La famille des macrodactyles est représen
tée par les grèbes , les poules d'eau et les râles. La chair de ces oiseaux est très-estimée.
14. Les plongeurs n'ont en Bessarabie que les plongeons ; mais on peut y joindre les grèbes et les détacher du genre précédent.
15. Les longipennes offrent des pétrels, des mouettes et des gœlands. Ces deux dernières sortes sont très-voraces, et les pétrels présagent une tempête lorsqu'ils se rassemblent en troupe.
16. Les totipalmes ont ici: les pélicans et les cormorans. Lorsque les pélicans se posent quelque part en troupe, ils forment un bien joli coup-d'œil; on jouit quelquefois de cet avantage sur les bords du limane du Dniester, et ailleurs aussi.
17. Enfin la famille des lamellirostres offre en Bessarabie le cygne, une foule à' oies et de canards.
Quant au cygne, chacun connaît, au moins de réputation, sa beauté, sa blancheur, ses formes gracieuses, toutes choses qui devraient faire de lui le roi des oiseaux aquatiques.
J'ai trouvé que la chair des oies et des canards a moins de goût ici qu'en Suisse; peut-être est-ce une erreur.
Que de leçons de morale présentent tous ces animaux que Dieu a créés pour le bien-être de Thomme, et pourtant, comme le dit le roi David, qu'est-ce que l'homme? Malgré qu'il soit si peu de chose, Dieu l'a établi sur toutes les bêtes des champs,
même sur les oiseaux des deux et sur les poissons de la mer, comme le dit le Psaume VIII. — Et tous ces oiseaux, que de leçons ne fournissent-ils pas? Comme leur instinct, qui les fait émigrer en temps opportun, rappelle ces paroles de la Sainte-Ecriture : V oiseau a connu le temps de son départ , mais le peuple sans intelligence na pas connu le temps de sa Visitation.
§ 1S. Végétaux.
La flore bessarabique n'est pas extrêmement riche; pour s'en convaincre, il suffit de comparer les plantes qui s'y trouvent avec celles des pays fortunés sous ce rapport , comme certaines parties des Alpes, du Jura, etc.
Voici, avant de parler de ces plantes mêmes, un résumé sur leurs propriétés. Généralement, celles de couleur blanche ont très-peu d'activité et sont sans odeur et sans saveur, à l'exception de deux ou trois espèces de la famille des crucifères, lesquelles sont anti-scorbutiques.
Celles a couleur rouge renferment un acide, lequel est ordinairement astringent, si le rouge est de couleur foncée ou sombre. Celles qui sont jaunes indiquent par cette couleur leurs propriétés toniques et amères, mais dans quelques-unes l'âcreté est déjk un poison.
Celles de couleur bleuâtre sont souvent délétères, surtout si ce bleu est fixe, tandis qu'elles ne le sont pas si le bleu passe facilement.
Enfin, celles qui sont noires, surtout d'un noir triste, indiquent chez elles la présence d'un principe malfaisant : elles sont généralement vénéneuses.
Sous un autre point de vue, on trouve en Bessarabie :
1° Des plantes émollientes, comme les malvacées et principalement la guimauve, qui est l'émollient par excellence; h molène ou bouillon-blanc; Y orge, le chiendent, la graine de lin , la bardane, le sureau.
2° Des tempérants, c'est-a-dire des plantes qui calment sans relâcher le ton des solides et sans produire d'excitation; parmi eux nous trouvons Yoseille, la réglisse, et le fruit de la plupart des pommiers.
Parmi les narcotiques, on trouve le tabac (qui est aussi sialagogue), la jusquiame qui abonde ; cette dernière , donnée à petites doses, est un bon carminatif contre les affections spasmodiques. On trouve encore d'autres antispasmodiques, comme le souci, la laitue, la valériane.
5° Toniques; on appelle ainsi les plantes qui fortifient les tissus et augmentent la chaleur sans accélérer les mouvements, quoiqu'ils soient légèrement purgatifs; nous trouvons ici, dans cette classe, la
chicorée, le pissenlit, la fumeterre, la saponaire, la pensée sauvage.
