ACTE PREMIER
Mais lu ne peux pas rester dans le pays! tu seras reconnu, arrêté...
FRANÇOIS
Je me cacherai... nous nous verrons en secret.
AIMÉE
On finira bien par te découvrir. Il faut repartir à l’instant, rejoindre ton corps.
FRANÇOIS
Te quitter?... jamais!
AIMÉE
* Songe donc à quoi tu t’exposes! c’est le boulet!... que sais-je, moi ? c’est la mort peut-être!
FRANÇOIS
Qu’on me condamne! qu’on me fusille ! je reste! Qu’est-ce que ça me fait de vivre, s’il faut vivre loin de toi? Souffrir pendant huit ans encore les tortures de l’absence! non, mieux vaut en finir tout d’un coup!... Du moins comme ça je ne souffrirai plus!
Il s’assied à droite.
AIMÉE
Écoute-moi...
FRANÇOIS, amèrement.
Je n’ai pas de famille, moi! de mère pour me pleurer! je / ne l’ai jamais connut... elle m’a abandonné... ou elle est morte... je ne sais pasl... je n’ai jamais eu qu'une affection au monde, toi! La première lois que je t’ai vue, je t’ai aimée... Il y aura trois ans de ça... Tiens! au 2 du mois prochain... T’en souviens-tu? (i; sa lève) C’était un malin; tu apportais des œufs chez le père Orey qui lient la guinguette des Deux Moulins, où je servais comme garçon... En le voyant j’ai senti une joie au cœur... Il m’a semblé que l’abandon, la misère de mon enfance venaient de s'effacer... Jusque-là j’avais été un garnement, haïssant touf le monde., ne croyant à rien... Eh bien ! ce jour-là, moi le mauvais ' gàs, ce jour-là', je suis entré dans une église... , et j’ai prié Dieul
AIMÉE, avec émotion.
Eh bien! oui, je crois que tu m’aimes... Et, de mon côté, j’ai une sincère amitié pour toi... mais il faut partir... il le • faut!
FRANÇOIS, ta regardant fixement et avec jalousie.
Tu aimes quelqu’un?
t8 LA BERGÈRE D’IVRY
AIMÉE
Mais non!... je n’aime personnel... mais je tremble pour toi... va-l’en!... voyons! retourne là-bas!
FRANÇOIS
Oh! quant à ça, ne l’espère pas !
AIMÉE, suppliante.
François!... mon ami!...
FRANÇOIS, avec forco.
Jamais! te dis-je! jamais!...