GÉOGRAPHIE POLITIQUE
§ 16. Division territoriale et population.
Comme nous l'avons déjà dit, physiquement parlant, la province est divisée en deux grandes parties, mais politiquement elle est divisée en huit
districts.
Ils sont loin d'être égaux; ceux deKagoul et d'Akermann sont presque deux ou trois fois plus grands que quelques autres.
La ville à'Ismaël fait une division à part , mais elle est gouvernée cependant par le gouverneur de la province.
Les huit districts, en allant du nord au sud, sont ceux de Chotin, Soroka, Belz, Orgief, Kichinew, Bender, Kagoul et Akermann.
Quant aux colonies, elles ont leurs divisions particulières, comme je l'ai indiqué au paragraphe septième.
La population totale de la province est de sept cent vingt-deux mille et vingt habitants, savoir 384,535 personnes du sexe masculin, et 337,587 du sexe féminin ; on se rappelle que les colonies entrent dans ce nombre pour 60 mille.
Le district de Chotin a 118,311 habitants,
Celui de Soroka en a 81,540 »
d de Belz en a 78,255 »
» d'Orgief en a 82,654 »
» de Kichinew en a 110,660 »
» de Bender en a 44,778 »
» de Kagoul en a 100,006 »
» d'Akermann en a 68,950 »
Enfin la ville d'Ismaël en a 36,871 »
La surface de la province est de 399,000 sajènes carrées, c'est-a-dire de 1,700 lieues carrées; c'est environ 500 de moins que la surface de la Suisse. En conséquence de ces chiffres , la population moyenne est de 425 habitants par lieue carrée; c'est un peu plus que certaines parties montagneuses de la Suisse, comme les cantons du Valais, d'Uri , des Grisons ; mais c'est moins que la population moyenne de la Suisse, qui est de H 27 par lieue carrée.
Je terminerai ce paragraphe en disant que la Bessarabie a pour armoirie une tête de vache.
§ i7. Description des lieux.
Voici mon dernier paragraphe; je consacrerai quelques mots à chaque district séparément. Je ne m'arrêterai pas a tous les villages ou bourgs, nonseulement parce que je ne les connais pas tous, et qu'il n'existe pas de livre qui puisse venir à mon aide; mais surtout parce qu'un bon nombre n'ont rien de remarquable, ne sont composés que de petites maisons parfois souterraines, et qu'enfin ils sont très-nombreux.
J'ai visité beaucoup de lieux dont je ne dirai rien , malgré que je les connaisse assez bien, parce qu'ils sont chétifs. Il est fort naturel qu'un pays qui est depuis peu de temps sous la domination Russe n'ait pas encore tous ses villages arrivés à un état confortable. Les améliorations se font assez rapidement, et sans doute qu'un jour on pourra passer dans chaque localité avec plaisir.
1° District de Chotin.
ïl§si circonscrit par le Pruth, la Boukovina, le Dniester, le district de Soroka et celui de Belz. Son sol est un peu accidenté et en partie couvert de forêts; plusieurs petites rivières l'arrosent, entre autres la Larga. Il est vivifié par l'activité qu'on
y déploie pour exporter et importer des marchant dises diverses par la frontière russo-autrichienne.
C'est le plus populeux de tous les districts; sa surface est de 3,375 verstes carrées, soit a peu près 140 lieues carrées, en sorte que sa population, qui est de 60,612 personnes du sexe masculin, et 57,696 du sexe féminin , offre une proportion de 840 habitants par lieue carrée. C'est à peu près la proportion qui existe dans le canton d'Untervvalden en Suisse.
Chotin, chef-lieu du district, est une ville dont la forteresse a eu toujours beaucoup d'importance, et qui en a encore, à cause de sa proximité du territoire moldave, mais surtout du territoire autrichien dont la limite est a quinze verstes de la ville.
Elle a subi divers sièges, entre autres celui dans lequel les Russes s'en emparèrent la première fois, en 1739, sous le maréchal Munich; mais les Turcs s'en emparèrent de nouveau en 1769.
En 1770, le comte Roumanzow la fit de nouveau tomber entre les mains des Russes qui la gardèrent jusqu'en 1774, où elle fut rendue aux Turcs par un traité.
En 1790, sous Potemkin, les Russes s'en emparèrent pour la troisième fois et la gardèrent jusqu'au traité de paix de Yassi, 1792.
Prise enfin pour la quatrième fois, en 1806, par le général Michlason , elle est définitivement
restée aux Russes depuis, ainsi que toute la province, par le traité de paix de Bukarest, en 1812. Aujourd'hui la ville a une garnison ; on y voit peu de bâtiments remarquables parce que sa population est en grande partie juive; on y compte quelques milliers d'habitants.
Novosélitza , bourg situé à l'extrême pointe occidentale du district, à la limite d'Autriche. C'est la que se trouvent la barrière et la douane pour les marchandises et les voyageurs qui viennent en Russie par Tchernowitz. On importe annuellement par cette barrière pour près d'un million de roubles d'argent de marchandises, et on exporte généralement plus encore qu'on n'importe. La douane rapporte à l'Etat passé 40,000 roubles d'argent en droits perçus. Novosélitza a , entre autres choses remarquables, outre la douane, une magnifique maison de seigneur avec un immense jardin y attenant. Chaque semaine un bazar se tient sur la place publique, et ce marché hebdomadaire est assez considérable.
Ce bourg fut fondé au XVIme siècle par des Cosaques qui étaient venus, sous les ordres de leur hetman Swergoioskoi, au secours de l'hospodar de Valachie, contre les Turcs.
Lipkany, bourg dans une charmante exposition, a la frontière moldave. Une barrière et une douane s'y trouvent, comme à Novosélitza, mais ayant beau-
coup moins d'importance. On importe annuellement de Moldavie par Lypkany pour environ 25,000 roubles d'argent, et on exporte par la pour environ 35,000 roubles d'argent. Les droits perçus par la douane s'élèvent à 5,000 roubles.
Sikouriani, bourg situé près de la source du Tchougour, à quelques verstes du Dniester, non loin de la frontière orientale du district , près celui de Soroka.
Britchani, petite ville située entre Lipkany et Sikouriani , presque à égale distance de ces deux localités, sur un affluent du Rakovets.
Edintsi, dernière bourgade du district, à la frontière de celui de Jasski , sur la route de Belz.
Les principaux villages de ce district sont :
1° Sur la route de Novosélitzaà Lipkany: Tarasadtzi, Vantchintsi, Kostêtchani , Chendrêni, Négrintsi, Kocliouliani, Stanilechti. Ici la route se divise : un embranchement va dans la direction de Lipkany, et l'on y trouve: Kouchva, Tchabrov et Drebkaoutsi. Sur l'embranchement qui va a Chotin, on remarque Gijdgou et Dankaouchi.
2° De Lipkany, la route va à Ataki sur le Dniester (outre une division qui va au midi par Edintsi); on trouve sur celte route : Balasinechti, Trinka, Tirnova , Ginkaouchi et Oknitsa.
3° Le long du Pruth , depuis Lipkany jusqu'au
sud du district: Charoutsi, Pérerita, Tremechti, Bogranechti et Badraje.
