à quoy se résouldre, dans un danger si grand et si pressant, fuirent ces hommes sacrilèges et se retirèrent où elles purent. Quelques-unes néanmoins, des plus constantes
et résolues, demeurèrent, pour y être sacrifices à leur Céleste Epoux. Mais, voyant qu'infailliblement
» elles alloient tomber entre les mains de ces barbares sans pitié, et
» appréhendant que la brutalle cupidité de ces pirates ne leur fit violence,
èvre, avec un courage sans pareil, afin
» animées par les parolles et l'exemple de leur Abbesse, elles se coup- » pérent touttes les nez et la
» que, par cette difformité de leurs visages, elles fussent plutost » un object d'horreur et d’aversion à ces infames, que de convoitise » ou de complaisance. Aussi, par ce moien, elles évitèrent ce qu’elles
» appréhendoient le plus, et méritèrent de joindre la couronne de mar-
» tire à celle de vierge. En sorte que ces ennemis de Jésus-Christ, » surpris d’une action si généreuse et si extraordinaire, ne les attei- » gnirent que de leurs glaives et de leurs armes, les massacrant touttes » avec une rage sans bornes; et les ayant cruellement faict mourir, » ruinérent et bruslèrent ce qui restoit du Monastère, en sorte qu'il » devint derechef une affreuse solitude et désert comme avant sa fonda- » tion. Et rien ne paroissoit de la magnificence de ces édifices que les » ruines qui en restoient ou les ronces et les espines crurent comme » au paravant..... »
Ne dirait-on pas un refrain ?
Ce sont d’autres Normands de Danemark qui vont réédifier ce que leurs aïeux ont mis à bas. En 938, Guillaume Longue-Epée, fils de ce Rollon dont la chronique dit : « qu'il était Danois de nation, » gentil de religion et soldat de profession », donne des ordres pour le relèvement de l'Abbaye. Les ouvriers accourent de toutes parts; le Monastère est reconstruit; la fête de sa dédicace est marquée par un miracle.
Pendant que les seigneurs danois discutent avec les prêtres,
afin de décider du vocable sous lequel on placera la nouvelle basilique, on voit apparaître un vieillard
qui est inconnu de tous.
Il traverse l’église, couvert de vêtements magnifiques; il marche vers le maitre-autel, et, sans
prononcer un seul mot, il dépose, à cette place, une lame d'acier. On court vers lui, on s'empare de cette
lame; on lit ces mots qui sont gravés dessus et qui manifestent la volonté du ciel : « Zn nomine sanciæ
et individuæ Trinitatis. »
On veut se retourner vers le messager pour lui dire que l’ordre d'En Haut sera obéi, mais, déjà,