Enfin, pour ne pas allonger, voici « les quatre
PAS À me
chrétiens de race noble montant à Faravohitra (autre quartier de la capitale), prêts à partir vers le ciel dans le char de feu qu’on leur préparait. On n'’entendit aucun cri de douleur, aucun gémissement. Quand le feu eut atteint leurs genoux, ils rassemblèrent leurs forces pour chanter le cantique suivant :
Il est une nouvelle terre,
Le plus merveilleux des séjours, Là plus de deuil, plus de misère, Mais un bonheur durant toujours.
Des fidèles c’est le partage, La joie à perpétuité.
Aux élus de cet héritage, Plus d'ombre en leur félicité.
Ils ont tout ce que leur cœur aime, Tous leurs désirs sont satisfaits ; Ils contemplent, bonheur suprême, Le Dieu d'amour à tout jamais.
Le trépas n’est qu’un court passage Déjà là-haut luit, radieux, L’éternel et divin rivage
Par où Jésus nous guide aux cieux.
Puis l’un d'eux pria disant : « Aie pitié de nous, Ô Dieu ; voici l'heure convenue entre nous et Toi, car tu esle Dieu juste qui ne trompe jamais. Recçois notre esprit, car c'est notre amour pour Toi qui nous a conduits ici. Puissent ces choses ne pas leur être impulées à crime. Amen ».
Ces faits, qui ne sont pas peut-être les plus frappants de l’histoire des martyrs malgaches, ont été choisis parce qu'ils ont le mérite de montrer d'une façon typique l'influence de la Bible dans l’histoire de l'Eglise malgache sous la Croix pendant un quart de siècle. ls * nous permettent de comprendre, en outre, qu'au lieu de diminuer en nombre, en influence, en puissance pendant la persécution, cette Eglise se soit au contraire affermie, augmentée, fortifiée et qu'elle ait gagné en puissance et en influence. Permettez-moi comme preuve à l'appui de vous citer le cas d’une seule Eglise : celle d'Ilafy. Elle comptait 38 membres au début de la persécution. Sur ces 38 membres :
4 furent mis à mort, 3 moururent dans les chaînes, 2 moururent par le tanguin (épreuve du poison), 4 survécurent à cette épreuve, 25 réussirent à s'évader.
En bien, pendant les 25 ans que dura la persécution, 260 nouveaux membres se rattachèrent à cette Eglise, ce qui aurait porté le chiffre total à 298 !
Aussi ne vous étonnerai-je pas si j'ajoute que les 70 Bibles, ensevelies sous la terre, comme réserve, furent vite épuisées. Comme ces Bibles s’usaient facilement, l'une des occupations des chrétiens était de réunir leurs pages, de les recoller entre elles, ou de les coller sur des étoffes, ou même de les recopier de leurs mains.
FRS Tien
Mais tout ce travail était insuffisant. Aussi deux chrétiens, Ramaka et Rasoalavola, écrivirent en Europe pour avoir de nouveaux exemplaires des Livres Saints. Ceux-ci arrivèrent au bout de quelques mois à lamatave. Mais alors une grosse difficulté, imprévue par nos amis, ne tarda pas à surgir. Aucun commissionnaire ne voulait prendre la responsabilité de faire transporter ces livres à Tananarive (située à huit jours de marche au moins). Ces livres, en effet, n'étaient-ils pas prohibés ! Malheur à eux et à leurs porteurs si les émissaires de la reine les découvrent ! Mais, ici encore, Dieu triompha de la difficulté en inclinant le cœur du Prince royal Rakotondradama. Celui-ci donna son anneau d'or gravé à son nom aux porteurs, et ce seul fait calma les appréhensions des commissionnaires.