4° Astringents, plantes qui ont un effet tonique, mais en resserrant les tissus ; la Bessarabie offre : le saule, le chêne, Y orme, le coignassier.
5° Excitants; on appelle ainsi toute plante qui augmente l'action organique et accélère les mouvements.
Nous trouvons ici, dans ce genre, Yabsynthe, le thym, la sauge. Et pour faire des applications extérieures, on trouve Y ail, la moutarde, Y ortie, et une foule tfeuphorbes. A ce genre appartient aussi Yellébore, mais je n'en ai vu nulle part.
Pour remédier a l'atonie des organes digestifs, on trouve Yhysope et le chou-rouge.
Les sudorifques sont très-abondants; il suffit de nommer la sauge, le sureau, la mélisse. On les fait infuser dans du vin; mais il ne faut plus s'en servir s'il y a péripneumonie.
Enfin, il y a bon nombre de diurétiques, de salivans, $ aphrodisiaques et tferrhins.
Voici maintenant le catalogue des familles, selon la brochure intitulée: Essai sur l'histoire naturelle de la Bessarabie (par M. Ch. Tardent).
1° Acotylédones criptogames, environ 40 espèces des familles algues, champignons, lichens , mousses , fougères et prêles.
2° Monocotylédones phanérogames, environ HO
espèces des familles graminées, cypéracées, typhacëes, joncêes, alismacées, asparagêes, liliacées et mdées.
3° Dycotylédones, environ 650 espèces des familles conifères, amentacées, urticées, euphorbiacées, aristoloches, èlèaginèes, thymélées, polygonées, amaranthacêes, plantaginées, plumbaginées, primulacées, rhinantacées , jasminées , pyrénacées , labiées, personnes, solanées, borraginées, convolvulacées, gentianées, apocynées, èricacées, curcubitacées , campanulacées, composées, dipsacées, valérianées, rubiacées, caprifoliacées, ombelïifères, saxifragèes, crassulacêes, portulacèes, groseillers, salicarièes, onagraires, rosacées, légumineuses , térèbinthacées, frangulacées, papaveracées, crucifères, caparydées, rutacèes, caryophillées, violacées, tiliacées, malvacèes, géraniées, sarmentacées, érables, renonculacées et berbéridées.
Les essences forestières sont bien moins nombreuses que dans la Haute-Europe. Les forêts sont rares et ne sont presque composées que de chênes. Il existe bon nombre d'habitants dans le Boudjiae qui n'ont jamais vu de sapin. Tout ce coin de pays est nu, et le steppe, dépouillé d'arbres, offre l'image du désert.
Depuis quelques années, on commence à planter des arbres fruitiers, surtout dans le voisinage des villages coloniaux.
On trouve dans les vignes beaucoup de mûriers,
abricotiers, pêchiers, griottiers, coignassiers, sorbiers, néfliers, noyers. On trouve ces mêmes arbres dans les jardins, de même que des pommiers, pruniers, poiriers. Les mûres sont moins grosses qu'en Suisse, mais plus douces, ou, si Ton veut, plus fades. Les blanches le sont encore plus que les roses ou que les noires surtout.
Les abricots sont à fort bon compte , mais ils ne viennent pas souvent à bien, parce que le moindre brouillard détruit la fleur.
La griotte est presque la seule cerise du pays; on n'y trouve pas de bigarreaux.
Les coings sont employés pour le raisiné ; on en trouve de magnifiques.
Les nèfles sont assez communes dans le voisinage d'Akermann; ce petit fruit est excellent quand il a senti, depuis qu'il est ceuilli, les premières atteintes du froid.
La noix n'est pas très-commune ; les arbres en donnent moins qu'ailleurs.
Quant aux pommes, aux poires, aux prunes, elles sont abondantes.
Un fait curieux, c'est qu'on ne trouve presque pas de figuiers en Bessarabie et peu de noisetiers, surtout dans le Boudjiac.