4. Le long du Dniester: Pêrêbikaoutsi , Mlinki, Routchotin, Rachkov, Ataki (sur la route de Chotin à Kaminiek), Anadoli, Birnova, Konobka, Voronovitsa, Makarelka, Restévu, Komarévo, Molodova , Kortan , Pétronava , Otov , Vasinoutsy , Rospopentsi et Volochnov.
5. Dans l'intérieur du district : Environ une centaine de villages et hameaux, parmi lesquels on remarque: Poliana, Bouchkaoutsi , Chilovtsi, Malintsi, Zarojani, Charoutsi, Nédobaoutsi, Bèresta, Forvetna , Cherbintski , Kotèloou , Tolbouriani , Nesvoia, Kichlazelena , Larga, Kolmintsi, Lou~ katcheni, Gramanhaoutsi , Karlaksou, Romankaoutsi, Kobolotchin, Kotalna, Tabani, Karapoucheni, Markaoutsi, Glinoïa, Gordinechti, Khalakhorèni, Vaskaoutzi, Bourlanechti.
6. Le long de la Tchougour: Roujnatsa, Grinooutsy et Migalachéni.
7. Enfin a l'Ouest, sur la frontière de la Boukovina: Stroïnitsi, Revkaoutsi, Rakitna, Kolinkaoutsi, Gremechti, Balarnoutovka.
Un ruisseau appelé Rakitna, qui se jette dans le Pruth, sépare la Bessarabie de la Boukovina.
2° District de Soroka.
Il est circonscrit par le Dniester et les districts
de Chotin, de Belz et d'Orgief. Son sol présente les mêmes caractères que celui du district précédent. On ne trouve des forêts qu'au nord et au sud du district, outre un peu le long du Dniester. La Réout et son affluent le Koubalta y prennent leur source.
Sa surface est de 3,748 verstes carrées, soit environ 148 lieues carrées, et sa population de 44,122 masculins et 37,418 féminins, ce qui fait 550 habitants par lieue carrée. C'est la moitié de la proportion qui existe dans les cantons de Vaud et de Fribourg, en Suisse.
Soroka , chef-lieu du district , petite ville située non loin du Dniester , habitée en partie par des Juifs, comme du reste la plupart des bourgades du pays. — Elle a toujours suivi l'histoire de Chotin et fut occupée tour-a-tour par les Russes et par les Turcs.
Une bataille assez importante se livra à cette époque de troubles sous ses murs. Ses propriétaires, et en général ceux du district, ont fait de grandes pertes de bétail en 1844.
Vadi-Patkove , bourg situé dans la vallée du Dniester, sur le fleuve ou a peu de distance du moins, près de la pointe la plus septentrionale du district d'Orgief; un autre Patkov existe en face de celui-ci, mais dans le gouvernement dePodolie.
Àtahi est une autre bourgade de ce district
aussi près du Dniester et en face de Mohila qui appartient a la Podolie.
Ces deux bourgs sont les seuls du districts et ils offrent peu d'importance, si ce n'est comme lieux de passage pour ce qui se rend en Podolie depuis cette partie du pays , surtout Ataki.
Parmi les villages, nous remarquerons :
1° Le long du Dniester: Naslavie, Slobodka, Vérejani, Lenkaoutsa, Kalaraïska, Ingri, Roudi, Samolevka, Balichtchi, Jarouga, Krémentchouk , Vélochnitsa, Kourechnitsa , Bougsorokva , Zaetinki, Bisilikaia, Voronhèï, Tscherlina , Zaloutcheni, iVapadovo, Sénatovka, Jabka, Nirnikova et Sokoli. On y trouve en outre les monastères de Lalova, Jorogénitsa, etc.
2° Près de la frontière de Chotin : Rouseni, Bélicchti, Polada, Pripaoutsi, Dinjéni, Paoustov , Birnova.
3° Près celle de Belz : Fontinaalba , Frasino , Khasnachani, Koubolta, Goura-Kdinari, Tsenlechti, Kopotcheni, Prepélitza.
4° Près du district d'Orgief: Razalëi, Balachechti, Prodanechti , Retchechti, Zagoma et Chostitsi.
5° Sur la route de Soroka à Belz : Kaïnario, Bézéni et non loin de là, sur la Réout: Isvora, Froumochaka, Grifanechti , Savirova; et plus bas: Markoulechti , Florechti, Bohougechti, Gindechti, Gorojenni, Prodanejti.
6° Sur la route de Soroka à la frontière de Choiin, passant par Ataki : Larva, surnommé Niorkani, Merechevka , et Lipnik.
7° Enfin quelques villages de l'intérieur du district : Britchani, Chalviri, Kotova, Nikorechti, Radouleni , Tchérenksow , Vaskaoutsi , Kêtrosi, Dandchiani , SkinètsL
3° District de Iassky , ou de Belz.
Il est circonscrit par le Pruth et par les districts de Chotin , Soroka, Orgief et Kichinew.
Il a très-peu de forêts et son intérieur est en grande partie inhabité encore. Malgré cela, Belz est vivant à cause du commerce considérable de bétail qui s'y fait.
La surface de ce district est de 5051 verstes carrées, soit 200 lieues.
Sa population se compose de 40,864 masculins et 37,589 féminins , ce qui fait 590 habitants par lieue carrée. C'est a peu près la même proportion que dans le canton du Valais en Suisse.
Belz, ville importante et commerciale, est le chef-lieu du district. C'est avec plaisir qu'après avoir parcouru le pays depuis Novosélitza jusque-là, sans trouver presque d'activité, on arrive dans Belz: la l'activité règne, les marchands sont nombreux et la population considérable. Outre un marché, je dirai
quotidien, cette ville a des foires de bétail excessivement fréquentées; on y fait chaque fois pour plusieurs millions de roubles d'affaires. De toutes les parties de la province on expédie du bétail pour la foire de Belz.
La ville n'est pourtant pas belle , tant s'en faut , elle est même assez délabrée; car, sauf quelques maisons confortables et l'église, qui est grande et belle, tout le reste présente l'aspect du délaissement ou du laisser-aller le plus coupable; mais ce qui donne à Belz tant de poids, c'est sa position au milieu du district dont elle est le chef-lieu, à proximité de la Moldavie, sur la route de l'Autriche, et l'absence de toute autre ville dans le voisinage.
On y trouve des fruits en abondance ; les marchands sont essentiellement juifs.
Il s'est livré près de cette ville une bataille et elle fut pillée par Gérai chef des Tatares, qui envahirent la province et tous les pays voisins vers la fin de la domination des Génois, c'est-à-dire vers la fin du XVme siècle.
Falêcheti, bourg situé entre Belz et Skouliany, sur la route de Moldavie. Un combat y fut livré dans le temps des démêlés turco-russes.
Skouliany, vers le Pruth, est une ville frontière avec une douane pour ce qui s'importe de Moldavie ou s'y exporte par cette voie. Elle a presque autant d'importance que celle de Novosélitza. Les expor-
talions montent a plus d'un demi-million de roubles d'argent, et les importations à près de huit cent mille roubles, en sorte que la douane perçoit en droits passé cinq mille roubles d'argent.
Monument de Potemkin. Ce monument, situé dans la partie sud-ouest du district, fut élevé en mémoire du prince Potemkin qui, malade, se rendant a Nikolaiew depuis Jassi, mourut sur cette place entre les bras de sa nièce, en prononçant le nom de Catherine sa souveraine. On dit qu'en pas-r sant auprès de ce monument dégradé, en 1829, l'empereur Nicolas en a ordonné la restauration.
