‹ La Bénédictine de l'ancienne abbaye de FécampChapitre 23 sur 25 · CE · texte numérisé non relu

CE

Il n'y avait pas moins de deux millions de litres d’eaux-de-vie et de 280.000 bouteilles de liqueur

DEÉSSPOUMETPRES

LA SALLE D'ÉTIQUETAGE

à Fécamp.

parti de pirates, se rua à l'assaut des bâtiments de ” La Bénénicrne ”. Le désastre aurait pu être immense, car les sous-sols ne contiennent pas seulement les bouteilles de liqueur qui font leur stage avant de se disperser à travers le monde, mais encore les précieuses eaux-de-vie qui, pendant des années d'attente, mürissent dans la paix de ces formidables celliers. Ce fut vers cette partie de l'établissement que MM. Le Grand firent immédiatement converger tous les secours. La complète réussite de cette manœuvre sauva le laboratoire et les caves de réserve, et, ainsi, l'essor de la production ne fut pas interrompu. Sans arrêt,

La Bénéicnne ” put poursuivre sa fabrication; ses expéditions n’eurent à souffrir d'aucun retard.

C'est de ces caves que, au moyen de l'air comprimé, la liqueur est refoulée vers les étages supé-

rieurs où s'effectue la mise en bouteilles.

Cette manœuvre est toute de douceur; aussi l’a-t-on confiée à des mains féminines, et, vraiment,

Salle de mise en bouteilles

ceci est un tableau qui fait penser aux scènes que recherchèrent les maitres de l'Ecole flamande; les ouvricres ouvrent et ferment, l’une après l’autre, les tireuses automatiques de cuivre par où la Bénédictine s'écoule; leurs doigts légers parviennent à remplir ainsi plus de 10.000 bouteilles par jour.

Les héritiers de Dom Vincelli ont été heureusement inspirés au moment de décider de quelle façon ils habilleraient la bouteille moderne où ils se proposaient d’enfermer l’abbatiale liqueur. Et d’abord, il semble qu'il aient eu la vision très nette de la minute où la Bénédictine paraitrait sur la table. Elle est un cordial dont la place est marquée à la fin d'un repas généreux. Il faut que sa vue même séduise, annonce qui elle est, d’où elle vient, quelles vertus l’accompagnent. C’est peu de dire qu'elle apporte ses parchemins avec soi : rien qu'en se montrant, elle évoque l'image historique de l'Abbaye. D'abord par sa forme, qui n'a point la régularité blessante des vases vinaires en usage aujourd'hui. Celle-ci a dans son dessin la personnalité de lignes qu'une main d’artisan, épris de son métier, a amoureusement caressées. L’ampleur des

flancs éveille une idée d'abondance, apporte cette dignité que Confucius recommande à ses mandarins

comme sûr moyen de s'imposer au respect des foules. La couleur est d'un vitrail, et la liqueur qui se cache derrière ce verre l’éclaire comme un rayon de soleil. Il n’y a pas jusqu'au fil de plomb, par où les deux cachets sont reliés entre eux, qui ne contribue à préciser cette sensation de verritre. Sur le fond d’or vert et chaud les deux sceaux de cire écarlate se posent comme des chapeaux cardinalices. Ils évoquent la gloire des pourpres de l'Eglise, que parfois les bénédictins revêtirent par-dessus leurs frocs.

Il y a, entre la bonne cave et la bonne bibliothèque, un lien mytérieux que la Confrérie de Saint- Maur aperçut. Ne se sert-on point du même mot, le « goût », pour indiquer le raffinement de celui qui jouit, dans un cas comme dans l’autre, de son plaisir avec critique ? Supposez qu'oubliant ces honorables similitudes, les continuateurs de Vincelli aient appliqué sur leur bouteille archaïque quelque étiquette dorée où d'un blanc cru. Tout le mystère de passé, de probité abbatiale qui flotte autour du précieux flacon se serait évanoui; mais on a fait un meilleur sort à notre plaisir. Regardez cette bande qui enroule autour du goulot l'inscription latine : « Liquor antiquorum monachorum benedictinorum abbatiæ Jiscanensis », — la petite

bande étroite et longue comme une marche, qui, au pied du flacon, semble un degré relevant un peu au-

Salle de mise en caisses des bouteilles.

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