ACTE TROISIÈME
tout, peu m’importe! lime tue ou je le tue; la chance est égalé et ce sont les situations ordinaires que dénoue un coup d’épée.— Mais vous, vous, Hortense, que devient votre repos, votre honneur, votre avenir? Et vous ne tombez pas seule sous le scandale; vous entraînez avec vous celle qui mourraitde vous voir flëtriel... et celle-là, Hortense, nous n avons, ni vous ni moi, le droit de la tuer ; c’est votre mère!
HORTENSE, d’nne voix sombre, se levant. Dans ce mouvement, son voile tombe derrière le canapé.
Monsieur de Granval, vous êtes venu chez celte mère dont vous parlez, et c’est laque vous m’avez dit que vous m’aimiez!. ..Vous êtes venu chez cet époux, dont l’honneur aujourd’hui vous inquiète, et c’est là que vous m’avez encore dit que vous m’aimiez! Je vous trouvais partout; et partout, au bras de mon mari, dans les bras mêmes de ma mère, vos regards venaient me dire que vous m’aimiez!... La fièvre m’a prise; le vertige m’a saisie; moi aussi je vous ai aimé!... Ah! je suis coupable, je lésais!... mais celte faute, est-ce à vous de me la reprocher?,..
LE COMTE
Hortense !...
HORTENSE, changeant de ton.
Mais non!... vous vous faites un jeu cruel de me railler... C’est une épreuve!., oui, c’est cela, une épreuve! car, je vous fuyais, moi, je vous avais ordonné de partir, moi, je ne voulais pas être criminelle, je ne voulais ni mentir ni tromper... Ce sont vos lettres, ce sont vos serments qui m’ont rendue folle ! Si vous ne m’aimiez pas, vous ne seriez pas venu au milieu des miens troubler mon repos, égarer ma raison. Vous m’aimez... Oh! dites-le moi, ce mot qui me justifie à mes propres yetlx... ce mol que vous avez murmuré tant de fois a mon oreille, diles-le moi encore ! (Le comte gardo te silence.) Ah ! monsieur de Granval, vous êtes un lâche... adieu !...
Elle s’élance pour sortir et s’arrête immobile en reconnaissant la voix de , son mari. •
FAUVEL, an dehors.
Mais je n’ai qu’un mot à lui dire, à votre maitre!.... Que diable, iaissez-moi entrer!...
HORTENSE, avec effroi.
Lui!... c’est lui!...
BOURGOGNE, entrant.
M. Fauve! insiste pour parler à monsieur le comte.
48 LA BERGÈRE D’IVRY
LE COUTE
Fais attendre !
HORTENSE
Il m’a suivie ! Il m’a vue! Il sait que je suis ici !
LE COMTE
Le renvoyer, c’est éveiller ses soupçons!... Tenez par cette porte...
It indique la porte par laquelle sont sortis les officiers.
VOIX DES JEUNES GENS, an dehors.
Il faut rire, il faut boire,
A l'hospitalité ! . . .
LE COMTE
Arrêtez 1
HORTENSE
Ah! vos amis, n’est-ce pas, monsieur de Granval? Ils me verraient!... qu’importe, puisque je suis perdue!
LE COMTE
M. Fauvel ne sait rien peut-être !... Entrez là! (u onrre one
porte, premier plan, & droite. — Hortense s’y précipite, à hante toIi.)
Eh bien, Bourgogne, fais donc entrer M. Fauvel!...
Fanrel parait an fond.