Les principaux villages sont :
1° Le long du Pruth: Karpatch, Koukonechti, Charbaka, Kotechti, Avrameni, Vasiléoutsi, Montiani, Bésérikani, Eoioutcheni , Gorechti, Ontenni. Toksobeni, Meklaoucheni, Blindechti, Siméni, Brana, Zagarantcha , Ingéni, Danoutseeni.
2° Le long du district de Soroha : Parkov , Pelénëi, Alexandreni, Radoia, Singera.
5° Au midi: Todorechti, Pirmitsa, Ontsesti, Napadeni, Mirtchesti, Kodratechti, Gilitcheni, Tchouloukani, Flomondzêni.
4° Près du district de Chotin : Brindzéni, Blintsinaoutsi, Terebna, Pourtchouléni , Kontchin, Kétrochika.
L'intérieur reuferme quelques villages, comme Pjirjota, Léonardovka, Limbèni, Oustvé, Obréja;
puis une foule de maisons éparses, appelées khoiitres.
4° District d'Orgief.
Il est circonscrit par le Dniester et les districts de Soroka , de Belz et de Kichinew.
Son territoire est en partie boisé , et son sol présente en certains endroits de la pierre propre k la confection de la chaux, ce qui est une branche d'industrie pour une partie des habitants. Ce sol est parfois accidenté passablement. La surface du district est de 3,560 verstes, soit 146 lieues carrées, Sa population est de 42,458 hommes et 40,196 femmes , ce qui fait une proportion en rapport avec celle du district de Soroka.
Orgief, chef-lieu du district , est une petite ville assez importante. Comme Soroka, d'ailleurs, elle a toujours subi le sort de Chotin. Son territoire est arrosé par la Réout. Les habitants d'Orgief devraient tenir la place publique un peu plus propre qu'elle ne l'est; j'ai été désagréablement affecté en la voyant.
Telénesti, petit bourg situé près de la frontière du district de Belz , entre une forêt et un embranchement de la Réout.
Kriouliany, autre bourgade, plus grande que la précédente, située près du Dniester, au sud-est du district , sur la route qui conduit de Kichinew à Doubasari dans le district de Kherson.
Les villages principaux sont :
1° Sur les frontières de Belz et de Soroka : Kornova, Rêdéni, Kirovo, Chiricheni, Banechti, Dadouléki, Pistroueni^ Gaouzêni, Dobroucha, Chibka-
2° Au midi: Touzara, Patouika, Virienka, Tatarchéti, Gréblechti, Pachkani, Faurechti, Brouichvo, Ivantcha, Kobilka, Krouglin, Kamintcha, Bochkani, Bézin, Galechti.
5° Le long du Dniester: Poïana, Tarakova, Solontchéni, Bochernitsa , Tchorna, Stocknoïa, Boutchouchka, Lopatha, Najora, Vckikaoutsi, Racoulechti, Malovata, Gorelkani , Istié , Kacliernitsa.
4° Dans l'intérieur: Isvori, Kikèrezni, Oknitsa, Malaechti, Tchokolteni , Sarateni, Bravitcheni, Morozeniy Poutsou'itëi , Godoroja, Vorotéits, Ignatsëi , Lipitcheni, Skortseni, Kourieni.
o° District de Kichinew.
Il est circonscrit par le Pruth , le Dniester et les districts de Belz, Orgief, Kagoul et Bender.
11 est en partie montueux et assez bien arrosé. De tous les districts, c'est celui qui a le plus de forêts.
Les districts de Chotin et de Kichinew sont les seuls qui s'étendent du Dniester au Pruth. La surface de celui qui nous occupe est de 5075 verstes carrées, soit 125 lieues. Sa population est de 59,164
masculins et SI, 496 féminins, ce qui fait 1000 habitants par lieue carrée ; c'est la proportion qui existe dans le canton de Glaris en Suisse.
Kichinew, chef-lieu du district et capitale de la Bessarabie, est une ville d'environ 50,000 habitants, dans la vallée du Bik, non loin de cette rivière.
Vue de loin, elle produit un bel effet, et son intérieur répond en grande partie à ce qu'on en attend.
Je la vis un jour, c'était le matin, éclairée par les rayons d'un soleil radieux ; elle présentait un coup d'œil je ne dirai pas enchanteur, mais pourtant délicieux : la blancheur des maisons, le con^ traste qu'elles formaient avec les arbres qui l'entourent ou qui ornent ses places, le nombre passable de coupoles qui s'élèvent au-dessus des maisons, l'heure matinale, la beauté du jour, tout en un mot s'accordait pour laisser dans mon esprit un souvenir agréable.
La partie ancienne de la ville, sur la rive gauche du Bik, ne présente de remarquable que quelques églises et son long bazar abondamment pourvu de fruits divers.
Dans la partie neuve, sur la droite du Bik, on trouve de beaux bâtiments, entre autres ceux qui appartiennent à la couronne, lesquels sont affectés
aux autorités, tribunaux de la province et au gouverneur de la Bessarabie.
Plusieurs bâtiments particuliers se distinguent aussi, surtout vers la place du bazar neuf; l'un des côtés de cette place est borné par un magnifique édifice : c'est le collège. Ce collège renferme environ 80 élèves qui se préparent a entrer dans le lycée d'Odessa. On y enseigne les éléments des sciences et les langues russe, française, allemande, moldave et latine. Une place destinée a la gymnastique accompagne ce collège.
Près des bâtiments destinés aux autorités provinciales , on remarque deux jardins publics , grands et très-bien ordonnés, surtout celui qui est surnommé de la couronne.
En y entrant, on trouve cinq sentiers qui partent dans autant de directions différentes, formant ainsi quatre triangles qui bientôt se subdivisent en triangles plus petits, formés par des sentiers nouveaux, mais qui, comme les premiers, partent d'un point central et forment un éventail. Au centre de cette promenade, dont tous les triangles sont peuplés de bois de diverses essences, on trouve une balançoire pour les nobles. Au fond de ce jardin est une confiserie et, tout auprès, des bancs sous des arbres formant des arceaux tellement touffus que le soleil n'y pénètre pas : lieu délicieux.
L'autre promenade publique est un immense
carré, bordé de bois de haute-futaie. L'entrée est une porte en forme d'arc de triomphe, qui a dû coûter plusieurs milliers de roubles ; on y remarque des colonnes de l'ordre ionien.
Au milieu de cette place publique s'élève une église russe, la cathédrale, bel édifice, dont la sonnerie est bien passable, quoiqu'elle ne vaille pas celle de la cathédrale d'Odessa. Non loin de là est encore une petite chapelle russe dépendant de la résidence archiépiscopale, car c'est à Kichinew que réside l'archevêque de la province.
A part ces deux églises, où le service se fait en langue russe, les autres sont moldaves, et la ville elle-même est une ville presque toute moldave.
Les autres églises sont au nombre de sept, outre une synagogue juive. Parmi elles on en trouve de fort jolies, entre autres la luthérienne qui est près du jardin de la couronne.
Plusieurs rues sont élégantes, mais plusieurs aussi sont sales, surtout la rue des Juifs ; elle est tellement peu agréable qu'on a hâte d'en sortir.