La vigne prospère dans la vallée du Dniester, dans celle du Danube, du Pruth, de la Botna, etc.; mais elle n'offre pas partout le même caractère.
Dans les vallées du Danube et du Dniester en partie, les ceps sont grands et échalassés, tandis qu'ils sont petits et sans échalas dans les vignobles d'Akermann et de Chabag. On cultive la vigne à fort bon marché dans ces derniers vignobles; on lui fait deux labours, outre la taille des sarments, et tout se borne a cela ; la dépense est , je l'ai calculé , huit fois moins considérable que sur les bords du lac de Genève.
On trouve dans ce vignoble beaucoup de plants divers; je crois qu'il y a au moins une quinzaine d'espèces de raisin. Les meilleurs pour la table sont: le muscat rouge et blanc; Yisabelle, espèce nouvelle, qui est rouge et a le goût de la fraise; le tokai de la Hongrie; le tschaou, dont les grains énormes peuvent se fendre comme des prunes; la bonne-roussette, qui est excessivement douce et de couleur rose; le JcrepM, qui est rouge, à petits grains durs et cassants; le doigt-de-dames, dont les grains oblongs sont terminés par une pointe aigùe, etc. Tous ces noms d'ailleurs sont les noms vulgaires.
Le vin est délicieux quand il est vieux; il a alors plus de rapport avec le vin suisse que lorsqu'il est nouveau.
Ce vin se vend à Akermann et dans quelques villes du gouvernement de Kherson. Autrefois il se vendait davantage; il s'écoule peu vite, parce que
ihi
le peuple lui préfère l'eau-de-vie , quoiqu'elle soit certainement plus funeste à sa santé.
On a fait des essais de vin dit de Champagne , et ils ont assez bien réussi ; chaque année Monsieur Narichkin fabrique, près d'Odessa , des bouteilles de ce vin , en quantité considérable. Un colon de Chabag , David Dogny en fabrique aussi du passable, mais sur une petite échelle.
Chaque année les colons suisses étendent leurs propriétés vignicoles par de nouvelles plantations.
La pomme-de-terre est très-répandue; elle Tétait beaucoup moins naguère, mais elle ne réussit pas toujours; comme le sol est sablonneux, il faut de fréquentes pluies pour la faire croître et mûrir , sinon elle sèche et ne donne que quelques mauvais tubercules.
On trouve aussi en Bessarabie une grande quantité de melons et de concombres. Ces derniers sont employés a l'état de cornichons.
La pastèque abonde aussi; c'est un vrai régal; je erois qu'il n'existe aucun fruit qui soit aussi diurétique qu'elle. On mange et récolte aussi dans le pays une grande quantité d1 aubergines, de morelles-tomates, de poivrons, de radis, de choux-fleurs et autres, des asperges, etc., et en général des légumes communs comme dans les autres pays.
On sème une grande quantité de lin , mais sa filasse est rarement bonne; on recueille sa graine,
que l'on vend avec avantage , et qui sert a la fabrication de l'huile.
On récolte aussi de la moutarde, et plusieurs personnes savent l'apprêter.
Le tabac croît aussi facilement.
Pour former des bosquets d'arbres on plante des acacias. Cet arbre, originaire de Virginie, et introduit en France par le botaniste Robin seulement l'an 1670, s'est frayé rapidement un chemin du côté de l'orient , et il a rencontré en Bessarabie un sol qui lui convient parfaitement.
Quant aux haies, rien ne saurait mieux convenir que le lilas.
Il faut maintenant que je parle des graminées; mais auparavant je dirai encore quelques mots sur la réglisse. Cette plante croît naturellement, et se propage d'elle-même dans les environs d'Akermann; elle est tellement a bon marché, qu'on peut, dans certaines occasions, en trouver un char pour une bagatelle.
