LE BAILLI, ROBERT
ROBERT
Me voilà , monsieur le Bailli.
LE BAILLI
Je ne te conçois pas , mon ami ; je t’ai revêtu d'une partie de ‘mes pouvoirs; c’est toi qui règles l'heure du travail des champs , de ta sortie et dp retour des troupeaux ; tout marche ici au son de ta musette , et je ne l'ai point encore entendue de ce matin ! «
ROBERT
Voilà que j’y suis , monsieur le Bailli. (// oa au fond du théâtre et joue un air de sa musette . ) ( Revenant au Bailli. )
C’est que je viens du château , voyez vous , et Monseigneur vous envoie , par moi , une grande nouvelle. ,
LE BAILIîf.
Quelle nouvelle ? ’ #
ROBERT
Qu’on attend, à toute heure, !e débarquement du Duc de Bretagne.
LE bailli , vivement .
De notre cher souverain ?
Aj - ROBERT.
Pardi J U y a d ij-huit ans qu’il était à la Palestine ; c’est bien le moins qu’il vienne nous faire une visite. Ah ! ah ! nous verrons à présent si notre voisin le châtelain de la Rocheforle viendra encore guerroyer sur nos terres. Le Duc de *. Bretagne n’entend pas à des rapines et à des injustices de la,'* sorte ! î
LE BAILLI
Sois tranquille , mon mémoire est prêt. Je l’enverrai par toi au grand Bailli , et nous serons vengés.
ROBERT
C’est que la dernière foi* qu’il vint nous visiter, avec ses hommes d’armes, sanste courage de Monseigneur, ce jeune et brave Sire de Montfort , qui les repoussa dans leurs rochers , quoiqu il lût déjà blessé, ces brigands-là se seraient emparés de nos moissons , de nos troupeaux et de nos filles.. On! le vilain voisinage que nous avons là !
LE BAILLI
C’est le plus félon et le plus déloyal des chevaliers.
ROBERT
Ne dit-on pas que , par scs mauvais traitemens , il a fait mourir la comtesse sa belle-sœur, qui était veuve ?
LE BAILLI
Ce qui est certain, c’est que cette vertueuse comtesse a péri dans le château de la Rocheforle , et que son méchant beau-frère possède l’immense héritage de La famille.
Oh I jarni , si je le tenais un jour seul dans la forêt , et qu’il ne me vît pas venir
• LE BAILLE
Allons dope , causeur ; fais résonner Ion instrument. Je rentre pour revoir mou mémoire.
( J/ rentre chet lui. )