Le commerce de Kichinew est assez considérable, mais les choses y sont aussi chères que dans les autres parties de la province.
On y trouve une espèce de banque publique, beaucoup de magasins, mais il n'y a ni librairie, ni imprimerie, mais bien une lithographie. On y trouve
aussi une petite bibliothèque. Le Bik fait tourner plusieurs moulins a l'usage de la ville.
En un mot, Kichinew promet beaucoup; elle a dignement remplacé Bender comme capitale, quoiqu'il n'y ait pas longtemps qu'elle soit une ville importante.
Gantchesti, seule bourgade du district, est située vers le Sud-Ouest, près de l'origine du Kondouc, dans un pays de bois.
Les villages principaux sont :
1° Au Nord: Milechti, Voltchinentz, Gorodchi, Lozova, Vornitclieni, Gilaouza, Baliechti, Mikaoutsi, Dreslitchenni, Krikov, Tchoplenni, Kètro.
2° Vers le Dniester : Vadaloiiï-Vodi, Malo-Potagino, Balàbanechti.
5° Au midi et à Vest: Topori, Mirécheni, Farlideni, Chanêka, Chotechti, Redseni, Boudeï, Tsipili, Tchimichléni.
4° Sur le Pruth : Kotoumar, Nemtsèni, Zbaroïa, Grotchesti, Barbini, Frosinechti, Makrarechti.
o° Dans l 'intérieur: Tchoutechti, Bouda, Sadova, Koridouchtsa, Kojouchna, Kitcliera, Pétrikani, Syroutcheni, Prisaka, Rapriani, Dourlechti, Calaracha (près de là existe un monastère remarquable, dirigé par un habile archimandrite).
6° District de Bender.
11 est circonscrit par le Dniester et les districts de Kichinew, Kagoul et Akermann. Son sol est accidenté, couvert un peu de forêts vers le nord , et il est passablement bien arrosé; cependant c'est, de tous, le moins peuplé.
Sa surface est de 5418 verstes, soit 156 lieues carrées. Sa population s'élève à 24,460 masculins et 20,518 féminins, ce qui fait 502 habitants par lieue carrée; à peu près comme dans les Grisons en Suisse.
Bender, chef-lieu de district et ancienne capitale de la province , est une ville d'environ 8000 habitants.
La ville est k quelques pas du Dniester, et sa forteresse au bord même du fleuve.
Dans l'enceinte des fortifications se trouvent plusieurs grands bâtiments, qui forment une seconde ville qui a son église particulière.
La ville elle-même présente un certain nombre d'édifices confortables, surtout ceux qui avoisinent l'église ; celle-ci est fort belle, mais unique. Il y a aussi a Bender une synagogue, et le grand rabbin du pays y demeure.
La position de la ville est assez agréable; le commerce se fait là sur une petite échelle.
Un peu en dehors de la ville actuelle, près d'une ancienne synogogue, se remarque l'emplacement de l'ancienne ville turque, dont les places de maisons sont encore très-visibles, Entre cette place et la forteresse , on remarque un joli bâtiment qui était jadis un restaurant turc; c'est aujourd'hui la demeure du juge de Bender, qui m'a donné, lors de ma visite en cette ville, une généreuse hospitalité.
On passe, près de Bender, le Dniester sur un bac ! Combien souvent il faut attendre, pour passer, plusieurs jours!
A une verste de la ville, on trouve un emplacement pour camper les soldats en été. J'ai trouvé ce camp assez bien organisé.
Goura-Halbina, bourg situé à l'extrémité nordouest du district, sur la route de Kichinew à Léovo, entre deux forêts.
Le Nouveau-Kaouchane, bourg situé au fond d'un vallon sur la Botna. Il y a beaucoup de Juifs qui font un petit commerce. Au centre du bourg s'élève un bâtiment très-confortable, a l'usage d'une école élémentaire. L'église est assez jolie. Les autres maisons sont médiocres, sauf l'auberge. Il est assez dangereux de descendre la colline qui domine Kaouchane , tant elle est rapide.
Le Vieux-Caouchane est un village situé à une demi-lieue de l'autre.
Au sud , on trouve la magnifique propriété de feu
Mme Edling, qu'on nomme Manzire; elle est un modèle pour tous les agronomes.
Les principaux villages de ce district sont : Malechti, Pougoï, Tsentsèren, Kobousca, Star-Doubasar, Cherpen, Télitsa, Kalfa, Rochkanis, Bilbouba, Borisovo, Kttskani, Kapanka, Léontievo (ce hameau est des plus agrestes, plaisant à un haut degré), Opatche, Zaïm , Tchora-Mourza, Sadakli, Sélêmet, Taraklia, Ganzoura, Tokousa, Vamitsa;ce dernier, a 8 verstes de Bender, sur le Dniester, fut le séjour de Charles XII pendant le temps qu'il demeura en Bessarabie.
7° District de Kagoul.
Il est circonscrit par le Danube , le Pruth et les districts de Kichinew, de Bender et d'Akermann.
Sa partie occidentale a quelques forêts, mais toute l'orientale en est dépourvue. Le sol est assez bien arrosé et offre plusieurs nappes d'eau , comme les lacs àeKitdi, Katlabourg, Jalpoug, Kagoul (voyez le § XI).
Ce district a une surface de 9,567 verstes ou 570 lieues carrées; c'est le plus étendu de tous; mais sa population n'est pas en proportion de sa grandeur; elle est de 55,055 masculins et 47,055
féminins; ce qui fait 270 habitants par lieue carrée; c'est la proportion du canton d'Uri, en Suisse.
Kagoul, chef-lieu du district, est une ville neuve située près de la Balatcha, à quelques verstes du Pruth. Chaque jour, cette petite cité prend de l'extension , sous la surveillance immédiate de son excellence le gouverneur de la province, M. Fédérow, auquel elle appartient. On dit qu'elle n'a coûté, il y a quelques années, que 50,000 roubles et qu'elle en vaut aujourd'hui 600,000.
Léovo, petite ville située vers le Pruth, au nord du district, sur la route de Moldavie, a une barrière et une douane. On importe par là pour une quinzaine de mille roubles de marchandises , et on en exporte pour une valeur plus considérable de quelques milliers de roubles d'argent.
Les droits qu'on y perçoit montent à 5,000 roubles d'argent.
jRém, petite ville située sur le Danube, a l'extrémité sud-ouest du district et de la province, importante a cause de sa quarantaine; cependant cette quarantaine n'est pas aussi importante que beaucoup d'autres; elle dure 4 jours pour chaque étranger qui vient par le Danube, ou qui aurait passé le Pruth ; il en est de même à Léovo, Scouliani et Lipcany.
Bolgrade, grande colonie et bourgade bulgare, composée d'environ 2000 familles , vers l'ex-
trémité nord-est du lac Jalpoug, sur la route qui conduit de Kagoul à Ismaël. On y remarque un temple magnifique qui a coûté 700,000 roubles, les images de saints coûtent à elles seules 40,000 roubles. Autrefois, le supérieur de toutes les colonies, M. le général Insof, y habitait; aujourd'hui il n'y a plus qu'un inspecteur des colonies.
Kortal, petit village situé sur le Danube; je le nomme parce que c'est le seul qu'il y ait entre Ismaël et Reni; il est près du lac Kagoul.
