‹ La BhagavadgìtaChapitre 2 sur 54 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

w représente toujours le son ou; e est toujours è long;

ai et au expriment les diphthongues aï, aou; que g se prononce toujours comme en français devant «, o, u;

que c se doit lire tch; j, dj et sh, eh, comme dans la graphie anglaise.

INTRODUCTION

L A BHAGAVADGïTÂ est un poème illustre. Il en est peu, dans la littérature universelle, qui aient provoqué déplus vifs enthousiasmes. Des œuvres du génie hindou, elle fut, en 1785, grâce à la traduction de IVilkins, révélée la première à l'Occident Cette date marque le moment où commença de se déchirer le voile qui, depuis tant de siècles, dérobait à l'Europe le passé de VInde. L'heure était propice : le courant romantique porta vite et haut la renommée de ces vers. La recommandation de Schlegel, de G. de Humboldt, de Hegel, acheva d'exalter les premières curiosités; elles s'avivaient du préjugé qui, à cette époque, attribuait à la civilisation hindoue une antiquité prodigieuse.

L'écho de cette renommée ne s'est pas éteint. La Gîtâ avait de quoi se défendre, même devant des juges moins prévenus. Elle était destinée à en

INTRODUCTION

rencontrer de plus favorables encore : les cénacles thèosophiques et ésotêriques se réclament volontiers de l'Inde. Je m'arrête au seuil du sanctuaire.^ Ce n'est pas un livre d'édification, même philosophique, que nous apportons ici. Pour être plus profane, notre %èle n'en est pas moins empressé.

Aujourd'hui encore, ces vers gardent une, belle part de leur vertu sur le peuple dont ils résument, non sans force ni sans éclat, plusieurs des idées maîtresses; aujourd'hui encore, dans Un pays naturellement enclin à la piété, ils agissent en consolation et en lumière sur beaucoup d'esprits; comment ne pas les aborder avec une déférence sincère ? Plusieurs pourront ressentir ce qu'ont, à nos y eux, de fantastique, d'étrange, de choquant parfois, certaines conceptions qu'ils évoquent; personne ne demeurera insensible à leur haute inspiration.

Les visions et les allures partout analogues du mysticisme, dont le souffle grisant frémit dans ces stances, rapprochent les temps et les lieux. Quel qu'en soit le charme subtil, une œuvre où, depuis des siècles, l'Inde se plaît à se reconnaître, dont elle aime à se glorifier, nous attire avant tout par ce que, dans le fond et dans la forme, elle révèle des notions, des procédés et des tendances de l'esprit hindou.

On n'entre pas de plain-pied dans un monde si

INTRODUCTION

éloigné de nos façons de penser que trop souvent le traducteur est réduit à garder, sous leur forme indigène, des termes pour lesquels nous manquent des équivalents, même approximatifs. Ce n'est pas ici et dans les limites où il convient de m' enfermer, que se peuvent aborder tous les problèmes qui se posent, ni approfondir des discussions singulièrement délicates. Des indications rapides ne peuvent d'ailleurs suppléer que bien imparfaite- . ment à ces impressions directes qu'éveille et que contrôle, seule, une familiarité prolongée avec les manifestations diverses d'une race dans l'histoire et dans la vie. Au moins, voudrais-je, en les invitant à pénétrer sur un terrain asse% tourmenté, offrir aux lecteurs patients quelques fils conducteurs. . ' - ■

Et, tout d'abord, qu'est-ce que la Bhagavadgîtâ? Elle se présente comme un fragment du Mahâbbârata.

De l'immense épopée, le centre est le récit de la lutte qui met aux prises pour le pouvoir suprême deux branches d'une même famille : d'une part, les cinq fils de Pându (dont Arjuna); de l'autre, leur oncle Dbritarâshtra avec Duryodhana et ses quatre-vingt-dix-neuf frères. Mais, débordant de toutes parts le cadre héroïque, elle a pris figure d'encyclopédie. Elle ne s'est pas contentée de s'en-

INÎRÔDÛCTION

richir de tout un trésor de légendes pieuses ou guerrières, rattachées à la donnée principale par des liens souvent très ténus; elle s'est ouverte à des développements religieux, didactiques, si vastes, qu'ils ont donné prétexte à la considérer comme étant, d'origine et de plan prémédité, une sorte de Corpus de la religion, de la morale et du droit. La Bbagavadgîtâ ou « Chant du Seigneur »

— plus complètement la « Bbagavadgîtâ upanishad s», « la doctrine exposée par le Seigneur »

— est un de ces épisodes.

Déjà les deux armées sont rangées en ordre de bataille; Arjuna veut considérer les chefs contre lesquels il va avoir à engager la lutte; il se fait mener devant les lignes. Le conducteur de son char de guerre est Krishna, son parent, de la lignée de Yadu. Le dialogue qui se déroule à ce moment entre les deux héros forme le cadre du poème. Le roi Dbritarâshtra est aveugle; son cocher, Sanjaya, a reçu le privilège de se transporter instantanément sur tous les points du champ de bataille, de ne rien perdre de ce qui s'y passe. C'est lui qui rapporte l'incident au vieux souverain enfermé dans sa nuit.

Krishna entre en scène comme compagnon d' Arjuna; mais aussitôt il se manifeste en maître religieux; Use transfigure en entité divine; le moment d'après, il s'affirme le dieu unique, identique à

Page 1