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Les actes procèdent uniquement des gunas

du monde sensible. Si l'homme imagine en être l'agent, c'est qu'il est égaré par la conscience personnelle.

28. Mais celui, ô guerrier aux longs bras, qui connaît la vérité sur la double série des gunas et des actes, sait que ce sont toujours les gunas opérant sur les gunas, et il demeure détaché (*).

29. C'est parce qu'ils sont égarés par les gunas du monde sensible que les hommes s'attachent aux actes, ouvrage des gunas. Il ne faut pas que celui qui sait toute la vérité jette dans le trouble les esprits lents, aux lumières imparfaites.

30. Rapportant à moi toute action, l'esprit replié sur soi, affranchi d'espérance et de vues intéressées, combats sans t'enfiévrer de scrupules.

31. Voilà mon enseignement : les mortels qui s'y conforment toujours avec foi et sans murmure sont, eux aussi, affranchis des actes. -

32. Quant à ceux qui murmurent contre ma doctrine, qui ne s'y conforment pas, sache que ce sont des insensés à qui toute connaissance échappe; ils sont perdus.

33. Mais chacun, fût-ce le plus instruit, se comporte conformément à sa nature ; tous les êtres

(*) D'après la théorie, l'activité humaine relève de la prakriti, non moins que les choses sensibles; par leur origine comme par leur objet, les actes sont donc entièrement du domaine de la prakriti.

suivent leur nature. Qu'y pourraient les remontrances ?

34. Toute impression d'un sens, quel qu'il soit, réagit en désir ou en aversion ; il faut échapper à l'empire de l'un et de l'autre; ce sont nos ennemis.

35. Mieux vaut accomplir, fût-ce imparfaitement, son devoir propre que remplir, même parfaitement, le devoir d'une autre condition; plutôt périr en persévérant dans son devoir; assumer le devoir d'une autre condition n'apporte que malheur.

ARJUNA dit :

36. Sous quelle impulsion l'homme s'engaget-il, malgré qu'il en ait, dans le péché, ô Vârshneya, comme entraîné de force ?

BHAGAVAT dit :

37. C'est cet attrait, c'est cette aversion, nés, l'un et l'autre, du guna rajas, qui est le grand Vorace, le grand Méchant ( l ) ; sache que là est, icibas, l'ennemi.

38. Comme le feu est masqué par la fumée, le miroir par des taches, le fœtus par des membranes, ainsi tout cet univers est enveloppé par lui.

(*) Notion semi-mythologique semi-symbolique de « Pâpman », le mal ou le péché personnifié, celui qui, dans la légende bouddhique, paraît dans le rôle "de Mâra Pâpman, « Mâra le Méchant ».

39- La vérité est masquée par cet éternel ennemi du sage qui, sous la forme du désir, ô fils de Kuntî, est un féu insatiable.

40. Il a son siège dans les sens, la perception, la pensée; c'est par eux que, masquant la vérité, il égare l'esprit.

41. Commence donc, ô héros des Bhâratas, par brider tes sens, pour frapper ce Méchant, destructeur de la vérité et de l'intelligence.

42. On place haut les sens; au-dessus des sens est le manas, le centre psychique; au-dessus du manas, la pensée (buddbi), au-dessus de la pensée, Lui 0).

43. Connaissant Celui qui est au-dessus de la pensée, affermis-toi dans ta force intérieure et frappe, ô guerrier aux longs bras, cet ennemi redoutable qu'est le désir.

(*) L'Esprit suprême.

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