Les autres villages sont :
f° Le long du Pruth: Pogotechti, Sarata-du- Pruth, Novo-Ganasen, Vitrièvia, Totchéni, Loki, Vadoulou-Jeaki , Kolibachi, Brinza, Valent, Siobmare, Kièlitsa, Djourjoulechti.
2° A Vest: Enihoï, Sèliotchlou, Gtavan, Koupériani, Dioléme, Tverditsaw,Bachkalia, Tchok, Tchoukour, Topala, Javgour, Karakoiïi.
3° Dans Pintèrieur : Kazanjik, Borogan, Bechtalma, Baourtchi, Tatar-Koptchak, Koubëi, Boutlatcheni, Grétchéni, Badji-Obdoula , Dermentdéré, Vaisal, Chikirlik-Kitdi, Kdiraka, Karaka, Karakourt, Inpoulsita, Gadjikëi, Kaziklia, Kicili, Tchobalaktchia, Akbota, Enikoï, Mokrechti, Porombechti, Konstantinovka.
Ismaël, ville formant une division à part, est circonscrite par le district de Kagoul; placée sur le Danube, elle a une grande importance, soit comme
port, avec une flotille et un commerce florissant, soit comme forteresse ayant une garnison considérable, vu sa proximité de la Turquie.
Les abords du Danube sont assez pittoresques; on y trouve de la vigne , des roches terreuses d'une hauteur bien passable au bord de Peau. Plusieurs jardins se font remarquer près de la ville ; ils sont en partie arrosés par de Feau qu'on fait remonter du fleuve au moyen de pompes.
Depuis que le soleil est couché, on ne peut pas entrer dans la ville par eau, à cause de la quarantaine; on prend cette précaution pour qu'il n'entre personne venant du dehors de la Russie qui n'entre dans ce lazareth. Depuis une petite éminence qui couronne la quarantaine , on découvre au delà du fleuve la ville turque de Toultcha, et plus loin des montagnes.
Le commerce d'Ismaël consiste essentiellement en grains ; on peut voir au paragraphe 9 , à l'article du Danube, les espèces de vaisseaux qui passent là. Les rues sont assez bien alignées et bordées d'acacias. La forteresse n'est pas aussi forte, a mon avis, que celle de Kilia; mais elle est beaucoup plus grande et renferme, dans son intérieur, une petite ville , et même autrefois la ville turque s'y trouvait en entier. Aujourd'hui on y trouve de beaux bâtiments , la plupart appartenant a la cou-
ronne , et en outre deux églises grecques et un couvent.
En dehors de la forteresse, la ville s'étend déjà au loin et renferme bon nombre de magasins, de maisons notables, d'auberges, etc. Un bon nombre d'églises la décorent ; sa principale a une belle sonnerie de dix cloches. La quarantaine est au bord du fleuve. Jusqu'ici on y a vu deux fois la peste : en 1829 et en 1836. Celle de 1829 fut meurtrière ; beaucoup de personnes succombèrent.
Parmi les églises, on en trouve une catholique. Les quelques évangéliques qui sont dans cette ville sont privés de service divin régulier.
Quant à l'histoire d'Ismaël, c'est presque la même que celle de Chotin qu'on peut lire au commencement du paragraphe : de tous les sièges que la ville a soutenus, celui de 1790, sous Souwarow, fut le plus terrible. Voyez-en la description vers la fin du paragraphe premier.
Aujourd'hui, Ismaël est peuplée de36,900 habitants, savoir 28,845 du sexe masculin, et 18,055 du sexe féminin; c'est la seconde ville de la province.
8° District d'Akermann.
Voici enfin le dernier effort de ma plume: la description du district d'Akermann.
Il est circonscrit par le Dniester, le Danube, la Mer Noire, le district de Kagoul et celui de Bender. C'est le seul qui touche les deux fleuves de la province, et même c'est le seul qui touche la mer. En cela déjà il a quelque chose de particulier; mais il diffère des autres par plusieurs caractères encore :
1° Par l'absence totale de forêts, car on ne peut pas donner le nom de forêts aux quelques bouquets de chênes que l'on trouve vers le nord-est du district.
2° Par la stérilité d'une bonne partie de son territoire qui est un vrai steppe.
3° Par le dépeuplement de certains coins de l'intérieur.
4° Par ses lacs salés et l'exploitation du sel.
5° Par son sol généralement plus sablonneux qu'ailleurs, surtout dans le voisinage du chef-lieu.
6° Par le nombre des colons étrangers qui l'habitent.
7° Enfin par quelques plantes particulières.
Sa surface est de 7,424 verstes, soit 500 lieues carrées, et sa population est de 36,955 masculins, et 31,995 féminins, ce qui fait environ 230 habitants par lieue carrée; c'est moins qu'au district de Kagoul même , et par conséquent moins que dans tous les autres districts.
Akermann, chef-lieu du district, est une ville très-ancienne, et qui a plusieurs fois changé de
nom. Au temps des anciens Grecs, elle s'appelait Niconium. Sous les Génois ce fut Mon-Castro. Sa position au bord d'un limane, non loin de la mer, Fa toujours fait rechercher comme un point commercial important. Depuis que la Mer Noire a vu s'élever en Russie de grandes villes, comme Odessa et autres, Akermann a perdu son prestige; mais si on en faisait un jour une ville franche, comme l'est actuellement Odessa , elle serait bientôt une des premières villes de la Russie-méridonale , et ce serait, pour toute la Bessarabie, le commencement d'une ère nouvelle, et un signal annonçant sa future prospérité commerciale. De temps en temps il arrive aujourd'hui à Akermann des cabotiers chargés de marchandises russes.
On paie a Akermann les objets de fabrique , en général, un peu plus cher que dans le reste de la province, a cause des frais de transport. Cependant quelques-uns d'entre eux et certains fruits y sont à plus bas prix que dans le voisinage.
Il n'y a que quelques années qu'Akermann a pris un air de ville; elle était auparavant une bourgade d'assez chétive apparence., un reste des Turcs; et ce qu'on appelle encore le Vieux bazar n'offre que de petites maisons basses, formant plusieurs ruelles tortueuses, où il n'y a rien de remarquable.
Le monument le plus grandiose d'Akermann c'est sa forteresse. Bâtie ou du moins restaurée par
les Génois dans le XIVme siècle, elle est restée telle qu'elle était alors. Plusieurs fois prise et reprise par les Turcs et les Russes , elle a peu souffert, parce que les combats livrés à son sujet n'ont jamais été très -meurtriers. Elle se compose de remparts réguliers qui offrent un grand développement et sur lesquels s'élèvent, de distance en distance, des tours jadis garnies d'artillerie, et aujourd'hui désertes.
L'intérieur des remparts présente deux vastes cours séparées par un mur très-épais. Dans la première de ces cours on trouve le bureau du receveur du district, puis les petits bâtiments neufs, destinés momentanément aux écoles de la ville. En outre, on remarque dans cette cour une vieille tour, peu épaisse et passablement élevée; c'est celle où le muezzim turc annonçait les heures au temps de la domination musulmane. Enfin , à l'entrée de cette cour, vers le pont jeté sur le fossé qui entoure les remparts, on trouve un poste militaire de 5 ou 4 soldats.