Malgré cela la préparation appelée jus de réglisse, ou réglisse noire, est tellement rare qu'on ne la trouve que dans les pharmacies. On pourrait faire de cela une industrie assez avantageuse puisqu'elle n'existe pas. Voici comment on fait cela en Sicile , selon que je l'ai lu dans le journal d'un voyageur, déjà ancien:
On cuit le bois pendant six heures dans un
vase où l'on a soin de maintenir sans cesse de l'eau chaude; on presse ensuite le tout, et on cuit de nouveau le jus qui en est sorti pendant 24 heures, et alors tout est fini. Il va sans dire qu'il faut la verser dans des moules, et qu'elle devient solide par le refroidissement.
Graminées. — Elles sont la richesse végétale du pays. Le grain se vend et enrichit le propriétaire ; certaines espèces nourrissent son bétail, et particulièrement les chevaux. Quand le foin n'a pas été abondant, la paille sert à le remplacer; elle s'emploie aussi comme chauffage.
On distingue parmi les céréales :
Le froment tendre, dont il y a de quatre qualités ; la première vaut la moitié plus que la quatrième.
Le froment dur, dont il y a aussi de plusieurs qualités. C'est avec cette espèce que l'on fait les macaronis et toutes les pâtes de ce genre; ici, en Bessarabie, ces pâtes coûtent environ 25 centimes le demi-kilogramme.
Le seigle; il est fort abondant et forme la base de tout le pain du peuple.
Vorge, moins recherché que le seigle, se vend pourtant passablement encore.
V avoine, moins commune que les espèces précédentes, est passablement chère.
Le mats se vend à peu près comme le blé de dernière qualité.
Le millet, un peu moins cher que le maïs, est fort usité, surtout chez le commun peuple, qui fait avec sa farine, ou celle du maïs, une espèce de pâte nourrissante appelée la mamaliga.
Je n'ai mangé de cette pâte qu'une seule fois , encore était-ce chez les Ziganes , mais je n'ai pas été curieux d'en manger de nouveau.
On exporte les blés soit en Moldavie, soit à Odessa; les prix varient un peu, mais en général le froment se paie trois à trois fois et demi moins qu'en Suisse, et parfois il est encore à meilleur compte.
Le pain du peuple est fait de seigle , et généralement très-noir ; outre cela il est amer, et les Malorossiens ne l'aimeraient pas s'il était autrement. Une raison pour laquelle il est noir, c'est aussi parce que les moulins à vent ne pouvant pas séparer la farine de l'enveloppe extérieure du grain (le son), il faut tamiser cette farine, en sorte qu'elle se trouve moins blanche que lorsque la séparation a lieu au moulin ; d'un autre côté cette opération exige de bons tamis et une certaine perte de temps.
En résumé, la Bessarabie n'est pas mal partagée sous le rapport des productions végétales; ses habitants peuvent louer et remercier Celui qui fait
croître Pherbe pour le bétail et qui fait sortir le pain de la terre.
Qu'ils apprennent à l'aimer et à se confier en Lui , car il a dit : Regardez les oiseaux de l'air , ils ne sèment ni ne moissonnent et ils n'amassent rien dans des greniers, cependant le Père céleste les nourrit.
Regardez les lis des champs, ils ne travaillent ni ne filent; cependant Salomon, même dans toute sa magnificence, n'a pas été vêtu comme l'un d'eux.
Ainsi donc que chacun, tout en travaillant selon le commandement de Paul (puisque celui qui ne veut pas travailler ne doit pas non plus manger), travaille à se procurer l'aliment qui ne périt point, mais qui est permanent en vie éternelle. En mangeant son pain, que le laboureur pense au pain de vie. En voyant germer son blé , qu'il se souvienne que le grain qui le produit a dû se corrompre d'abord, et que c'est là une image de la mort du corps et de sa résurrection. Ainsi, tout en faisant son travail, il pourra remonter au Créateur, de qui procède tout don parfait et toute grâce excellente, il pourra s'approcher de Dieu, et Dieu s'approchera de lui; il trouvera dans son travail champêtre des jouissances et des plaisirs qu'il n'avait pas soupçonnés; il apprendra à aimer un art qui fut jadis préféré à !a dictature par Cincinnatus, l'agriculture.