CHAPITRE II
Rôle de la Bible de la persécution à l'occupation française Règnes de Radama Il, Rasoherina, Ranavalona Il, Ranavalona Ii
Les statistiques que nous avons données de l'Eglise d'Ilafy montrent que les missionnaires, rentrés à Tananarive en 1861, eurent bien vite la preuve que leurs craintes, des plus fondées du reste, avaient été vaines, et qu'au lieu de trouver une Eglise amoindrie, ils en trouvaient une au contraire agrandie et en plein pro- Tes.
Mais une autre question s'était posée à leur esprit : comment l'Eglise malgache s’organiserait-elle ? Comment exercerait-elle la discipline pendant la persécution ? Ici encore, la Bible fut l’agent dont Dieu se servit pour rendre inutiles les préoccupations les plus légitimes des missionnaires.
En effet, lorsque ceux-ci eurent quitté Madagascar, les Malgaches chrétiens se dirent les uns aux autres: « Quelles règles allons-nous suivre ? Quelle organisation allons-nous donner à notre Eglise, maintenant que nous sommes privés de nos conducteurs spirituels ? »
Spontanément et à l'unanimité, ils décidèrent de demander aux écrits du Nouveau Testament les instructions qui leur seraient nécessaires, se proposant de les suivre coûte que coûte. C’est ainsi que l'Eglise malgache nomma ses anciens et ses diacres, pour exercer le ministère de la Parole et celui de l’assistance aux pauvres, aux veuves, aux malades, et ne recut dans son sein que ceux qui étaient prêts à vivre et à mourir pour Jésus-Christ.
Aussi, grande fut la joie des missionnaires rentrant à Madagascar, après les vingt-cinq ans d'épreuves de la jeune Eglise, de la voir marcher et progresser selon les principes de l'Evangile. Ils n'eurent qu'à compléter, mettre au point et par écrit les décisions prises par l'Eglise, pour qu'elle püt continuer la belle tâche qu'elle avait devant elle.
Des articles préliminaires déclarent que, Christ étant le Chef de l'Eglise, « celle-ci n’est autre que la réunion « des croyants dont les cœurs sont réellement chan- « gés et qui prennent au sérieux la parole de Dieu sur la nouvelle naissance ; enfin, que la règle de la foi est la Parole de Dieu telle qu'elle est contenue dans l'Ecriture sainte. »
Etvoici la première conséquence tirée de ces principes : « l'obligation pour les chrétiens de fortifier les « liens qui les unissent en se retrouvant tous les diman- «ches pour prier et louer Dieu, pour lire et expliquer «la Parole divine, pour entretenir et réchauffer leur «zèle mutuel. »
Non
Un des problèmes les plus délicats, pour touüte Eglise naissante, est celui de la discipline et surtout de la ligne de conduite à tenir envers un polygame qui se convertit et demande son admission dans l'Eglise. Que de controverses sur ce point! que d'articles et d'études ont été consacrés à ce sujet particulièrement
Vue de Fianarantsoa
délicat et difficile ! Voici ce qui se passa à Fianarantsoa (capitale du Betsileo) où l'Evangile avait été apporté par de simples laïques. Un officier hova polygame se convertit. En lisant la Bible il ne peut douter que celle-ci ne condamne la polygamie. Que va-t-il faire pour régler sa vie d’après ce principe scripturaire ? Va-t-il renvoyer toutes ses femmes, sauf une ? Dans ce cas, laquelle gardera-t-il ? La plus jeune ? la
PI Eos
plus jolie ? la plus riche ? celle qu'il aime le mieux ? Après avoir lu les passages de nos Saints Livres sur la question, il prie, réfléchit, puis réunit ses diverses femmes pour leur exposer la question. Celles-ci décident avec lui qu'il leur faut suivre les enseignements de l'Evangile, quels qu'ils soient, et coûte que coûte. Elles arrivent bientôt à la double conviction qu'il ne doit garder que l’une d’entre elles, et que sa femme légitime est la première qu'il a épousée. Immédiatement, il donne aux autres de quoi pourvoir à leurs besoins et les renvoie chez elles, malgré leur tristesse et leurs larmes, car elles l’aimaient bien. Quelquesunes d’entre ellesétaient originaires de l’Imerina ; elles y retournent et sont accueillies avec joie dans leurs familles et leurs églises. Ce fait eut un tel retentissement, que la règle adoptée au Betsileo devint celle de toute l’Église malgache. Ainsi donc, sans concile, sans synode, sans conférence, sans aucun missionnaire européen, un jeune chrétien indigène avait trouvé la juste solution à prendre dans un tel cas, après avoir consulté uniquement la Parole de Dieu.
Serez-vous étonnés après cela d'apprendre que cette période de l'histoire de l'Église malgache est caractérisée par une extension extraordinaire ?
a) C'est pendant cette période que les autres Missions arrivent à Madagascar : la Mission norvégienne, celle des Amis, celle des Anglicans, les deux Missions américaines et la Mission catholique romaine.
LR QE
b) C'est pendant cette période qu'un Comité réunis-
sant des missionnaires de chaque mission protestante et anglicane, ainsi que quelques Malgaches instruits est institué pour réviser la traduction de la Bible. Ce travail, qui est un chef-d'œuvre, dura de 1869 à
Collège des Anglais à Tananarive
c) C'est pendant cette période que l'Evangile est apporté au Betsileo, dans l’extrême-sud de Madagascar, sur les côtes est et ouest, chez les Sihanaka et jusqu'à Diégo-Suarez (extrême nord).
d) C'est pendant cette période qu'est fondée cette Société de missionnaires et de Malgaches qui envoie encore des évangélistes en pays païens pour faire une