Dans la seconde cour, on remarque des pressoirs de la couronne, pour la confection du vin, en automne. Plus loin est une immense tour dont l'intérieur ne présente rien de remarquable, si ce n'est quelques lettres ou inscriptions en langue étrangère. On remarque encore dans cette cour plusieurs tas de bombes et de boulets, puis un vieux
canon démonté, parce que, depuis que les Russes ont toute la Bessarabie, Akermann n'a plus été considérée comme une forteresse.
Autrefois un immense drapeau flottait sur la tour principale, mais maintenant il n'y a rien de semblable.
Un autre édifice remarquable dans cette ville, c'est la caserne. Ce magnifique bâtiment est situé au bord du lac, à quelques minutes de l'ancienne forteresse, et sert de logement à environ 500 soldats, puis à un certain nombre de Cosaques, dont le général demeure aussi là.
Cette caserne est l'une des plus belles de l'empire. A ses angles s'élèvent quatre tours d'un style fort élégant ; le dessus de chacune est une plateforme où Ton peut se promener. Autour de l'édifice règne une place que l'on agrandit successivement, au fur et à mesure que les maisons du voisinage tombent de vétusté.
Entre la caserne et la forteresse , on remarque quelques beaux bâtiments et un joli jardin public, dû aux soins du maître actuel de police, M. Bié- Ukowicz.
Parmi les bâtiments se trouve celui dans lequel se tint le congrès turco-russe de 1829; il n'a rien de remarquable. Au-dessous de la forteresse, sur une éminence, on remarque un phare, et plus bas un long pont sur le lac, qui sert à rembarquement
des chars qui montent sur les bacs, lesquels sont remorqués par un bateau a vapeur en fer. Tout auprès de cet embarquement on voit les ruines d'un vieux bâtiment où se trouvaient les bains publics des Turcs. Quelques pas plus haut, on remarque une élégante construction, appartenant à la couronne, où logent les employés supérieurs de l'administration du bateau à vapeur qui fait le trajet entre Àkermann et Ovidiopol.
Dans la partie de la ville qui est neuve, on voit plusieurs beaux édifices, et un bon nombre sont en construction ; au-dessous de chacun on fait une cave où se débite le vin du vignoble que possède la ville. Dans quelques-uns (la plupart même) on voit des magasins assez bien fournis de tout ce qu'il faut pour vivre confortablement. Ce n'est pas un mal qu'on n'y trouve pas toutes les frivolités.
Il n'y a que quelques mois que le maître de police a fait couvrir sa maison en fer; c'est le premier bâtiment de la ville qui ait une toiture de ce genre (sauf les églises). Non loin de cette maison , on vient d'en construire une autre qui servira aux écoles de la ville et qui remplacera par conséquent les petits édifices qui servaient à cet usage dans la première cour de la vieille forteresse, comme je l'ai dit plus haut.
Outre les marchands ordinaires, on trouve à Akermann des marchands de verroteries, d'objets
en bois, en fer, un marchand de bois près du lac, plusieurs boucheries et boulangeries, dont une de première classe.
Un bureau de poste reçoit deux fois par semaine les lettres que l'on veut expédier, soit à l'intérieur, soit au dehors de Pempire. Un peu plus haut et plus loin, on trouve aussi une poste aux chevaux. Akermann a encore une fabrique de ouate, un relieur , deux médecins , une pharmacie , etc. — Non loin de l'édifice affecté a cette pharmacie, on remarque un bâtiment où sont les pompes à feu de la ville; une petite tour à l'usage du guet s'élève sur cette construction.
Comme chef-lieu du district, la ville renferme le siège d'un tribunal de district et une prison qui est placée sous la surveillance du maître de police, lequel préside aussi le tribunal de police de la ville.
L'autorité municipale est une municipalité ou mairie.
Akermann possède quatre églises et une synagogue. La principale est affectée au service russe et se trouve un peu hors de la ville. Elle n'est construite que depuis peu d'années , et n'a de remarquable que son dôme doré et sa position pittoresque. L'église bulgare, dans la rue de ce nom, est des plus élégantes et ombragée d'arbres nombreux.
Celle des Arméniens est basse et à peine apparente, vu qu'elle est d'ailleurs entourée de murs
aussi élevés qu'elle. Tout chez ces Arméniens est' mystérieux ; ils suivent les mœurs orientales dans leur sévérité, et leur service religieux semble se ressentir de cet air de mystère.
L'église grecque est la plus petite de toutes et piltoresquement posée sur un rocher près du lac. Dans la cour de cette église on remarque une petite chapelle dépourvue d'ornements et qui ne renferme qu'un tombeau, celui du nouveau St. -Jean. Voici la tradition y relative :
Sous la domination turque il arriva un jour un riche marchand chrétien avec un petit vaisseau de marchandises qu'il comptait vendre a Akermann;ce marchand était originaire de Trébisonde.
Le pacha d'Akermann, qui convoitait les richesses de Jean, le fit enfermer pendant quelques jours et lui proposa ensuite d'apostasier s'il voulait conserver sa vie. Jean, indigné d'une pareille proposition, lui répondit fièrement : Comment quitterais-je une doctrine que j'ai sucée avec le lait de ma mère !
Après d'inutiles efforts pour le convertir, le pacha confisqua son vaisseau et le condamna à mort.
Il fut donc, ce chrétien Jean , attaché à la queue d'un cheval encore sauvage qui le traîna tantôt dans la boue, tantôt sur des pierres, et s'arrêta, quand le condamné fut mort, sur la place qu'occupe actuellement la chapelle.
Les Turcs, surpris de l'air de reproche qu'ils
lisaient aisément dans les yeux du cheval , voulurent contraindre celui-ci a courir encore; mais ils ne purent l'y obliger.
Ils laissèrent donc là le corps du martyr; mais quand la nuit fut venue, la clarté que répandait ce corps les obligea de l'ensevelir un peu en terre. Sur ces entrefaites, arriva le prince deShava qui, étant chrétien, demanda a acheter ce corps, ce qu'on lui accorda pourvu qu'il l'achetât a prix d'or, au poids du corps. Le prince , trop peu fortuné pour faire un pareil marché, partit de nouveau pour son village qui était dans le voisinage et revint peu après conclure le marché d'achat au prix proposé par les Turcs. Jean fut donc mis dans une balance et un certain nombre de pièces d'or dans l'autre, mais l'or ayant gagné de beaucoup, on en ôta une partie et il en fallut tant ôter qu'i! n'en resta qu'une seule pièce qui était égale au poids du corps de Jean (!)
Le pacha, voyant cette merveille, n'osa pas prendre la pièce et se hâta de remettre le cadavre, lequel resta à Shava jusqu'aux temps passés (le dernier siècle, à la fin), époque où il fut ramené à Âkermann et enseveli a la place où il était mort. Cette mort était survenue, dit encore la légende, l'an 1475.
Près de la forteresse on remarque enfin les derniers débris de la mosquée musulmane.
Chaque semaine il se tient deux marchés a Aker-
mann : le lundi et le vendredi. Outre cela il s'y tient une foire qui commence le 6 décembre et qui dure plusieurs jours.
Le territoire d'Akermann renferme encore quelques maisons de campagne et même de petits villages, comme Passad où l'on construit une église.
