AIMÉE, FRANÇOIS RENAUD
Enfin!... (Voyant Aimée.) C’est elle !...
AIMÉE, se retourne et arec un cri de surprise.
François !
FRANÇOIS
Eh bien, oui, c’est moi, François Renaud !
AIMÉE
Toi ici! à Ivry 1...
FRANÇOIS
Le chagrin m’étouffait là-bas... je m’ennuyais de toi... je ne vivais plus... alors je suis parti.
AIMÉE
Et comment es-tu venu de Strasbourg?
FRANÇOIS
A pied... je n’avais pas assez d’argent pour prendre la diligence... Ah! j’ai bien marché, val... Le premier jour j’ai fait vingt lieues, le second, quinze... Malheureusement ça ne pouvait pas durer comme ça... j’étais épuisé, je serais mort de fatigue...
U se laisse tomber sur une chaise h gaucho .
LA BERGÈRE D’IVRY
AIMÉE
Pauvre garçon !... mais dis-moi, tu as donc obtenu une permission, un congé?
FRANÇOIS
Non.
AIMÉE
Tu es venu sans permission?
FRANÇOIS
Quand je te dis que je mourrais de chagrin de ne plus le voirl... Tu n’avais pas répondu à mes lettres... mille pensées me brisaient le èœur... Est-ce qu’elle m’a oublié?... Estce qu’elle en aimerait un autre?...
AIMÉE
Quelle folie!
FRANÇOIS
Je ne dormais plus... je passais les nuits à pleurer... quelquefois la rage me prenait... Enfin, quoi! je serais devenu fou !
Depuis combien de jours as-tu quitté ton régiment?
FRANÇOIS, sans l’entendre.
Et toi, Aimée, as-tu pensé à moi? Pourquoi ne m’as-tu pas répondu? Tu n’as pas été malade?... Ah! je croyais que je n’arriverais jamais!
AIMÉE
Mais réponds-moi donc! Tu ne m’entends donc pas?
FRANÇOIS, comme réveillé.'
Quoi? que disais-tu?
AIMÉE
Je te demande depuis combien de temps tu as quitté Strasbourg.
FRANÇOIS
Depuis dix jours.
AIMÉE
Dix jours!... mais, malheureux, tu es déserteur!
Elle va fermer la porte do fond.
FRANÇOIS, simplement.
Oui... qu’importe! puisque je t’ai revue! puisque me voici près de toi!
Il se lève.