À LA TRAPPE DE NOTRE-DAME, À OKA LE 183 NOVEMBRE
VALLEVPFIELD
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Abba, Pater.
“ Abbé veut dire père ”.
(Ro., ch. vint, v. 15.)
Monseigneur 1 ’archevêque (:), Messeigneurs (2), Mes Très Révérends Pères (3), Mes chers frères,
La cérémonie à laquelle nous assistons en ce jour, présente un caractère très spécial : c’est la deuxième fois seulement qu'elle se fait en ce pays. Ce n’est pas une profession religieuse, et ce n’est pas davantage une consécration épiscopale. Et cependant, elle tient jes
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() 8. G. Mgr Paul Bruchési, archevêque de Montréal.
(*) NN. 88. M. Labrecque, évêque de Chicoutimi; H: Brunault, évêque de Nicolet; G. Gauthier, auxiliaire de Montréal.
(*) Les Rmes Dom Pacôme, abbé d'Oka ; Dum Jean Marie, abbé de Bellefontaine: Dom Edmond, avbé de Gethsémanie.
deux. Par suite du libre choix de ses frères, en vertu d’un mandat apostolique, selon les Constitutions de leur Ordre, l'Eglise, par les prières et les rites de sa sainte liturgie, confirme et accentue pour le bien commun, dans l’âme d’un religieux, le don solennel fait naguère de soi-même, au jour de l'émission de ses voeux. Puis, s’arrêtant à l’onction sacrée qui donne la plénitude du s,cerdoce, elle lui confère les attributs et les insignes “e la dignité épiscopale.
Il s’agit done d’une investiture véritable, comportant une autorité, des fonctions et des grâces d'état dont la nature nous est clairement marquée par les paroles mêmes du Pontifical, dans la formule employée par le pontife, en livrant aux mains du nouvel abbé, le livre de la règle: ‘‘ Accipe gregis dominici paternam providentiam ’’. ‘Recevez le gouvernement paternel de cette famille religieuse qui vous est confiée ’”. Oui, il s’agit d’une paternité sublime conférée avec tout l’honneur, mais aussi avec toutes les responsabilités, qui découlent du titre de père.
Et si maintenant je veux me rendre compte des prérogatives, des obligations et des droits qui s’attachent au nom d’abbé et de père, je n'ai, semble-t-il, qu’à rappeler à ma mémoire le rôle si élevé et si noble exercé dans l’ordre de la nature par le père de famille, tel que Dieu lui-même l’a institué.
En premier lieu, c’est le père qui imprime à la famille groupée autour de lui, son cachet historique; je veux dire que, par le nom qu'il porte, et par tous les droits naturels de la parenté du sang, il relie les siens aux autres foyers habités par des frères, comme il les rattache à la lignée ancestrale remontant à la plus haute origine connue. C’est la gloire fondamentale de la famille et c’est le père qui en est l'instrument.
Il en est ainsi de la famille religieuse. Il ne suffit pas, en effet, que des personnes plus ou moins nombreuses soient groupées ensemble, sous le même toit, et suivent un même règlement pour constituer un institut régulier ; il lui faut remonter Par une ascendance légitime, jusqu’au berceau d’une communauté qui, ellemême tiendra sa première existence de l'autorité suprême de l’Eglise.
La vie religieuse est, en elle-même, aussi ancienne que l'Eglise, et durable comme elle. Elle est née du coeur du Christ, alors que par une vocation spéciale, il invitait les âmes d'élite à le suivre par un détachement suprême, dans la voie du sacrifice et de la sainteté (*).
Mais si elle est une dans son origine première, et dans son principe, elle se diversifie d'une façon indéfinie. Le but est le même, les moyens de l’atteindre
() Math. xx, 21.
sont :ombreux. Selon le langage de saint Paul (5), il ÿ à ‘me grande variété de grâces et de dons surnaturels. La vocation s'adapte aux âmes et aux circonstances, en même temps que la multiplicité des oeuvres soumises à l’action de la vie religieuse amène elle-même la création de tant d'ordres différents, qui tous concourent au bien général.
La vie religieuse devient alors comme une frondaison merveilleuse, jaillie de la vigueur, attestant la vitalité, et complétant la beauté divine de l’arbre mystique, planté par Jésus-Christ (°). Or, c'est par son père, successeur attitré de ceux dont la série ininterrompue la ramène à sa première source, que toute famille religieuse proclame sa légitimité historique, et se greffe sur le tronc de la vigne. C’est ainsi qu’il en est spéciale. rent de l'Ordre bénédictin, et de sa branche cistercienne. Et e’cst ainsi que la chose se réalise aujourd’hui pour cette abbaye de Notre-Dame-du-Lac, laquelle, bien que de date récente, peut cependant exhiber une filiation qui remonte à saint Bernard, à saint Benoit, à Notre-Seigneur lui-même.
L'importance de cette succession historique, trouvant son expression dans l'élection d’un abbé, fut bien démontrée naguère, au sein de votre Ordre, par cette épopée grandiose d’un Augustin de l’Estrange, qui,
(*) I Cor., xn, 4.
(°). Math., xmr, 31.