Parmi les maisons de campagne, il faut que j'en cite deux, comme offrant quelque chose de remarquable. La première est celle de Messieurs les frères Dantz qui est située à 4 verstes de la ville. — Ces Messieurs n'ont pas là une simple maison, mais bien un hameau , où règne beaucoup d'ordre et autour duquel s étend une propriété remarquable par les soins avec lesquels on la soigne, autant que par la variété des plantes qu'on y trouve. Près des bâtiments sont des bosquets formés par diverses essences forestières , et où l'on aime a se promener. Plus loin se trouvent des vignes d'une foule de plants, parfaitement organisées et percées, de loin en loin , d'avenues bordées d'arbres fruitiers et particulièrement de griottiers, mûriers, abricotiers, noyers, coignassiers , etc. — Le tout est entouré d'une magnifique haie d'acacias.
Parmi les bâtiments on remarque : deux appartements de maîtres, un charmant pour l'intendant et de moins agréables pour les domestiques ; une forge, une distillerie, un lieu de travail pour les charrons et menuisiers, une remise pour les chars „
un moulin neuf, un vaste appartement pour le meunier; mais le plus admirable de tous , c'est un bâtiment occupé au rez-de-chaussée par trois pressoirs pour fouler le raisin, à l'étage par un magasin a blé, et au-dessous des pressoirs par une immense cave, l'une des plus belles peut-être qui soient en Bessarabie, et qui est remplie de vins de diverses qualités et de diverses années. Elle ne le cède en grandeur qu'à celle de Manzire au district de Bender.
Messieurs Dantz possèdent en outre, entre mille choses intéressantes , un joli médailler et une bibliothèque de deux a trois mille volumes ; c'est aussi dans le Boudjiac une rareté. — Ces deux Messieurs aiment à donner une généreuse hospitalité aux nombreux amis qui vont les visiter.
L'autre campagne n'est pas aussi étendue ni si remplie d'avantages divers, parce qu'elle est de fraîche date et que son propriétaire, M. Charles Tardent , n'a pas pu y consacrer les sommes énormes que MM. Dantz ont consacrées à la leur; mais cette campagne promet beaucoup , autant peut-être que la première, soit parce que son propriétaire est un agronome éclairé , soit parce qu'il est très-actif et qu'il consacre des soins assidus à ce domaine; pour en donner une preuve, il suffit de dire qu'il y a déjà planté 20,000 arbres d'essences diverses , m'a-t-il dit.
Pour terminer ce qui concerne Àkermann (en gros) il me reste à dire que sa population monte à près de 30,000 âmes.
Kilia, petite ville, a peu près comme Bender, mais beaucoup moins agréable, est située sur le Danube, à 30 verstes de son embouchure dans la mer.
On y voit une forteresse remarquable , où stationne un bataillon mobile qui a ses chefs particuliers , outre que la forteresse a en permanence un commandant et un major de place.
J'ai pu examiner l'intérieur de cette formidable place de guerre, défendue par une double rangée de remparts très-élevés, entre lesquels coule, dans un canal profond, un bras du Danube.
Dans l'intérieur, on remarque deux grandes casernes fort propres ; les logements des officiers de la place; un magasin a poudre et munitions qui est encore un bâtimenl turc; une prison, et enfin une église qui a son pope particulier et qui est bâtie dans un fort bon goût.
Grâce à l'obligeance des officiers supérieurs et particulièrement du major de place, M. Soïctski, j'ai passé quelques heures dans cette enceinte d'une manière agréable, y ayant reçu la plus franche hospitalité.
Quant à la ville elle-même , elle ne présente rien
de bien remarquable , sinon ses églises et la synagogue.
L'église de la ville se fait admirer par son élégante architecture , celle des Némoliaks par sa simplicité, et celle des Grecs par son ancienneté. Cette dernière est presque entièrement dans le sol, du moins son chœur, en sorte qu'il est sombre et ressemble un peu a un souterrain.
Les autres maisons, a part quelques exceptions, sont assez régulièrement construites sur un plan uniforme.
La ville a quelques magasins et fait un petit commerce de bois; mais en revanche elle fait un grand commerce d'esturgeons salés qu'elle exporte au loin. En face de Kilia se trouvent plusieurs îles où stationnent des Cosaques.
Tatar-Bounar, bourgade de deux à trois mille habitants, située entre Akermann et Kilia, a quelques pas du Kondouc. Ce bourg présente un joli aspect , vu depuis la hauteur où sont ses moulins. L'église, bâtie au centre et sur une émiuence, fait un très-bel effet.
Ce village possède une source sulfureuse abondante, mais non utilisée.
Je n'ai pas eu à me flatter de l'hospitalité des gens de Tatar-Bounar; mais je ne puis pas porter de jugement sur le bourg à cause d'un seul homme qui nous a mal hébergés.
Nifrouchaye, grand village, entre Tatar et Kilia; on n'y voit rien de remarquable que la tour de son église et ses moulins à 4 paires d'ailes. J'y ai logé quelques heures dans une maison fort propre.
Mologa, propriété de M. le général Marini, au bord du limane du Dniester, ail verstes d'Akermann , est un lieu de plaisance. On admire Tordre qui a présidé à la création du jardin, des vergers et du tout ; ici on a formé une allée ombragée de telle sorte que les rayons du soleil ne s'y font presque pas sentir; là on a fait une trouée qui ménage un coup-d'œil sur le lac ; ailleurs c'est un bosquet rustique où grimpe le lierre ; près des bâtiments est un ovale, entouré de plantes rares et fort bien soignées, dans lequel on peut dresser une table champêtre qu'on entoure de bancs rustiques. De loin en loin un mur supporte quelques vases en pierre dans lesquels croissent des fleurs.
Au bas de la colline , où l'on descend par un charmant sentier sinueux, on trouve te lac et sur sa grève une tente à l'usage des baigneurs.
Près des bâtiments se trouve une galerie élevée et solitaire, de laquelle le maître peut voir dans les champs ce que font ses domestiques.
Parmi les bâtiments on remarque un joli moulin ea pierres et couvert de fer, ce qui est unique dans ce pays.
Enfin je n'ai qu'à me louer de l'aménité avec ta*-
quelle Monsieur et Madame Marini m'ont reçu dans cette résidence d'été.
Les autres principaux villages sont :
1° A l'Ouest du district: Pokrovka, sur le lac Kitaï où se trouvent encore Vasilevka, Troetzkaia, Kitdi et Fourmanka. Plus au nord on trouve Pachlik, Dénêvitz, Ferté-champenoise , village colonial dont les habitants sont originaires de la Prusse; un second village porte aussi ce nom; Katsbat , Krasninskaia , Jaroslavetz, Taruntimkaia, Koulmskaia, Lëibtsigokaia.
2° Au nord: Gorodiuskaia, Nikolaevka, Alexandrowka, Séménovka, Ermoklia, Popovka, Fichetemchetcha , Koptchak.
3° Au midi: Vilkof, a l'embouchure du Danube, Jèbriani, près du lac Sasik , Novocaragats, Chalani, Zoloakri et Tousla vers les lacs salés. Tropokloa vers l'embouchure de la Sarata dans le Kondouc , et non loin de la, le village de Borisoska.
Au sud-ouest, on trouve: Dimitriewka, Drakoulia, Nikolaevka, Karatchki et Karamachmet, lieu fertile et plaisant.
