LES CRISES MINISTÉRIELLES
Ils veulent faire ceci et cela. Ils ne cachent ni leurs inquiétudes ni leurs espérances. Ils exigent un avis qu'ils ne suivront pas.
Au coin du foyer intime, ceux-là se montrent sous leur véritable jour. Ils reconnaissent que la crise ministérielle les fait souffrir et qu'ils voudraient bien qu'elle fût finie, coûte que coûte.
On cite des présidents de groupe, réputés pour l'énergie de leur foi démocratique et leurs élections simultanées dans plusieurs circonscriptions, qui avouent leur faiblesse à des proches, à des amis, à des bonnes à tout faire.
Ils jurent bien qu'ils se soumettront dorénavant à un régime sévère, s'ils sortent victorieusement de leur crise ministérielle : ils se lèveront tôt, ils se coucheront tard ; ils rompront avec une vieille maîtresse et renonceront à leurs habitudes invétérées dans des cafés borgnes.
Ces malades modèles accueillent avec douceur les propos consolants. Ils se laissent
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volontiers rappeler qu'ils sont déjà sortis d'une crise précédente plus vigoureux, plus dispos, plus ministres que jamais.
Tandis qu'on fait miroiter, devant leurs yeux, les grandes choses qu'ils ont su accomplir après leur premier rétablissement (dettes payées, parents établis dans l'administration, chemins de fer à tous bouts de champ), l'imagination de ces vaillantes natures s'envole dans les pays du rêve.
Elles se voient déjà disposant à nouveau des croix d'honneur, des bureaux de tabac, des sièges inamovibles; et emportées par une fièvre légère, elles font le geste de les distribuer aux fidèles qui les entourent, hommes, femmes et petits enfants.
Dès qu'un ministère est constitué, les candidats qui étaient tourmentés par la crise sont immédiatement remis; ou, pour le moins, leur position s'améliore.