4° Dans rintèrieur : Volontirrofka , beau et grand village , habité par des Cosaques , vers l'origine de la Sarata. Rien de plus régulier que ce village, dont toutes les maisons sont sur un plan uniforme, et au centre duquel s'élève un beau bâtiment, destiné à l'instruction publique.
Près de Volontirofka on trouve Atchilar, petit village au pied d'une colline sur laquelle on remarque un moulin dont la roue a 24 ailes.
Sur le ruisseau Ledjidérê on trouve Ivanovka , Moldovka, Kapliani où se trouve une carrière ; Tsaritsenka, Rdiliawka, grand village qui n'a rien de remarquable; Ispenskdia, peuplé de Moscovites qui ont apporté là leur industrie; Kdir , village peuplé de Ziganes qui y forment 120 familles. On ne peut rien supposer de plus misérable que ce village dans lequel on trouve une seule maison, je ne dirai pas confortable , mais un peu moins mauvaise que les autres. Les habitants vivent dans la paresse, l'oisiveté et l'ignorance.
Bdiramtcha, petit village d'assez triste apparence , de même que Jaroslawka qui n'est pas loin de là, mais qui est, si cela se peut, encore plus misérable que Kaïr.
Enfin, sur ce ruisseau on trouve encore les quatre villages de Konstantinovka , Koulevtche, Sergsovha et Divisi.
Sur la Sarata on trouve: Pétropavloka , Pharaonofka, village zigane qui est exactement comme Kaïr. J'y ai passé quelques heures comme sur les épines, parmi les voleurs, car les Bohémiens sont connus pour des voleurs; d'un autre côté, je m'étais rendu suspect à ces Ziganes par mes questions, en sorte qu'ils auraient voulu me retenir.
Sarata, grand et beau village allemand, dont les habitants sont dans l'aisance. Son église est fort belle et a coûté au moins 20,000 roubles d'argent. Depuis peu, on y a fondé une école supérieure pour former des instituteurs allemands.
Kamtchick, Mïkhciïlovoka, Àkmangit sont encore sur cette rivière.
Sur le Kondouc nous remarquons: Kliastitska, l'ancien Hartsis, avec une église et quelques jolies maisons, entre autres le presbytère; Gnadenthal, Pawlovka et Goura-tchili-Lidérè , colonies.
Sur le Koukelnick, qui est un affluent du Kondouc, on trouve: Bèrèzina, Paris, Brienne, colonies allemandes qui n'ont que très-peu de choses remarquables. Chacune est bâtie sur un plan régulier et possède une maison d'école et parfois une église.
Dans le petit vallon d'Alcalia on remarque: Marianovka , Àlcalia, sur les terres de Bekendorf; il s'y trouve une poste ; enfin Kébatchi.
B° Sur le Dniester et la route qui passe non loin de là : Talmasi, Tchoubourtchi , deux villages situés non loin d'un petit lac et près de petites forêts; Rashaetsi, chef-lieu de la paroisse dont Lotossé fait partie. Ce Lotossé est un hameau qui dépend de l'archevêché de Kichinew et où il y a une poste.
Pourkary n'a de remarquable que son église
ei sa position. Entre le village et le fleuve s'étendent quelques touffes de bois.
Olonechti, Karkmazy, Toudorova, villages peu différents des précédents et que leur position au bord du fleuve rend agrestes.
Palanca, lieu où Ton passe le fleuve en bac quand le limane du Dniester est gelé un peu, mais pas assez pour supporter une charge. De grands marais avoisinent cette localité. — Un auteur disait : Palanca, cette misérable bicoque, n'attendait que l'apparition des Russes pour se rendre (à l'époque de la prise de la Bessarabie ).
Hankichelo et Goura-Rocha : ce dernier est sur la route et a une poste.
Cathardji et Chabalat sont situés sur le lac salé qui avoisine le limane du fleuve et n'ont de remarquable que des touffes d'arbres et leur position pittoresque. Chabalat est la propriété d'un seul particulier, ML Arsénief. Cathardji est un long village de chétive apparence. — 11 fait partie de la paroisse de Chabag-russe , qui est un grand village n'ayant absolument de remarquable que son église; son territoire s'étend jusqu'à la mer.
Près de la mer, vers l'enbouchure du fleuve, on trouve un hameau , le Bougase , avec une quarantaine et un fanal. La quarantaine est toute récente. En face on trouve l'île Tyre-Gète, et l'îlot qui Tac-
compagne. Cette île est déserte, et il est a regretter qu'on ne la cultive pas.
Chabag.
Enfin j'ai à parler (Tune dernière localité qui se trouve entre Akermann et la mer : c'est de la colonie de Chabag.
Cette colonie, fondée en 1822 , est composée en majeure partie de Suisses français auxquels se sont jointes, plus tard, quelques familles allemandes.
Je ne m'étendrai pas au long sur cette commune dans ce livre , comptant publier un ouvrage particulier et étendu sur elle dans quelque temps.
La position de Chabag est des plus agréables : près de la mer et de la ville, pas très-éloigné d'Odessa, sur le bord du lac, il offre Tun des sites les plus romantiques, non-seulement de la Bessarabie, mais même de la Russie méridionale, si Ton veut en excepter la Crimée.
Un marais, des jardins délicieux, séparent le village du lac. Le roseau fauché en automne sert de brûlage.
Parmi les jardins, on remarque celui de Mme veuve Tardent, qui est étendu et très-bien planté d'arbres divers.
Le territoire de la colonie s'étend a 8 verstes dans l'intérieur, mais il n'est pas large. Son sol, en partie sabloneux, produit des céréales, du lin,
des pommes-de-ierre , des légumes divers, etc., mais surtout du vin. La plus grande partie du territoire est réservée au bétail qui y pâture presque toute Tannée. Ce bétail est très-nombreux. Les colons font du fromage avec le lait de leurs vaches et de leurs moutons; la majeure partie de ce fromage est exporté à Odessa.
Le vin est pareillement exporté dans les villes voisines; beaucoup de colons vendent leur raisin au poids , ce qui leur évite la peine de faire du vin et les nombreux soins qu'exigent sa préparation et son entretien.
Les maisons des colons se construisent actuellement sur un plan régulier, ce qui n'avait pas lieu autrefois. Quelques-unes sont assez élégantes, et la plupart sont entourées d'arbres.
Les matériaux pour la construction d'une église sont amassés depuis quelque temps et attendent la main de l'ouvrier.
La maison de commune est construite en pierres ; la salle d'école sert de chapelle momentanément.
Ainsi, après avoir fait le tour de la province, me voila de retour chez moi, car cette dernière maison est ma demeure; de la petite éminenceoù elle se trouve, mon œil plane sur le limaneet sur la mer; il admire la beauté du ciel et considère les
travaux de ceux que Dieu m'a donnés pour leur faire entendre la Bonne-Nouvelle du salut, je fais ici le souhait qu'ils comprennent cette grande vérité et, avec eux, tous les habitants de la province. Je remercie les colons de l'accueil qu'ils m'ont fait et leur en témoigne ici publiquement ma reconnaissance, particulièrement aux familles Dogny, Gander,Hachler et Tardent qui ont facilité ma tâche et qui, je l'espère, me seconderont encore , pour le bonheur même de la colonie dont ils font partie.